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Dépêche AFP
PARIS, 30 janvier (AFP)
- La loi reconnaissant le génocide arménien de 1915, adoptée le
18 janvier par le Parlement français, a été promulguée lundi par le président
de la République Jacques Chirac et publiée mardi au Journal officiel.
Le texte, issu d'une proposition parlementaire, est constitué d'un article unique
qui stipule que "la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915",
sans toutefois désigner les Turcs comme responsables des massacres survenus
sous l'empire ottoman.
La publication au JO constitue le dernier acte du processus parlementaire de
deux ans et demi visant à la reconnaissance par la France du génocide arménien.
Le Premier ministre turc Bulent Ecevit a annoncé immédiatement que son pays
révisait ses relations économiques et commerciales avec la France. "Il s'agit
d'une grande déception pour le peuple turc dans nos relations avec la France",
a-t-il ajouté.
L'adoption de la loi, à l'unanimité, par l'Assemblée nationale, avait déjà provoqué
une vive réaction de la Turquie, qui avait notamment rappelé aussitôt son ambassadeur
en consultations et annulé un contrat avec la firme française Alcatel.
La crise ouverte risque de mettre à mal la coopération militaire entre les deux
pays. La France est actuellement l'un des principaux fournisseurs de la Turquie
en matière d'armement, alors que les contrats totaux qu'Ankara envisage de signer,
dans les trente prochaines années, avec les industries militaires étrangères
s'élèvent à 150 milliards de dollars.
Appel au boycott des produits français.
Depuis le vote de la loi, l'ambassade de France à Ankara est chaque
jour le théâtre de manifestations de groupes les plus divers, qui dénoncent
l'attitude de la France et appellent généralement à boycotter ses produits en
représailles.
Des pancartes géantes de dix mètres, proclamant "Chers habitants, boycottons
les produits français", ont été déployées lundi à l'entrée de la ville d'Arhavi
(extrême nord-est), près de la frontière géorgienne.
La décision lundi du conseil de Paris d'ériger un monument en mémoire des Arméniens
massacrés entre 1915 et 1917 et de ceux tombés pour la France lors des deux
guerres mondiales, a été qualifié de "nouveau coup aux relations turco-françaises"
par le ministère turc des Affaires étrangères.
Le monument, une statue en bronze patiné de 6 mètres de haut représentant le
révérend père et compositeur de musique Komitas, figure emblématique de l'Arménie,
devrait être érigé en 2002. Il a également attiré les foudres de la presse turque.
Les massacres et déportations d'Arméniens sous l'Empire ottoman de 1915 à 1917
ont fait 1,5 million de morts, selon l'Arménie, entre 250.000 et 500.000, selon
la Turquie, qui rejette catégoriquement la thèse d'un génocide.
A ce jour, au sein de l'UE, seuls la Belgique et la Grèce ont reconnu le génocide
arménien. En Italie, une résolution en ce sens a été adoptée par la chambre
des députés.
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