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Une journée généreuse et ambitieuse à la cathédrale américaine
12 heures pour lArménie, 12 heures de rencontres, dallocutions,
de culture et dart arméniens pour dire que le peuple arménien
existe malgré le génocide.
Le but énoncé des organisateurs de cette journée
le Révérend Dr George Hobson et son épouse Victoria
était damener les différents pays dEurope et les Etats-Unis
à reconnaître le génocide des Arméniens, ce peuple
qui a «1700ans de civilisation chrétienne» comme lannonçait
le programme.
La vraie journée commença après 11 heures avec les salutations
et les souhaits des chanoines et pasteurs et la lecture des messages du Président
Chirac, de lArchevêque du pays de Galles, du Pr Elie Wiesel et de
M. Dévedjian.
Le Pasteur Léonian mit laccent sur la compassion quil a
ressentie pour le peuple turc, se trouvant sur place lors du tremblement de
terre daoût 1999 et souhaita que les Turcs fassent la paix avec
eux-mêmes.Le pasteur Araboglu de Péra (la première église
évangélique en Turquie) développa le thème de la
paix en Turquie et la conversion croissante des Turcs. Ayant parlé du
génocide à la radio et à la TV turques, il a été
arrêté et délivré avec « laide de Dieu».
Kristapor Petrosyan, assistant du Président de la République du
Nagorni-Karabagh, a enfin parlé de reconnaissance du génocide
et exprimé sa gratitude à lIran et à la Russie qui
ont permis de développer la culture et de garder les traditions. Sarkis
Aghabadian, dAthènes, auteur et traducteur, a parlé de sa
découverte, en 1965, du génocide dans un journal grec, mais aussi
des projets expansionnistes de la Turquie grâce à largent
américain.
Alexis Govcyan, président du Comité du 24Avril (CCOAF) a relaté
le travail en cours pour faire reconnaître le génocide par la Turquie
et a insisté sur limportance de la contribution de la Grande-Bretagne
et des Etats-Unis. Il a rappelé lérection du monument dédié
à Komitas et au Génocide de très belles brochures
ont dailleurs été distribuées pour financer cette
statue et a laissé la parole à Jean-Jacques Varoujan qui
récita un poème dédié à la paix.
La deuxième partie, plus internationale, vit lintervention de
Rita Soulahian Kuyumjian, psychiatre enseignant à Montréal, qui
a expliqué la place de Komitas au rang des martyrs dans la psyché
collective des Arméniens. Hourik Clo Zakarian, psychanalyste, a voulu
créer un centre pour les familles et les orphelins à Erévan,
mais a été très gênée par le désordre
des lois. Stépan Avenesian, jeune directeur adjoint du centre pour le
développement des dirigeants à Erévan, a expliqué
les buts de cette formation toute américaine: «Penser et agir de
façon efficace.»
Le déjeuner que la plupart ont pu prendre sur place, grâce à
loffre des buffets froid et chaud, se déroula dans une atmosphère
conviviale et artistique au milieu de productions de peintres et de photographes
arméniens.
