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Les historiettes d'une mamie pas comme les autres
Il pleuvait. Eric et Clara, debout devant la fenêtre, contemplaient
en silence la pluie qui n’en finissait pas de tomber. Une ombre de tristesse
planait dans la salle de séjour.
- C’est drôle, on dirait que la pluie forme un rideau juste devant
la fenêtre, dit lentement Eric.
- Heureusement qu’il est transparent ton rideau, répondit Clara
d’une voix qui semblait sortir des nuages.
- Clara, il te semble de quelle couleur, le rideau ? Moi je dirais plutôt…
gris argent, réfléchissait Eric.
- Moi aussi, répondit Clara, en se rapprochant de son petit frère.
- Regarde bien Clara, tu ne trouves pas qu’il tremblote sans cesse ?
fit remarquer Eric très sérieusement.
- Tu as raison, il frémit si rapidement qu’il semble même
briller, observa Clara.
- J’espère qu’elle va bientôt s’arrêter,
sans quoi les pauvres fleurs de
mamie…! dit Eric d’une voix compatissante..
- Mais, regarde-les ! Elles ne paraissent pas si malheureuses ! C’est
à croire qu’elles en profitent pour faire leur toilette ! s’étonna
Clara.
Peu à peu les enfants se ranimaient et retrouvaient leur joyeuse complicité.
Mamie, occupée aux préparatifs du déjeuner, suivait de
la cuisine la conversation de ses petits-enfants. Elle était agréablement
surprise de leurs réflexions. Ayant terminé son travail elle vint
les rejoindre et leur dit comme pour leur donner raison :
- Et vous allez voir qu’au premier coup d’œil du soleil elles
s’ouvriront et étaleront fièrement leurs plus belles couleurs
!
Les enfants se tournèrent vers leur grand-mère et, d’une
seule et même voix, lui dirent :
- Mamie, s’il te plaît, raconte-nous une histoire !
- Mais cette fois-ci ne nous mets pas dans l’histoire, nous sommes déjà
grands,
ajouta Eric.
- Oh, ne crois pas que tu n’en as plus besoin, mon petit garçon
! lui dit mamie, puis elle continua en réfléchissant…, alors
vous voulez une histoire …
Mamie était silencieuse. Elle cherchait dans sa mémoire si chargée
de contes. Elle se demandait ce qu’elle pourrait leur raconter. Les enfants
attendaient patiemment. Ils regardaient leur grand-mère avec confiance
et retenaient la curiosité qui les envahissait. Mamie adorait ce regard
et elle aurait voulu le faire durer plus longtemps ! Mais, ayant trouvé
son histoire, elle leur dit :
- Je ne me souviens plus de quel pays était le dernier conte que je
vous avais raconté. Cette fois-ci, ce sera un conte arménien dont
l’auteur est Razaros Araïan (Ghazaros Aghaïan). Il nous rapporte
l’histoire d’une jeune fille intelligente et courageuse : c’est
l’histoire d’Anahit.
Attention !… Je vous emporte en Arménie, à une époque
fort lointaine !
Les enfants rapprochèrent leurs tabourets du fauteuil de leur grand-mère.
Mamie contempla un instant ces deux petits visages tendus vers elle, et, heureuse,
elle commença ainsi :
Il était une fois, il y a fort longtemps, un roi et une reine qui étaient
très aimés et
respectés de leur peuple. Le roi s’appelait Vatché, et la
reine s’appelait Achrène.
En sages et bons souverains, ils veillaient au bien-être de leurs sujets.
Ils avaient un fils, Vatchagane, qui venait d’avoir vingt ans. Il était
beau, courtois et brave. Il pratiquait fort bien les arts de combat de son époque,
comme tout prince se doit de le faire, mais cela n’était pas ce
qui lui plaisait le plus.
Ce jeune homme passait la plus grande partie de son temps plongé dans
des
manuscrits, car il désirait connaître toutes les sciences qui fleurissaient
à cette
époque. Il admirait son maître, le grand Mesrop Machtots et voulait
suivre son
exemple.
