|
Sayat-Nova (1712 - 1795)
Né
dans la ville de Tiflis, en Géorgie, en sa jeunesse, il apprit le métier
de tisserand. Il écrivait ses poèmes, les chantait en s'accompagnant
d'un instrument de musique. Invité par le roi Hérakl, de Géorgie,
il devint le ménestrel de la Cour. Il écrivait en arménien,
en géorgien, en azerbaïdjanais. Avec le génie de Sayat Nova
l'art des ménestrels atteint son apogée. Ses vers sont célèbres
dans tout le Caucase.
Rouben Mélik
Deux traductions du Chant 53 :
CHANT 53 (1)
Ce sacré monde est une fenêtre ; de mes quartiers j'en ai assez
!
Qui les regarde est embroché ; de mes blessures j'en ai assez !
Hier valait mieux qu'aujourd'hui ; de l'avenir j'en ai assez !
L'homme n'est jamais toujours le même ; de cette musique j'en ai assez
!
Perdra tout son crédit le Prince, en se vautrant dans la débauche
!
Est bon celui qui saura vivre avec honneur dans cette embauche !
Le sage le dit : le monde n'est pas tout enfermé dans notre sacoche.
Je veux voler comme rossignol, de ces serres chaudes j'en ai assez !
Qui pourrait dire qu'il est en vie du jour. levé Jusqu'à la nuit,
Pour le Bon Dieu ce n'est qu'un jeu que l'homme arrive et qu'il soit cuit !
La droiture n'est plus valable face aux mensonges de neuf sur huit.
Un seul esclave pour vingt-cinq Princes ! de ces Seigneurs j'en ai assez !...
Garderons pas le monde pour nous, en faisant fête nuit et jour,
Fils d'Adam, buveur de lait cru ! la peste emporte tes amours !
Ma patience arrive à son bout, n'accepte plus le rire des Cours,
Ennemis sont tous les amis, d'espoirs trompés, j'en ai assez !
Sayat Nova a dit : ma peine dépasse le monde, est débordée,
Ma gloire ancienne évanouie, mon amertume est débordée,
Je pleure plus que le rossignol; de fautes, la rose est débordée,
Elle ne fleurit plus sur la terre, de ces récoltes, j'en ai assez !
Traduction de Victor Gardon et publié dans ANDASTAN N°16,
p77, Paris 1965
CHANT 53 (2)
Ce monde ne m'est que croisée, - j'en ai assez des arcatures ;
Celui qui rend compte on le troue, - j'en ai assez des meurtrissures ;
Hier fut bon, mais aujourd'hui..., - j'en ai assez des jours qui durent ;
L'homme souvent change et varie, - j'en ai assez de tout ce jeu.
Entre au parc, parée, que mon saz te loue! Bien-aimée, j'étouffe.
Homme celui qui dans <;e monde est couronné par la confiance !
Ce monde ne restera pas vont proclamant les philosophes,
Comme un oiseau je veux m'enfuir, - j'en ai assez de tout verger.
Car qui me dit que je vivrai une aube encore, un crépuscule?
Simple est dans la paume de Dieu l'aller-venue de l'homme au monde...
Ma vérité tombe en chemin tant les menteurs se multiplient ;
Vingt serviteurs, nul retenu, - j'en ai assez de tout seigneur.
Ce monde ne restera pas que l'on festoie ou que l'on jouisse,
Fils d'Adam gorgé de lait cru, que maudit soit ta nourriture !
Ma longue attente est épuisée, je n'en peux plus de flatteries,
Quand l'ami devient l'ennemi, - j'en ai assez de tout rival.
Sayat Nova dit : - mon malheur se multiplie... Et rossignol
Sans un demain tant aujourd'hui se multiplie mon amertume,
Ne suis que pleurs : la vermine se multiplie sur mon rosier
Qu'on ne laissa fleurir à temps, - j'en ai assez d'être effeuillé.
Traduit par Gérard Hékimian.et publié dans "
La Poésie arménienne - Anthologie " de Rouben Mélik,
Paris 1973
Pour en savoir plus :
http://www.armenianmusicarch.com/sayatnova.html
|