Laprès-midi commença par le duo Félix Simonian (violoncelle)
et Nelly Simonian-Martirossova (piano). Prirent ensuite la parole, le Doyen
de la cathédrale américaine, le Rév. E.E. Hunt qui souhaita
la bienvenue à tous, puis le chanoine Vignot et le chanoine Hobson qui
a vanté le courage invincible et la persévérance du peuple
arménien. S.E. Edward Nalbandian, ambassadeur dArménie en
France remercia les organisateurs et la France et rappela que cette année
2001 est un jubilé dune grande importance. S.E.Vahram Abadjian,
ambassadeur à Londres, parla de ce grand événement spirituel
et établit un parallèle entre lhistoire du peuple arménien
et celle du Christ. Monseigneur Kud Nacachian remercia et rappela les fondements
de lEglise arménienne, «la prédiction apostolique
encensée par le sang des martyrs». DArtsakh, Monseigneur
Parkev Martirosyan, dit que depuis 1989, 20 églises et monastères
ont été réhabilités et quil y a un vrai renouveau
spirituel. La baronne Caroline Cox, de la chambre des Lords et présidente
de Solidarité Chrétienne Mondiale, sest rendue 51 fois en
Arménie. Quel Arménien peut en dire autant? Elle a remercié
les organisateurs et le peuple arménien et celui de lArtsakh qui
ont connu toutes les difficultés et les malheurs imaginables. Elle a
rendu hommage à lesprit arménien quelle aime et respecte:
«Vous créez la beauté à partir des cendres de la
destruction.» Elle a aussi rendu hommage à Vardan Tadevosyan du
Centre de rééducation de Stepanakert qui essaie de «refaire
les corps» et qui prit la parole après les applaudissements répétés
pour Lady Cox. Il développe la marche du Centre de rééducation
qui a 12infirmiers certifiés et 50 enfants en rééducation
de la parole. Il encouragea toute lassistance à travailler avec
eux et à les soutenir.
Le Père Hrant Hovanessian, prêtre de léglise apostolique
arménienne de Gandzasar (Haut Karabakh) a insisté sur leur désir
de paix malgré les traces de balles que les pélerins et Lady Cox
ont pu voir sur les murs de Gandzasar. Ashot Martirosyan, coordinateur des églises
apostoliques dArtsakh a raconté la reconstruction de leur patrie
et de leurs églises et demandé laide des Arméniens
de la diaspora, tant en travail quen argent. Raymond H.Kévorkian,
directeur de recherche en Sorbonne, a parlé des Justes Ottomans, qui
font partie du travail de mémoire. Un mur de la mémoire a été
bâti en face du Musée du Génocide. Les Justes ne sont pas
seulement les diplomates occidentaux mais aussi toutes ces personnes qui ont
risqué leur vie en Turquie en 1915.
Georges Hintlian, historien de Jérusalem, parla du vrai visage du Karabagh
et des difficultés énormes, médicales et hospitalières,
que le pays rencontrait.
Cette deuxième longue partie se termina par lintervention de Claude
Mutafian, toujours très brillant, qui a voulu présenter autre
chose que les massacres et les tragédies et montrer par la projection
de diverses cartes de son récent Atlas historique dArménie,
que lArménie navait pas été une éternelle
victime.
Une nouvelle pause fut faite après que Philippe Marsden, écrivain
et auteur anglophone, ait expliqué son intérêt pour lArménie
et lu des passages de son dernier livre, The Crossing Place : a Journey among
the Armenians. Une pause arrosée au champagne fut accordée avant
de reprendre le déroulement de cette journée vers 20h30. La chorale
Sipan-Komitas, dans son répertoire connu, avec des uvres de Komitas
et Aprikian, fut précédé dArmand Arapian, belle voix
de baryton, qui interpréta des chants de Komitas. Puis Jean-Varoujean
Sirapian récita la Berceuse de A. Tchobanian, à loccasion
de la réédition du livre de E.Khayadjian, Archag Tchobanian et
le mouvement arménophile.
Un personnage hors pair, Ali Ertem, président turc de lAssociation
des opposants au génocide, venu dAllemagne, aborda fort clairement
le problème de la paix et de la réconciliation avec les voisins
et ceux qui vivent en Turquie. «Il faut quun travail commence en
Turquie, de reconnaissance du passé et du présent, qui sont niés
en bloc par le gouvernement turc.La Turquie daujourdhui souffre
de ce négationnisme» a-t-il dit (nous étions enfin au cur
du sujet), «la violence est partout en Turquie dans la vie quotidienne»
a-t-il ajouté. «Nous devons entamer des discussions et réfléchir
sur notre passé criminel
nous devons demander pardon et prendre
le deuil avec les descendants des victimes et arrêter dautres négations.