Mais depuis quelque temps, cet amour pour les études inquiétait
ses parents. En
effet, Vatchagane avait perdu toute sa vivacité, ses joues se creusaient
et perdaient
peu à peu leur belle couleur.
Eric interrompit timidement mamie :
- Mamie, c’est le Mesrop Machtots * de l’exposé de Clara
?
- Bien sûr, mon chéri, répondit mamie en souriant.
- Mais alors, on peut situer ce conte dans le temps, il nous parle du cinquième
siècle de notre ère ! s’exclama Clara.
- C’est très bien mes petits, mais dans notre conte, où
en étions-nous ?
- Tu nous disais que le prince Vatchagane admirait Mesrop Machtots, répondirent
les enfants.
- Oui, je continue, dit mamie. Donc, le prince était toujours plongé
dans ses manuscrits. Mais depuis quelque temps, cet amour pour les études
inquiétait ses parents.
Le roi et la reine pensaient que leur fils désirait se marier, mais
n’osait pas le dire.
Il fut décidé que la reine Achrène lui en parlerait.
- Mon fils, lui dit-elle, tu es notre seul héritier et il est temps,
sans doute, de penser à te marier. Nous avons dans notre entourage tant
de jeunes et belles princesses qui n’ont d’yeux que pour toi ! Si
l’une d’elles a fait battre ton cœur, nous serions heureux
de te l’entendre dire !
- Chère mère, n’en dites pas davantage ! Je pense que ma
vocation est d’être prêtre. D’ailleurs, vous et le roi,
mon père, dirigez le pays comme je ne saurais jamais le faire.
Puis il prit les deux mains de la reine, les serra sur son cœur et, y
déposant un
baiser, lui dit de ne pas s’inquiéter pour son avenir.
La reine, bouleversée, se hâta de rejoindre son époux
qui l’attendait impatiemment.
Elle raconta en larmes la conversation qu’elle venait d’avoir avec
son fils. Le roi
Vatché l’écouta gravement, puis, souriant à sa femme,
lui dit :
- Ma chère amie, il n’y a vraiment rien d’alarmant dans
tout ce que je viens
d’entendre, et je pense connaître la raison pour laquelle notre
fils désire devenir
prêtre :
Depuis que Mesrop Machtots a conçu un alphabet pour notre langue, une
grande
partie de la jeunesse de notre pays se sent la vocation d’enseigner cet
alphabet dans
tous les foyers. C’est une excellente chose, car les portes du savoir
s’ouvriront
devant tous ceux qui le désireront. Vatchagane fait partie de ces jeunes
et nous devons en être fiers ! Seulement il ne doit pas oublier qu’un
prince a
également d’autres responsabilités à assumer. Je
m’entretiendrai de tout cela
avec lui. Ne vous faites plus de souci.
La reine qui avait une grande confiance en son époux se retira rassurée.
Resté seul, le roi, après avoir longuement réfléchi,
dut admettre que ces derniers temps, il n’avait pu s’intéresser
à la vie de son fils, préoccupé qu’il était
par celle de ses sujets.
Il se souvint de l’avoir envoyé, à plusieurs reprises, en
reconnaissance dans différentes régions du royaume. Le prince
et son inséparable ami, Varinague, y allaient habillés comme les
gens du peuple, afin de pouvoir s’informer sur les conditions de vie des
paysans, sans être reconnus.
Le roi se dit que Varinague pourrait sans doute lui apprendre quelque chose.
Il le fit venir et lui dit :
- Varinague, tu sais que je t’aime comme mon propre enfant, aussi je
voudrais que tu me répondes en toute sincérité. Ces dernières
semaines, la reine et moi avons remarqué, dans le comportement du prince,
une certaine tristesse et un goût pour la solitude. Il ne sort plus de
la bibliothèque ! Pourrais-tu nous aider à en trouver la raison
?
- Sire, le prince ne me confie pas ses secrets, répondit respectueusement
le jeune homme.
- Bien mon fils, tu peux te retirer, lui dit le roi.
