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Economie

  Avenir pour les enfants en Arménie

 
Quel avenir pour les enfants en situation difficile d’Arménie ?
MSF se retire de son programme « enfants en situation difficile » et
s’inquiète de l’avenir de ces enfants.


Erevan/Paris, le mardi 22 juin 2004 - Médecins Sans Frontières met un terme à sa mission auprès des enfants en situation difficile qu’elle mène depuis sept ans, dans l’institution de Vardashen et dans les familles en urgence sociale. Médecins Sans Frontières considère qu’il appartient désormais aux autorités de réformer les Centres Républicains d’Education Spéciales et les programmes de prises en charge des enfants et de leur famille socialement en danger.

A travers le travail accompli durant ces dernières années à Vardashen par des équipes pluridisciplinaires (médecins, psychologues, éducateurs, juristes...), Médecins Sans Frontières a montré qu’aux méthodes violentes et répressives employées dans les CRES, il existe une alternative : une approche éducative résolument portée sur le respect de l’enfant, ses droits, son individualité. A travers son programme de prévention, Médecins Sans Frontières a également démontré qu’en apportant un soutien direct aux familles en difficulté, les enfants pouvaient rester chez eux. Ils n’étaient plus amenés à mendier pour gagner leur vie et ne risquaient plus d’être abusivement placés dans ces institutions inadaptées à leur situation puisque réservées aux délinquants.

Le fruit de ce travail a été partagé avec les autorités arméniennes lors du colloque organisé par Médecins Sans Frontières, en septembre 2003, sur la protection de ces enfants et leur devenir. Force est de constater, qu’en dépit de tous les constats et les bonnes déclarations d’intention lors de cette journée, peu de choses ont changé. Aucune mesure, ni dans les textes ni dans les actes, n’a été amorcée pour trouver des solutions alternatives au placement abusif des enfants dans ces institutions, et pour transformer les CRES en institutions à caractère social et non plus répressif.

Si on peut noter des évolutions concrètes, telles que l’adoption d'un règlement intérieur ratifié par le ministère ou le renforcement du personnel de nuit à Vardashen, elles restent néanmoins très insuffisantes.

La question du mauvais traitement des enfants dans les CRES n’est toujours pas résolue. En effet, depuis septembre, des violences ont encore été constatées à Vardashen.
A Noubarashen, malgré les dénonciations publiques, rien n’a été entrepris pour faire cesser les violences qui sont perpétrées contre les enfants depuis longtemps et rien n’a été fait pour changer les méthodes utilisées.

Concernant le statut des CRES et la stigmatisation des enfants qui y sont placés, les autorités arméniennes n’ont apporté aucune réponse aux questions qui avaient été posées il y a neuf mois : aujourd’hui encore, malgré le fait que 100% des enfants sont placés a Vardashen en raison de situation sociale difficile et non pour des délits, l'amalgame entre problèmes sociaux et délinquance perdure.

Aussi, rien n’a été entrepris pour apporter une aide sociale directe aux familles en grande marginalité afin que l’enfant puisse y être maintenu s’il y est en sécurité.

Il est pourtant urgent et nécessaire que les autorités entament les réformes de fonds pour que ces enfants puissent avoir une réponse de prise en charge adaptées à leur besoin. Médecins Sans Frontières refait le point, ci-après, sur ses préconisations débattues en septembre dernier.


RECOMMANDATIONS MSF


Fort de sept années d’expérience dans l’institution de Vardashen et de quatre années auprès des enfants et de leurs familles en difficulté à Erevan, MSF veut convaincre aujourd’hui qu’il existe une alternative de prise en charge pour ces enfants en situation difficile en Arménie.

Pour que ces enfants socialement en danger puissent espérer un avenir décent dans l’Arménie de demain, Médecins Sans Frontières préconise les points suivants :


1 - Les CRES doivent être remplacés par des institutions ouvertes
Ces établissements n’offrent toujours pas aujourd'hui de garanties suffisantes pour que les enfants qui y sont accueillis ne soient pas victimes de violence.

2 - Il faut organiser le retour des enfants dans leur famille
En s’appuyant sur des services de proximité (écoles, écoles de nuit, centres de jour, ongs et associations communautaires), la priorité doit être donnée au maintien de l’enfant dans son cercle familial, en appuyant directement celles-ci.

3 - Les enfants qui ne peuvent rester en famille doivent être accueillis, à proximité de chez eux, dans des institutions ouvertes
En restant proche de leur domicile, le lien entre famille et l’enfant pourrait être maintenu ; les enfants auraient la chance de suivre une scolarité en milieu scolaire normal, à l’extérieur de l’institution.

4 - Engager une réforme du dispositif pour favoriser le maintien en famille et trouver des alternatives au placement de l’enfant en institution
En premier lieu, le statut des Commissions d’Orientation des Mineurs doit être clarifié et celles-ci doivent pouvoir s’appuyer sur un réseau de service d’aide sociale et éducative au domicile des parents ainsi que sur des centres de jours.
Pour les enfants en danger, comme pour les enfants délinquants (un enfant délinquant est aussi un enfant en danger), un véritable système de protection judiciaire de la jeunesse avec des juridictions spécialisées (juges et tribunaux pour enfants) reste à être mis en place.


