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La 1ere Guerre Mondiale
Les Arméniens se retrouvent coincés entre les belligérants, les uns mobilisés
dans l'armée turque, les autres dans l'armée russe. Les Jeunes-Turcs pressent
même les Arméniens du Caucase à se révolter contre le tsar. Cette tactique entraîne
une réaction inverse et, bientôt, 180 000 Arméniens dont 8 000 volontaires venus
de Turquie rejoignent les armées russes pour libérer l'Arménie occidentale.
Le 7 avril 1915, la ville de Van s'insurge et instaure un gouvernement provisoire
arménien. La réaction est aussi immédiate que disproportionnée. Prétextant le
rôle de «cinquième colonne» joué par les Arméniens, les dirigeants jeunes-turcs,
Enver, Talaat et Djemal, décident de déporter l'ensemble de la population arménienne
dans les déserts de Mésopotamie.
Le génocide commence le 24 avril 1915 avec
l'arrestation et l'assassinat de 600 notables arméniens à Constantinople. Les
soldats arméniens sous l'uniforme turc sont désarmés, envoyés aux travaux forcés
puis fusillés. Les Arméniens d'Anatolie orientale reçoivent l'ordre de partir
en déportation dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures. Les hommes valides
sont fusillés à la sortie des villages tandis que femmes, enfants et vieillards
doivent couvrir des centaines de kilomètres à pied, sans soins et sans nourriture.
En chemin, ils sont détroussés, bâtonnés, violés, égorgés par les gendarmes
supplétifs et les tribus kurdes et turkmènes des environs. En août 1915, les
Arméniens de Cilicie et d'Anatolie occidentale sont à leur tour déportés. En
un peu plus d'un an, 1 500 000 Arméniens périssent de la sorte, soit plus de
la moitié de la population arménienne ottomane. Les Turcs s'accordent à reconnaître
un maximum de 300 000 victimes, mais refusent d'y voir une extermination planifiée
et donc un génocide. Au contraire, ils font état de famines, d'épidémies et
des malheurs de la guerre!
Mais les témoignages sont aussi
nombreux, divers, qu'accablants. Diplomates américains et allemands, missionnaires
suisses, américains, allemands et scandinaves, officiers allemands servant d'instructeurs
dans l'armée ottomane: tous rapportent les mêmes atrocités et le même calvaire
des populations civiles. La chute du tsar Nicolas II laisse les Arméniens seuls
face aux Turcs. Le 3 mars 1918, par la paix de Brest-Litovsk, Lénine cède Batoum,
Kars et Ardahan aux Ottomans.
Abandonnée par les bolcheviks, la récente Assemblée législative de Transcaucasie,
le Seïm, proclame l'indépendance de la Transcaucasie regroupant la Géorgie,
l'Arménie et l'Azerbaïdjan (22 avr. 1918). Les Turcs profitent de ces changements
politiques et de la dissolution de l'armée tsariste pour passer à l'offensive.
Battus par les Arméniens commandés par les généraux Antranik et Dro lors de
la bataille de Sardarabad, ils n'en menacent pas moins les Géorgiens qui, pour
leur échapper, proclament leur indépendance et demandent protection à l'Allemagne.
Le 28 mai 1918, c'est au tour des Arméniens de quitter la Fédération transcaucasienne.
Mais, exsangue et encombrée de réfugiés
d'Anatolie, la jeune république doit traiter avec la Turquie, et ses frontières
se réduisent comme une peau de chagrin.
Six mois plus tard, la défaite des Turcs et des Allemands desserre l'étau autour
de la république. Les Arméniens réoccupent Kars, le Nakhitchevan et le Lori.
Le 10 août 1920, le traité de
Sèvres reconnaît officiellement l'indépendance de l'Arménie, qui devient
un État viable s'étendant sur 70 000 kilomètres carrés environ. Par ailleurs,
un foyer national arménien est créé en Cilicie sous protectorat français.
C'était sans compter avec la renaissance du nationalisme turc conduit par le
général Mustafa Kemal. Le 20 octobre 1921, les kémalistes chassent les Français
de Cilicie, massacrant à l'occasion les Arméniens. Entre-temps, le 22 septembre
1920, les forces kémalistes pénètrent dans la république d'Arménie aidées par
les Azéris et les bolcheviks. Le
2 décembre 1920, le gouvernement arménien est obligé de renoncer à l'application
du traité de Sèvres et rétrocède Kars, Ardahan et le Nakhitchevan. Le lendemain,
le pays devient une république soviétique. Dernier espoir des rescapés du génocide,
l'Arménie indépendante se meurt. Désormais, le peuple arménien allait suivre
deux voies: l'une en diaspora, l'autre à l'ombre de l'U.R.S.S. Lors de la signature
du traité de Lausanne le 24 juillet 1923, le nom d'Arménie n'est même plus mentionné.
© Encyclopédie Universalis
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