Varinague quitta la salle. Il sembla au roi que sa question avait embarrassé
le jeune homme et qu’il s’était retiré avec une certaine
hésitation. Connaissant la loyale amitié qui liait ces deux amis,
le roi se dit qu’il valait mieux attendre.
Or, Varinague connaissait la véritable cause de la tristesse du prince,
mais il ne pouvait la dire au roi, car on ne peut dévoiler que son propre
secret et jamais celui des autres ! Et voici ce qu’il savait :
Quelques mois auparavant, le roi Vatché les avait envoyés en
mission ; cette dernière expédition avait bouleversé la
vie du prince ! Comment l’oublier !
Vêtus en simples chasseurs, ils chevauchaient depuis plusieurs heures,
lorsqu’ils arrivèrent à un petit village paisible et accueillant.
Ils étaient très fatigués et avaient bien soif.
Ils se dirigèrent vers la place du village où se trouvait une
fontaine. Quelques jeunes filles y étaient venues remplir leurs cruches.
Elles discutaient joyeusement. Vatchagane leur demanda poliment un peu d’eau
pour apaiser sa soif. L’une d’elle s’empressa d’emplir
sa cruche et allait la lui présenter, lorsqu’une autre jeune fille
la retint gentiment. Elle lui prit la cruche des mains et vida lentement l’eau
fraîche qu’elle contenait, puis la remplit et la vida à nouveau,
aussi lentement que la première fois. Elle recommença son petit
manège plusieurs fois. De temps en temps, elle jetait un regard furtif
sur les deux étrangers.
Varinague était furieux. Il pensait que la paysanne se moquait d’eux
: «Elle n’aurait jamais osé faire une pareille chose, si
elle avait su à qui elle jouait ses vilains tours ! »
Il se tourna vers le prince et fut surpris de le voir conquis par l’audace
et la beauté de la jeune fille : il la regardait émerveillé
!
En effet, Vatchagane se demandait pourquoi il ne pouvait détacher son
regard de cette jeune fille ; toutes ces paysannes étaient aussi jolies
les unes que les autres ! Elles avaient de beaux yeux bruns, une longue chevelure
emprisonnée dans une épaisse natte, une taille fine et élancée
!
Comme pour répondre aux questions qu’il se posait, la jeune fille
releva la tête et leurs regards se rencontrèrent. Ses grands yeux
noirs en amande étaient bordés de longs cils brillants, si longs
qu’ils laissaient tomber une ombre frangée sur ses joues.
- Quel regard intelligent et paisible ! se dit Vatchagane.
Il lui semblait connaître cette jeune fille depuis toujours !
Varinague sentit ce qui ce passait dans l’âme de son ami d’enfance
et se dit :
- Il est grand temps de partir d’ici !
La jeune fille ayant rempli la cruche pour la dernière fois la tendit
à Vatchagane. Il but, et, la passant à Varinague, dit en s’adressant
à la paysanne :
- Peux-tu m’expliquer à quel jeu tu jouais !
- Noble étranger, dans notre village, il n’est pas coutume de
plaisanter lorsqu’on
nous demande à boire. Mais quand je vous ai vus fatigués et trempés
de sueur, j’ai pensé qu’il serait dangereux de vous laisser
boire dans cet état
l’eau si fraîche de notre source ! Je m’excuse si j’ai
abusé de votre patience.
Le prince fut heureux de constater qu’il ne s’était pas
trompé, car elle était aussi intelligente que belle. Charmé,
il lui demanda :
- Comment t’appelles-tu ?
- Anahit, répondit-elle.
- Qui est ton père ? continua le prince.
- Mon père est le berger de ce village, répondit Anahit. Mais,
dit-elle, pourquoi ces questions ?
- Pour rien, répondit Vatchagane un peu mal à l’aise.
- Alors, permets-moi de te poser les mêmes questions, dit Anahit très
sérieusement.
- Veux-tu que je te dise la vérité ou un mensonge ? demanda le
prince en souriant.
- Donne-moi une réponse digne de toi, répondit Anahit toujours
aussi sérieuse.