Contacts presses Médecins Sans Frontières :
A Erevan : Christian Ferrier – Chef de mission - 53B, Ayguedzor street – Yerevan - Tel: 27 64 45
A Paris : Isabelle Ferry – Chargée de communication – 8, rue Saint Sabin – 75011 Paris – Tél : 01 40 21 27 50


Programme d’aide aux « Enfants en situation difficile »
de Médecins Sans Frontières France en Arménie

Historique, résultats et statistiques


1. Bref historique du programme d’aide « aux enfants en situation difficile »

Dans le cadre de son programme de lutte contre les Maladies Sexuellement Transmissibles qu’elle mène depuis 1995 dans l’hôpital de vénérologie d’Erevan, Médecins Sans Frontières rencontre en consultation une jeune fille de 13 ans victime d’MST après un séjour dans le Centre Républicain d’Education Spéciale de Vardashen.

Novembre 1996 à septembre 1997 : évaluation par MSF du parcours des Enfants Des Rues (de la rue au placement en institution) et prise de conscience des difficultés que ces enfants rencontrent.

Novembre 1997 : ouverture du programme « Enfants en situation Difficile » avec apport d’une assistance médicale et psychologique dans deux institutions : le Centre d’Accueil et de Distribution des mineurs de Zeithoun et le Complexe d’Education Spéciale de Vardashen.

Avril 1999 : fermeture du programme Médecins Sans Frontières dans le Centre de Zeithoun. L’ONG Fund of Armenian Relief (FAR) prend le relais début 2000.


2. 1997-2004 : le complexe d’éducation spéciale de Vardashen

Nov 1997-1999 : approche médicale et psychologique et lutte contre les violences
Lorsque Médecins Sans Frontières a commencé à travailler dans le Centre Education Spéciale de Vardashen, cette institution était complètement fermée sur elle-même. Théoriquement prévue pour accueillir des enfants délinquants et déviants, âgés de 12 à 18 ans (filles et garçons), elle accueillait déjà des enfants qui étaient en grande difficulté sociale et non des enfants dangereux.
Les conditions d’enfermement y étaient catastrophiques. La violence courante et légitime, orchestrée par un groupe de gardiens sans formation - appelé le régime - qui maltraitait physiquement et psychologiquement les enfants. L’institution fonctionnait sur un mode totalitaire, obsédée par la volonté de soumettre les enfants et de limiter le nombre de fugues. Les enfants étaient battus, torturés, rackettés, forcés à voler, à travailler ou à se prostituer …

Les enfants étaient coupés de leur famille et restaient toute le journée dans le plus grand dénuement matériel et d’activités.

L’urgence pour Médecins Sans Frontières était de pouvoir assurer la protection de ces enfants. A travers une prise en charge médicale et psychologique, les enfants ont pu se confier sur les sévices qu’ils avaient pu endurer. Des veilles nocturnes ont alors été mises en place 24H/24H pour prévenir ces violences. Et, dès 1998, deux gardiens sont renvoyés pour violence à l’égard des enfants.

En novembre 1998, Médecins Sans Frontières élargit son programme à un volet social afin de sensibiliser les familles à maintenir le lien avec leur enfant durant le temps du placement et de rendre plus agréable la vie des enfants à l’intérieur de l’institution.

En février 1999, Médecins Sans Frontières développe un volet éducatif à son programme et apporte un soutien technique et matériel à l’équipe éducative de l’institution. Dans le même temps, débute une évaluation de la population des enfants présents dans les rues d’Erevan.

En juillet 1999, fin du « régime » : enfin, après de longs mois de pression et de dénonciations, le « régime », ce groupe de gardiens violent, sans formation, est supprimé et remplacé par une équipe éducative. Un véritable travail éducatif au sein de l’institution peut commencer. Nous essayons de définir un projet individuel pour chaque enfant et d’en suivre son application. Nous formons le personnel et le soutenons dans l’organisation des journées des enfants, dans la gestion du quotidien et dans la mise en place de diverses activités. Nous fournissons également le matériel nécessaire à la réalisation de ces activités.

Depuis 1999, la prise en charge des enfants dans l’institution de Vardashen s’appuie sur une approche pluridisciplinaire qui s’articule autour de plusieurs volets : médical, psychologique, social, éducatif et juridique. Cette approche éducative qui s’est substituée à l’approche répressive de cette institution a permis d’offrir à l’enfant de meilleures conditions de vie dans l’institution, de le restituer à sa famille quand cela était possible ou, au moins de maintenir le lien avec celle-ci.