En faisant cela nous améliorerons notre propre situation. Notre association
se rend en Arménie le 24 Avril pour commémorer avec les Arméniens
nous avons recueilli 11000 signatures pour la reconnaissance, mais nos législateurs
ont refusé de recevoir ces pétitions.Nous demandons au Parlement
européen de nous soutenir dans cette reconnaissance
nous avons
encore beaucoup besoin du soutien de lextérieur. Nous vivons une
éclipse artificielle de soleil depuis 1914.»
Ali Ertem a été fort applaudi. Puis le docteur Gerayer Koutcharian
du «Working Group Affirmation» dAllemagne, qui perdit 56 membres
de sa famille en 1915, prit la parole.La famille de son père est originaire
de Chardakhlu (Artsakh). Ce village a été vidé, après
une longue résistance en 1988, alors Koutcharian devint un défenseur
de droits de lhomme et de la reconnaissance du génocide. «En
Allemagne, il y a environ 35000 Arméniens et deux millions et demi de
Turcs.Le Working Group Association se compose de 4 associations. Leur expérience
est différente des autres puisquelle regroupe des descendants des
victimes arméniennes, araméennes ou assyriennes et des Allemands,
des Turcs et des Kurdes. Les parlementaires allemands ne nient pas le génocide
mais évitent le débat et la loi.Les Allemands préfèreraient
une solution à la suisse, dautres aimeraient quil y ait des
discussions entre Turquie et Arménie
LAllemagne joua un rôle
particulier et a une responsabilité spéciale pour les Turcs et
les Arméniens
pour nous, les massacres de 1988 et 1990 à
Sumgaït, Kirovabad et Bakou
ont pour intention dexpulser les
Arméniens.» Une intervention très intéressante car
une expérience unique, mais qui, malheureusement, dut être abrégée
à cause du nombre dintervenants.
Hratché Koundarjian de Londres rapporta les éléments de
la Campagne pour la reconnaissance du Génocide en Grande-Bretagne.La
soirée se termina (23h30!) avec lévocation du peintre Arshile
Gorky, sujet de lexcellent livre de Nouritza Matossian, Black Angel. Avec
beaucoup de présence et un talent dactrice, Mme Matossian interpréta
divers moments de la vie de Gorky après nous avoir appris quAtom
Egoyan est en train de faire un film sur le peintre (je sais quil a une
très grande admiration pour Gorky puisquil a appelé son
fils Arshile!).
Ce fut une longue journée qui montrait que les Arméniens sont
en Artsakh, en Arménie, et en de nombreux pays de diaspora, avec leurs
problèmes spécifiques, mais vivants et actifs. Cest ainsi
que beaucoup dintervenants ont parlé de leur action en Arménie
ou de leur production artistique et que, le lien semblait assez relâché
entre le but annoncé de la demi-page du Herald Tribune du samedi 2juin
2001 (>>>) et les discours. Les organisateurs ont, certes, fait preuve
dune immense générosité et dun énorme
travail guidé par lamour des Arméniens, ce peuple de «1700
ans de civilisation chrétienne», mais ces 12heures furent davantage
une reconnaissance de lexistence du peuple arménien quune
revendication de reconnaissance du génocide par les pays dEurope
à la traîne et lAmérique.
Mentionnons la participation du CRDA, avec Mikaël Simonyan (>>>
photo du mur de la nef), artiste-peintre et Nil Agopoff pour la documentation
historique.
Tout au long de la manifestation, des livres, des K7, des CD, des objets artisanaux
dArtsakh, dArménie et de Jérusalem étaient
vendus.
Que le Révérend Hobson et son épouse Victoria soient encore
remerciés pour leur dévouement, leur gentillesse et la tâche
menée.
Alice T. Mavian
publié dans ACHKHAR (Paris) du Samedi 16 Juin 2001 (p7, N°1942 /
N° 290)
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