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L'Art d'Ourartou
par Barthel Hrouda
Tout comme l'histoire primitive des Ourartéens, les débuts de
leur art demeurent encore dans une profonde obscurité. Leur langue est
vraisemblablement parente de celle des Hurrites. Les noms des dieux révèlent
aussi leur relation avec les Hurrites. À côté du dieu suprême
Haldi, se tient en seconde position, le dieu Teiseba qui est identifié
avec Tesub, le dieu principal des Hurrites. Mais toutes les tentatives pour
déceler les sources de l'art ourartéen dans l'art hurrite demeurent
purement hypothétiques, car rares sont les monuments conservés
qui pourraient être qualifiés avec certitude de hurrites.
Au IXème siècle avant J.-C., pour la première fois dans
l'histoire de cette contrée, les Ourartéens ont réuni en
un État les régions montagneuses aux alentours du lac de Van,
en Anatolie, et ils ont fondé leur capitale Touspha sur sa rive orientale.
Sur un mur qui plonge dans le lac et qui a servi de digue, à moins que
ce ne soit de sanctuaire aquatique, l'inscription suivante a été
portée :
Inscription de Sardur, du fils de Lutipri", le roi auguste, le roi puissant,
le roi de l'Univers (...) reçut le tribut de tous les rois (...).
il est significatif pour l'histoire des ourartéens que cette inscription
n'ait pas été rédigée dans la langue et avec l'écriture
hiéroglyphique qui leur sont propres, mais en cunéiformes assyriens.
Dès l'origine, les ourartéens ont subi une forte influence assyrienne,
et l'art conçu sous cette dépendance stylistique allait devoir
se maintenir sans grands changements pendant plus de deux siècles. Ce
n'est que dans sa prédilection pour des êtres hybrides, dans la
représentation de divinités debout sur un animal, ainsi que dans
l'architecture, que se manifestent des éléments ourartéens
Cet art était au service de la royauté et de la religion d'état
; il se caractérise par un style de Cour. Le pouvoir s'était efforcé
d'assurer sa position dominante non seulement par la fondation de nombreuses
résidences et de palais nouveaux dans toutes les régions du royaume,
mais aussi par l'élaboration d'un style unitaire dans cette rude contrée
montagneuse.
Des trois premiers rois connus ourartéens Sardur 1er, Ispuini et Menua
(vers 840-785 avant J.C.), qui résidaient à Touspha/Van, peu de
monuments ont été conservés. Argisti 1er, qui monta sur
le trône vers 785 avantj.-C., agrandit le territoire ourartéen
et, pour protéger la frontière nord-est du royaume, fonda deux
cités près de l'actuelle ville d'Erevan en Arménie.
Erebuni
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Sur la colline d'Arinberd,
Erebuni peut être considérée comne le modèle
des nombreuses citadelles que les Ourartéens ont construites au cours
de leur histoire. La cité occupe le plateau triangulaire de la colline
et est entourée d'une enceinte fortifiée pourvue de tours.
À l'intérieur de la forteresse se trouvent des espaces consacrés
au temple, à la résidence ainsi qu'à l'administration
et aux réserves. L'aire du temple est située au sud. Elle
comporte une grande cour à l'ouest de laquelle se dresse une salle
hypostyle à 5 rangs de 6 colonnes chacune. Au milieu de la façade,
un passage à une pièce barlongue, en forme de corridor, dans
le petit côté méridional duquel une porte ouvre sur
cella. Les bâtiments résidentiels sont situés au nord
de l'aire du temple, aux 4 angles d'une cour : au nord, le secteur des habitations,
avec une cour intérieure ; à l'est. la salle du trône
; au sud, des bâtiments administratifs, et. à l'oest un temple.
