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Nersès le Gracieux (1102-1172)
Surnommé
"chenorhali" (gracieux, plein de grâces, comblé de dons),
il fut une des plus grandes figures de la littérature et de l'histoire
de l'Arménie. Il vécut à l'époque de Léon
le Magnifique, alors que la Cilicie arménienne atteignait son apogée.
Elu Catholicos, il fut, un un collaborteur apprécié du roi Léon.
Ses ouvrages, publiés par les Mékhitaristes de Venise, sont écrits
en arménien classique. Mais il a aussi écrit de petits poèmes
en arménien vulgaire. Ces textes, sortes de devinettes ou d'allégories,
sont parmi les premiers à nous être parvenu dans la langue populaire.
Ils se détachent de l'ensemble des productions de Nercès et de
tous les auteurs de la période classique par leurs aspects légers.
Devinettes
Le Livre
Il est une belle prairie,
Où, parmi des milliers d'agneaux blancs,
Courent de noires brebis,
Et leur berger est pareil a un ange.
L'alouette
J'ai vu un moinillon,
Portant un capuchon bleu;
Au grand matin, il chante tout seul,
Il célèbre Dieu par de douces mélodies.
Le Ciel
Celle église est haute et vaste,
Elle n'a ni poutres ni piliers;
Les lampes s'y suspendent sans cordes,
Les lustres éclairent sans huile.
Le Couteau
J'ai vit une bête fauve inanimée,
Armée d'un croc comme un chien;
Elle dévore sans pitié la chair des hommes
Et met en pièces tout être vivant.
L'Eté
Ce vieux prince,
A trois fils, comme Noé;
Il possède beaucoup de vivres et beaucoup de biens,
Et d'innombrables jarres remplies de vin.
Le Monde
Il est une auberge
Sur la route des passants;
Des inconnus viennent y descendre,
Et ceux qui y deumeurent S'en vont.
Celui qui arrive, on le comble d'honneurs:
Celui qui part, on le dépouille.
Et on lui prend, non point une partie de ses biens.
Mais tout ce qu'il possède.
Le Soleil
J'ai vu un enfant qui naissait
Et mourait dans la même journée
Après être enterré, il renaissait,
Et il se montrait plus radieux encore
Le Printemps
C'est un jeune roi plein de beauté,
Il est tout habillé de moire verte ;
Il possède des troupeaux innombrables,
Des coursiers vigoureux et d'agiles juments.
Le Vin
J'ai vu l'eau pareille au feu,
Plus radieuse que la lune,
Plus houleuse que la mer empourprée:
Elle a été mortelle à bien des gens.
L'Abeille
Comme un maçon, et plus habile que lui,
Elle se construit une maison avec le sue des fleurs:
Sa bouche est une source de douceur,
Ses yeux ne connaissent point le sommeil.
L'Epée
Elle est polie comme un miroir,
Et elle a la forme du signe sacré;
Aux uns elle vient en aide comme un frère,
Aux autre, elle capture leurs femmes.
Traduit de l'Arménien par Archag Tchobanian
Tiré de la Roseraie d'Arménie
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