Des résultats aujourd’hui tangibles

Le Vardashen d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec l’institution découverte par Médecins Sans Frontières en 1997 . Aujourd’hui :

1. la violence a quasiment disparue : même s’il y a eu un renvoi d’un éducateur pour maltraitance en septembre dernier, il n’en demeure pas moins que ce type d’abus n’a rien à voir avec les violences graves organisées par le « régime » de 1997. En effet, passages à tabac, tortures, exploitations commerciales ou sexuelles, viols… ces actes de barbaries ont complètement disparus de l’institution,

2. le nombre total d’enfants dans l’institution en baisse : à l’heure actuelle, il y a 76 enfants dans l’institution de Vardashen contre une centaine encore ces dernières années. Les placements non nécessaires ont été évités notamment grâce au travail de prévention auprès directement des enfants en danger social.

3. moins d’admissions et plus de sorties :

- Des sortis en hausse : il y a eu ces trois dernières années plus de 130 enfants sortis de l’institution, dont 38 en 2003. Sur ces 38 enfants, 71 % continuent à bénéficier d’une prise en charge à la sortie de l’établissement. Ce chiffre (en très forte progression) est un indicateur très parlant du chemin parcouru depuis quelques années. On note notamment que le travail avec les familles permet de déboucher sur quelques retours en milieu familial après la période de crise.

- Des entrées en baisse : parallèlement, le nombre d’entrées dans l’établissement a largement diminué : trois admissions en 2004, 20 en 2003 contre une quarantaine entre 1999 et 2001. Le travail sur le maintien du lien famille/enfant semble porter ses fruits puisque moins d’enfants sont placés à Vardashen.

4. Le nombre de délits commis est en baisse : plus l’institution s’est ouverte sur l’extérieur moins les enfants commettaient de délit :

5. La durée moyenne de placement : la durée moyenne de placement est d’environ deux ans et demi. Aujourd’hui, l’institution joue vraiment un rôle de protection pour des enfants en grande difficulté sociale et familiale et pour lesquelles il est difficile de trouver d’autres solutions que le placement en institution (enfant, notamment, en danger dans leur propre famille).

6. Les enfants ont pu bénéficier d’activités récréatives, éducatives, de formation etc

Un problème essentiel demeure

1. les enfants sont toujours placés loin de leur famille : 61% des enfants placés à Vardashen viennent encore des régions dont 22% de Gumri alors que dans cette ville il existe des solutions d’aide à la famille ou des solutions de placements.

3. 2000-2004 : le service prévention auprès des enfants et familles en difficulté

Près de 4 ans après ses débuts dans l’institution de Vardashen, l’équipe constate que des placements abusifs ou injustifiés sont trop souvent prononcés dans l’institution. MSF décide alors de travailler en amont et en aval de Vardashen pour rechercher des solutions alternatives aux placements et à la rue pour les enfants en situation difficile. Des équipes commencent à sillonner les rues d’Erevan, à la rencontre de ces enfants.

En 1999, MSF signe un protocole de partenariat avec la mairie du quartier de Shengavit qui met à disposition de l’équipe, un local municipal.

Septembre 2000 : Les équipes démarrent leur travail dans les rues d’Erevan par une phase de prise de contact progressif et d’écoute des enfants de la rue, pour créer les conditions de leur libre adhésion au programme. Le travail du service prévention s’est tourné vers « les enfants en urgence sociale » c’est-à-dire des enfants dont la situation de « danger immédiat » (physique ; psychologique ; moral), pouvait justifier leur placement en institution.
En moyenne, 200 enfants étaient suivis par année.

Une fois la situation d’urgence passée, chaque enfant est amené à construire avec une équipe « pluridisciplinaire » (coordinateur, de six travailleurs sociaux, trois psychologues, un médecin, un juriste, une assistante sociale, une responsable réseau, et des logisticiens.),
un projet individualisé, qui peut dans certains cas devenir un projet concernant l’ensemble de sa famille.
Aider la famille à aider ses enfants
En premier lieu, il s’agira pour les équipes de protéger l’enfant. Par exemple, Médecins Sans Frontières pourra fournir une assistance médicale et psychologique, de la nourriture, des vêtements, des produits d’hygiène, ou effectuer de petites réhabilitations logistiques dans sa maison lorsque l’hiver arrivera. Un hébergement d’urgence sera parfois fourni, ou les locations assurées pour éviter l’expulsion.

Dans un second temps, une fois la situation stabilisée, un projet d’intégration est bâti avec l’enfant et sa famille. Par exemple, l’enfant peut être re-scolarisé, suivre une formation professionnelle, retrouver ses droits (allocations publiques ; accès aux soins etc.).

Quelques résultats en chiffres du service prévention


Au total, depuis l’ouverture du programme en 2000, Médecins Sans Frontières a pris en charge 1000 bénéficiaires directs (enfants) et indirects (familles).

- 458 enfants ont été admis dans notre programme depuis 2000
- 321 enfants en sont sortis : grâce à un suivi social de qualité, 75% ont été sortis du programme en raison d’une stabilisation de la situation familiale.

Annnées
Nombre enfants admis
Nombre enfants sortis
2000
78
0
2001
156
89
2002
109
98
2003
75
74
2004
40
60

-le nombre total de bénéficiaires indirects (parents, grands- parents, …) entre 2000 et 2004 a été de 512 personnes.

 

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