Ce temple est un édifice isolé, allongé, aux massives
; il comporte un seul local intérieur. Dans la zone résidentielle,
la pierre de certains murs porte des inscriptions en cunéiforme assyrien,
avec un idéogramme qui signifie « palais ». Les murs
des locaux de la zone du ternple étaient peints de couleur rouge
et bleue sur fond blanc. La représentation montre un dieu barbu debout
sur un lion. Les peintures murales conservées dans la zone du palais
sont disposées en registres. Succédant à une frise
de palmettes qui le surmonte, un motif de créneaux , en dessous,
un bandeau avec des arbres de vie cantonnés de génies. Le
large registre principal présente, sur fond bleu, des rosettes prises
dans des carrés aux bords incurvés, encadrés de taureaux
agenouillés, d'êtres hybrides et, de lions. On retrouve, au-dessous,
une rangée d'arbres de vie et de génies. Une chaîne
munie de grenades en pendentif forme l'encadrement. Le décor mural
évoque, jusque dans les détails, les peintures murales du
palais d'Assurnasirpal II à Nimrûd, mais l'attitude du dieu,
debout sur un animal, est caractéristique de l'art Ourartéen
et a peut-être subi l'influence des modèles hurrltes. |
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Teisbaïni
Dans la forteresse de Teisbaïni, construite par Rusa Il sur la colline
de Karmir-Blur, au bord du fleuve Araxe, au sudouest d'Erevan, plusieurs objets
de bronze ont été retrouvés, qui portent les dédicaces
de ses prédécesseurs Argisti I et Sardur I déposés
en ce lieu pour des raisons qui nous échappent. Au cours des fouilles
ont été mis au jour, au total, quatorze boucliers de bronze, travaillés
au repoussé et présentant un décor identique : à
l'intérieur de trois cercles concentriques séparés par
des bandeaux formés de boutons de lotus, des taureaux et des lions sont
alignés, disposés de telle sorte qu'aucun ne se retrouve tête
en bas lorsque l'on attache le bouclier à sa courroie. Les pattes tendues
des lions forment une sorte de A. Leur queue, levée en demi-cercle, se
termine, au-dessus du dos, par une houppe de poils. La crinière prend
l'aspect d'un motif de flammes, et l'épaule celui d'un ovale à
double encadrement. On découvre, sous l'épaule, un muscle stylisé
en forme de tulipe. L'oreille plissée présente un mamelon rond
sur le pavillon. L'aspect des taureaux dressés est également d'un
certain effet. Leurs cornes, partant à l'horizontale, sont incurvées
vers le haut. Les poils de l'échine se terminent en spirales. Bien que
ces représentations d'animaux trahissent une certaine influence assyrienne,
leur interprétation est cependant typique du style de Cour ourartéen
du ville siècle avant J.C.
Rusahinili
C'est la seconde résidence fondée par Rusa Il sur le mont de Toprakkale,
au nord-est de Touspha/Van, ont été trouvés un ensemble
de figures de dieux et d'êtres hybrides, en bronze, fondus en ronde bosse,
et qui ont dû servir à la décoration de meubles. Un sphinx
unit le corps ailé d'un lion avec le buste et la tête d'un homme.
Les pattes de lion présentent une stylisation des muscles analogue à
celle des figures d'animaux du ville siècle avant J.-C. Les mains sont
croisées sur la poitrine. Le visage, en calcaire, est rapporté.
Des traits noirs soulignent les yeux et les pupilles. Une coiffe en forme de
polos à deux cornes désigne le personnage comme une divinité.
Sous les griffes du lion apparaissent des chevilles destinées à
fixer la figure à un meuble, probablement à l'accoudoir d'un fauteuil
ou d'un trône. De grands chaudrons tripodes sont un produit particulièrement
typique de la métallurgie ourartéenne. Au bord des récipients
sont des attaches en forme de têtes de taureau et de sirène.
Les monuments créés les derniers temps du royaume ourartéen
sont, il est vrai, encore marqués par le style de Cour, mais ils présentent,
dans les proportions des animaux, des modifications qui atténuent un
peu leur effet cérémoniel. C'est ainsi que, sur un bouclier de
Rusa 111 (vers 625-600 avant J.C..), les corps des lions paraissent plus élancés
et les pattes relativement longues. Tous autres détails, tels que crinières
et ornementation des muscles, ainsi que position de la queue, sont encore tributaires
du style de Cour.
En l'an 612 avant J.C.., la capitale assyrienne de Ninive a été
détruite par les Mèdes et par les Babyloniens ; à la même
époque, environ, le royaume d'Urartu a également sombré.
Le style de Cour des ourattéens, en usage pendant plus de 200 ans, exerça
ultérieurement encore son influence sur l'art, mais cessa d'exister sous
son aspect spécifique.
Galerie photo (en construction)
Pour en savoir plus
L'Orient Ancien - Barthel Hrouda - 1991
Les Dossiers d'Archéologie N° 177
L'Art Arménien - Sipardie Der Nersessian - Arts et Métiers Graphiques
1977
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