- Alors il vaut mieux que je me taise aujourd’hui, mais je te promets
qu’un jour je te dirai qui je suis. Merci pour ton bon conseil, nous nous
en souviendrons, n’est-ce pas mon ami, dit-il en se tournant vers Varinague.
Ils remercièrent les jeunes filles, les saluèrent et reprenant
leurs montures, ils s’éloignèrent du village. Varinague
était de fort mauvaise humeur, quant à Vatchagane, il semblait
flotter sur un nuage ! Il demanda à son ami :
- Dis-moi en toute franchise ! As-tu vu au palais de mes parents une jeune
fille comme celle que nous venons de quitter ?
- Non, bien sûr ! Comment voulez-vous voir une fille de berger dans votre
palais !
répondit Varinague pour dévier la conversation. Mon prince, elle
est la fille d’un berger ! Mieux vaut l’oublier !
- Mon ami, je n’ai jamais vécu le bonheur que je ressens à
cet instant, continuait Vatchagane sans écouter la réponse de
son ami.
- Reviens sur terre, le roi ne voudra jamais d’une paysanne pour belle-fille
! Son père est le berger du village ! Tu comprends ce que cela signifie
! lui dit Varinague en élevant la voix.
- Berger ? Mon père n’est-il pas le berger de son royaume ? quelle
différence ? répondit Vatchagane toujours sur son nuage.
- Son père a pour sujets des vaches et des moutons ! il y a une différence
que tu peux constater malgré les beaux discours de ta belle inconnue,
fit remarquer Varinague.
Mais il regretta tout ce qu’il venait de dire, car dès cet instant,
Vatchagane sombra dans un silence d’où aucune plaisanterie ne put
l’en sortir. Ils revinrent au palais. Le prince rendit compte de sa mission
à son père, comme à l’ordinaire. Personne ne soupçonna
les douloureuses pensées qui tourmentaient Vatchagane. Il se disait que
son ami avait raison, que jamais ses parents ne permettraient ce mariage. Et
c’est ainsi qu’il décida de devenir prêtre, puisque
Anahit ne serait jamais la compagne de sa vie !
Les jours passaient et le prince devenait de plus en plus indifférent
à tout ce qui l’entourait.
Seul Varinague connaissait la cause de cette désolation. Aussi décida-t-il
de s’informer au sujet d’Anahit.
Et c’est ainsi qu’il apprit que la mère d’Anahit était
morte en lui donnant le jour. Elevée par son père, elle avait
reçu une étrange éducation : elle était l’une
des meilleurs élèves du grand maître Mesrop, grâce
à elle tous les habitants de son village savaient lire et écrire,
elle connaissait et pratiquait les arts de combat tel un valeureux guerrier,
elle était une excellente écuyère, tout en étant
une très bonne cuisinière, elle avait des doigts de fée
pour broder ou tisser… Que faut-il ajouter à tout cela, sinon qu’elle
connaissait, aussi bien qu’une princesse, l’usage des herbes médicinales
!
Les jours et les semaines passaient. Le roi et la reine étaient de plus
en plus inquiets ; Vatchagane n’était plus que l’ombre de
lui-même. Ils appelèrent Varinague qui cette fois-ci jugea important
de raconter ce qu’il savait. Le roi ne pouvait en croire ses oreilles
! Mais la reine, comprenant la détresse de son fils chéri se jeta
aux genoux du roi et le supplia d’accepter ce que le destin leur apportait.
- Même si j’aime mon fils, ai-je le droit de donner à mon
peuple une bergère pour
reine ! s’exclama le roi.
C’est alors que Varinague leur raconta les choses incroyables qu’il
avait entendues au sujet d’Anahit
On fit venir Vatchagane. La reine lui annonça que le roi et elle acceptaient
son choix pour la future reine de leur royaume, lui reprochant tendrement de
pas s’être confié à elle, sa mère.
Il fut décidé que Varinague irait, chargé de cadeaux magnifiques
dont une bague de grande valeur, demander la main d’Anahit pour son prince
et ami. Il serait accompagné de quelques membres de la famille royale.
