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Rapport Bryce - Chapitre VI point 59
Baibourt : Rapport d'une femme arménienne déportée
dans le 3ème convoi (communiqué par le comité américain
de secours aux Arméniens et Syriens).
Avant que cela n'arrive à Baibourt, les villages alentours avaient été
vidés de leurs habitants, qui étaient devenus les victimes des
gendarmes et des bandes pillards. 3 jours avant le départ des Arméniens
de Baibourt, après 1 semaine d'emprisonnement, l'évêque
Ana Hazarabedian a été pendu avec 7 autres notables. Après
ces exécutions, 7 ou 8 autres notables furent assassinés dans
leur maison pour avoir refusé de quitter la ville. 7O ou 8O autres Arméniens,
après avoir été battus en prison, furent emmenés
dans les bois puis assassinés. La population de Baibourt a été
évacuée en 3 vagues : Mon mari, décédé 8
ans auparavant, m'avait laissé ainsi qu'à ma fille de 8 ans, et
ma mère, une grande propriété ce qui nous permettait de
vivre dans le confort. Depuis le début de la mobilisation, un Commandant
ottoman avait été logé chez nous sans loyer en contre partie.
Il m'a conseillé de ne pas partir, mais je sentais que je devais partager
le destin de mon peuple.
J'ai pris 3 chevaux chargés de provisions. Ma fille avait des pièces
d'or cachées autour du cou, j'en avais aussi ainsi que 4 bagues en diamant
dissimulées sur moi. Tout le reste était laissé derrière
nous. Notre convoi partit entre le 1er et le 14 juillet et 15 gendarmes nous
accompagnaient. Le convoi comptait 4OO ou 5OO personnes. Nous n'étions
qu'à 2 heures de Baibourt, quand des bandes de brigands, très
nombreux, armés de fusils, pistolets, et de haches, nous ont encerclés
sur la route et nous ont tout volé. Les gendarmes ont pris mes 3 chevaux
et les ont vendus à leur compte à des Mouhajirs turcs. Ils ont
pris mon argent et les pièces d'or de ma fille. Après avoir séparé
les hommes du reste du groupe et ils les tuèrent 1 par 1. Ils ont exécuté
en 6 ou 7 jours tous les hommes de plus de 15 ans. Près de moi, 2 prêtres
furent tués ; l'un d'eux avait plus de 9O ans. Les brigands avaient pris
toutes les plus belles femmes et les emmenèrent sur leurs chevaux. Beaucoup
de femmes furent ainsi enlevées, comme ma sur dont ils jetèrent
à terre le bébé d'un an. Un Turc l'a ramassé et
l'a emmené je ne sais où. Ma mère qui ne pouvait plus marcher,
tomba au bord de la route en haut de la montagne. Tout au long du voyage nous
avons trouvé beaucoup de gens, déportés de Baibourt par
les convois précédents. Quelques femmes étaient mortes
avec leur mari et leurs fils. Nous avons aussi croisé des personnes,
dans un état pitoyable, qui hurlaient de douleur. La nuit, nous n'avions
pas le droit de nous arrêter dans les villages pour dormir, et nous devions
coucher dehors. Dans le noir, des faits indescriptibles furent commis par les
gendarmes, les brigands et les villageois. Beaucoup d'entre nous moururent de
faim et d'arrêt cardiaque. D'autres, trop faibles, furent abandonnés
au bord du chemin.
Un matin, nous avons vu 5O ou 6O wagons avec environ 3O femmes turques, veuves
de guerre, qui partaient pour Constantinople. Une de ces femmes a pointé
le doigt sur un arménien, demandant à un des gendarmes de le tuer.
Ils lui ont proposé de le faire elle-même. Pourquoi pas ? répondit-elle,
et sortant un revolver de sa poche, elle le tua. Chacune de ses femmes avait
5 ou 6 très jeunes filles arméniennes avec elles. On ne souhaitait
jamais prendre les jeunes garçons. Ils les tuaient quelque soit leur
âge. Ces femmes ont voulu prendre ma fille, mais elle ne voulait pas être
séparée de moi et finalement nous fûmes emmenées
toutes les deux en promettant de devenir musulmanes et elles ont changer nos
noms.
Le pire et les plus inimaginables horreurs nous furent réservées
sur les bords de l'Euphrate et dans la plaine de l'Erzindjan. La vue de corps
mutilés de femmes, de filles et de petits enfants firent frissonner tout
le monde. Les brigands faisaient toutes sortes d'horreurs aux femmes et aux
filles qui étaient avec nous et leurs cris emplissaient les cieux. Les
gendarmes jetèrent dans l'Euphrate tous les enfants de moins de 15 ans
qui restaient. Ceux qui nageaient furent immédiatement abbattus.
Après 7 jours de voyage, nous arrivâmes à Erzindjan. Il
ne restait plus aucun Arménien vivant dans cette ville. Les femmes turques
m'emmenèrent ainsi que ma fille aux bains et elle nous montrèrent
beaucoup d'autres femmes et filles qui avaient accepté l'Islam. Entre
Erzindjan et Enderesi, les champs et les collines étaient parsemés
de cadavres gonflés et noirs qui emplissaient l'air d'une odeur nauséabonde.
Sur la route nous avons rencontré 6 femmes portant le feradjé
avec des enfants dans les bras. Quand les gendarmes, soulevant leur voile, se
sont aperçus qu'il s'agissait d'hommes déguisés, ils les
ont tous tués. Après 32 jours de voyage, nous sommes arrivés
à notre destination.
Traduit de l'anglais par Monique Kadeyan-Manilève
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