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Né
dans la région d'Andzévatsiats, dans la province de Vaspourakan
(Arménie historique). Il fut éduqué par son père,
Khosrov Andzévatsi, puis par son oncle, Anania Narékatsi, au monastère
de Narek. Ils eurent une position critique envers les méthodes de l'église
arménienne de l'époque et développèrent l'idée
d'un contact direct avec Dieu.
De Grigor Narékatsi nous sont parvenus vingt-cinq poèmes choisis,
un grand poème (le Livre des Lamentations), quelques panégyriques,
des odes et des chants didactiques. D'un riche savoir, d'un grand pouvoir créateur
et d'une liberté sociale sans entraves, il fut le plus grand poète
du Moyen Age arménien.
Narékatsi retrouve actuellement dans la littérature arménienne.
et mondiale, la place qu'il mérite : celle du représentant de
la Renaissance arménienne, antique prélude à la Renaissance
européenne. Son influence se fit sentir sur la poésie des époques
qui suivirent, jusque et y compris la nôtre.
Rouben Mélik (Paris)
Prières de repentir
J'ai péché à ta grande bonté, moi, le vil, j'ai
péché ; j'ai péché à toi, source des rayons,
moi ténèbres, j'ai péché ; j'ai péché
à ta grâce infinie, en vérité j'ai péché
; j'ai péché à ta haute charité, ouvertement j'ai
péché ; j'ai péché à toi qui m'as créé
du néant, réellement j'ai péché ; j'ai péché
à ton sein de suprême tendresse, immensément j'ai péché
; j'ai péché à ta douce et intarissable lumière,
moi, le perfide, j'ai péché.
Et tel un homme violemment bouleversé par une interminable et torturante
agitation dans la mer aux vagues périlleuses tourmentées par le
vent, et qui serait entraîné et roulé en un torrent sauvage,
remuant ça et là les doigts des mains dans le courant impétueux
grossi par les pluies du printemps, emporté malgré lui en une
lamentable dégringolade, avalant l'eau trouble et étrangleuse,
poussé en des douleurs mortelles dans la vase fétide, moussue
et embroussaillée, où il se noierait écrasé sous
les flots : Tel moi, misérable, on me parle et je ne comprends plus ;
on me crie, et je n'entends plus ; on m'appelle, et je ne me réveille
plus ; on sonne, et je ne reviens plus à moi-même ; je suis blessé,
et je ne sens plus.
Et je n'ai pas cueilli le fruit prématuré, et je n'ai pu arriver
aux cueilles du renouveau, et voici que je demeure les mains vides de biens
; je n'ai pas la fleur de pureté ni l'huile de charité, et les
ténèbres de la nuit sont sans aucune lueur ; je dors du sommeil
de la mort, et la frayeur de la trompette du jugement me persécute ;
je me suis encore une fois dépouillé de la parure nuptiale, et
j'ai perdu de nouveau l'onction de sainteté, et voici que se ferme devant
moi la porte de la maison de l'époux.
Traduction : Archag Tchobanian
"Poésie arménienne Anthologie" - Sous
la direction de Rouben Mélik. Paris 1973
Peinture : Nicolas Fetvadjian
Recherche et présentation : Nil V. Agopoff (CRDA)
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