Arrivés au village, ils se firent indiquer la maison d’Anahit.
Elle n’était pas chez elle. Ils furent reçus par son père.
Celui-ci recouvrit le canapé d’un magnifique tapis et les pria
de s’installer confortablement. Ensuite il s’inquiéta de
l’objet de leur visite. Varinague prit la parole :
- La renommée de votre fille Anahit est arrivée jusqu’au
palais du roi Vatché. Notre
prince Vatchagane a déjà rencontré Anahit, et depuis ce
jour, il n’a pu oublier sa
beauté et sa gentillesse.
Nous sommes venus vous demander la main de votre fille Anahit pour notre prince
Vatchagane, annonça fièrement Varènague, en le saluant
respectueusement.
Puis il déposa sur la table les présents qu’ils avaient
apportés.
- Il est vrai que je suis son père, et que je me sens très honoré
de la demande que vous me faites, mais c’est à Anahit de décider.
Elle est au verger et ne va pas tarder à rentrer, dit le père
d’Anahit.
Et, sans même jeter un regard sur les présents, il sortit pour
appeler sa fille.
Varinague et ceux qui l’accompagnaient étaient stupéfaits
! Des rois appelaient de tous leurs vœux une pareille alliance pour leurs
filles, et ce berger leur disait froidement que la réponse ne dépendait
pas de lui !
Mais voici qu’Anahit arrivait chargée d’un panier de fruits
magnifiques. Elle les salua discrètement, puis, ayant disposé
les fruits avec beaucoup de goût sur un grand plateau d’osier, elle
les présenta gracieusement à ces hôtes. Elle reconnut Varinague
et rougit légèrement. Varinague le remarqua et en profita pour
lui expliquer la raison de leur présence chez elle. Anahit répondit
en ces termes :
- Cette demande en mariage m’honore et me fait plaisir, je le dis sans
fausse pudeur,
mais j’ai fait vœu de prendre pour époux un homme ayant non
seulement une bonne éducation, mais aussi un métier. Le prince
Vatchagane a-t-il un métier ? demanda-t-elle.
- Le métier d’un fils de roi est de se préparer à
être un bon monarque ! s’écrièrent
ensemble les membres de la famille royale.
Varinague se demandait ce qu’il allait dire à son ami. Mais Anahit
continuait gravement :
- Il faut savoir que tout peut changer dans le cours d’une vie, que vous
soyez roi ou non !
Puis s’adressant à Varinague :
- Dites à votre prince que je suis très touchée des sentiments
qu’il a pour moi et que
je les partage, mais ma décision ne pourra changer même pour lui.
S’il m’aime, ce
sera la meilleure manière de me le prouver.
Varinague voulut laisser au moins la bague en présent, mais Anahit refusa.
Ils retournèrent au palais ne sachant pas comment annoncer l’incroyable
réponse à leur demande en mariage.
Mais ils allaient de surprise en surprise, car le prince, apprenant la raison
du refus, approuva le vœu d’Anahit et décida d’apprendre
le métier de tapissier. Il avait entendu dire qu’Anahit tissait
de magnifiques tapis.
Une année s’écoula. Vatchagane était devenu l’un
des meilleurs tapissiers du royaume. Il renouvela sa demande à Anahit
qui l’accepta avec bonheur. Un très grand mariage fut célébré.
Tous les sujets du roi étaient heureux, surtout les paysans !
Peu de temps après cet événement, le roi Vatché
et la reine Achrène appelèrent le prince Vatchagane et la princesse
Anahit et leur dirent :
- Le moment est venu pour nous de vous transmettre le règne de notre
royaume.
Nous sommes très fatigués et nous serions heureux de pouvoir profiter
du bonheur
que vous répandez autour de vous. Vous êtes prêts pour cette
tâche, nous vous
faisons confiance !
Vatchagane devint roi et Anahit devint reine ! Ils étaient encore jeunes,
mais ils gouvernaient en essayant de bien comprendre les besoins de leur peuple.
