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Hovanes
"...Cette année le seigneur visita son peuple, comme il est écrit :
"Je ne vous abandonnerai ni ne vous quitterai". Le bras tout puissant de Dieu
devint le guide. Ils apportèrent le signe de croix du Christ, et l'ayant élevé
en mer, massacrèrent une multitude d'infidèles, et mirent les autres en fuite
sur terre. Ils prirent la ville de Nicée, qu'il avaient assiégée cinq mois.
Puis ils vinrent dans notre pays, dans la région de Cilicie et de Syrie, et
investirent en se répandant autour d'elle la métropole d'Antioche. Pendant neuf
mois ils infligèrent à eux même et aux régions voisines de considérables épreuves.
Enfin, comme la capture d'un lieu aussi fortifié n'était pas au pouvoir des
hommes, Dieu puissant par ses conseils procura le salut et ouvrit la porte de
la miséricorde. Ils prirent la ville et avec le tranchant du glaive tuèrent
l'arrogant dragon avec ses troupes. Et après un ou deux jours, une immense multitude
fut rassemblée qui apporta secours à ses congénères; par la suite de leur grand
nombre, méprisant le petit nombre des autres, ils étaient insolents à l'instar
du pharaon, lançant cette phrase: "Je les tuerai par mon glaive, ma main les
dominera". Pendant quinze jours, réduits à la plus grande angoisse, ils étaient
écrasés d'affliction, parce que manquaient les aliments nécessaires à la vie
des hommes et des juments. Et gravement affaiblis et effrayés par la multitude
des infidèles, ils se rassemblèrent dans la grande basilique de l'apôtre saint
Pierre, et avec une puissante clameur et une pluie d'abondante larmes se produisait
une même flagitation de voix. Ils demandaient à peu près ceci: "Notre Seigneur
et Sauveur Jésus-Christ, en qui nous espérons et par le nom duquel en cette
ville nous sommes appelés chrétiens, tu nous as amenés en ce lieu. Si nous avons
péché contre toi, tu as beaucoup de moyens de nous punir; veuille ne pas nous
livrer aux infidèles, afin qu'élevés d'orgueil ils ne disent pas: Où est leur
Dieu ?". Et, frappés par la grâce de la prière, ils s'encourageaient les uns
les autres, disant: "Le Seigneur donnera la force à son peuple; le Seigneur
bénira son peuple dans la paix". Et chacun d'eux s'élançant sur son cheval,
ils coururent sus aux menaçants ennemis; ils les dispersèrent, les mirent en
fuite et les massacrèrent jusqu'au coucher du soleil. Cela fut une grande joie
pour les Chrétiens, et il y eut abondance de blé et d'orge, comme au temps d'Elysée
aux portes de Samarie. C'est pourquoi ils s'appliquèrent à eux-mêmes le cantique
prophétique: "Je Te glorifie, Seigneur, parce que Tu t'es chargé de moi, et
Tu n'as pas à cause de moi donné la joie à mon ennemi".
Récit du moine arménien Hovannés (Jean) à la fin d'un manuscrit copié par lui
au monastère de Saint-Barlaam, dans la ville haute d'Antioche, pendant les opérations
militaires de 1098 (traduit du latin de la traduction faite sur le texte arménien
par le père Peeters, « Miscellanea Historica Alberti de Meyer », Louvin, 1946,
p. 376)
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