Le jeune roi ne pouvait plus, comme il le faisait pour son père, parcourir
les campagnes, déguisé en simple paysan, pour savoir ce qu’il
devait faire pour améliorer la vie de ses sujets. Il chargeait de temps
en temps Varinague de cette tâche.
Vatchagane et Anahit vivaient paisiblement dans leur palais, mais une ombre
apparaissait sur leur bonheur. En effet, ils n’avaient aucune nouvelle
de Varinague parti en mission depuis deux mois. Nos jeunes souverains étaient
aussi très alarmés par la disparition de nombreuses personnes
que l’on signalait dans leur royaume.
Vatchagane décida d’aller en secret à la recherche de son
ami et, par la même occasion, d’éclaircir le mystère
de ces disparitions ; Anahit pourrait gouverner seule, il lui faisait confiance.
Il consulta ses parents et sa femme, et, ayant reçu leur approbation,
il se mit en route.
Après avoir chevauché plusieurs heures dans la direction que Varinague
avait prise, il arriva à une petite ville du nom de Péroje. Cette
ville, qui n’existe plus à présent, se trouvait non loin
de la frontière de son royaume. Il remarqua que beaucoup de gens allaient
vers la place principale de la ville, et, curieux, il y dirigea son cheval.
Là, il vit un groupe d’hommes bizarrement vêtus : ils ressemblaient
à la fois à des soldats et à des religieux qui rappelaient
des prêtres mages. Ceci l’intrigua. Il s’avança un
peu pour comprendre ce qui se passait. C’est alors qu’il vit un
vieillard à longue barbe blanche, au regard bienveillant, assis sur un
riche tapis rouge. Il promettait du travail à des ouvriers qui en cherchaient
Mamie s’interrompit, car elle sentait que les enfants auraient bien voulu
lui demander quelque chose. Alors, souriant malicieusement, elle dit :
- Le mot « mage » ne trouve pas sa place dans vos jolies têtes
?.
Les enfants se disaient bien que les Rois Mages n’avaient rien à
faire avec Anahit, mais alors…
Mamie expliqua en quelques mots :
- A l’époque de ce conte, l’Arménie historique se
trouvait partagée en deux provinces : l’une, sous la domination
romaine et l’autre sous la domination perse. Mesrop Machtots vivait dans
la dernière. Or, la Perse, à cette même époque, avait
une religion dont les prêtres se nommaient « mages ». Je peux
continuer à présent ?
- Nous en étions au gentil vieillard assis sur un beau tapis rouge,
dit sérieusement Eric.
Mamie reprit la suite du conte.
- Soudain, le vieillard remarqua Vatchagane qui le dévisageait attentivement.
Il lui fit
signe de venir à lui. Vatchagane s’en approcha et le salua. Le
vieillard lui demanda :
- D’où viens-tu ?
- Je vais de ville en ville et je m’arrête dès que je trouve
du travail, répondit Vatchagane.
- Quel est ton métier ? s’intéressa encore le vieillard.
- Je suis maître tapissier, mais n’ayant plus de famille, je n’éprouve
pas le besoin
de me fixer quelque part, répondit hardiment Vatchagane, espérant
découvrir qui
étaient ces hommes.
- Cherches-tu du travail ? demanda le vieillard.
- Je suis venu dans cette ville dans l’espoir d’en trouver, répondit
Vatchagane.
- Bien, si tu es vraiment maître tapissier, j’aurai beaucoup de
travail pour toi. Va te joindre au groupe qui se forme là-bas, dit le
vieillard d’un ton paternel, en lui montrant quelques hommes qui avaient
accepté de travailler pour lui.
Peu de temps après, tout ce monde s’organisa et on se mit en route.
Vatchagane se joignit à la troupe.
Après plus d’une heure de marche, ils arrivèrent devant
une haute muraille. Un énorme portail s’ouvrit laissant apparaître
un somptueux palais dont Vatchagane ignorait jusque là l’existence.
Il eut d’abord le réflexe de rebrousser chemin, mais pensant à
Varinague, il s’engagea avec les autres travailleurs dans la cour qui
entourait le palais.
On les conduisit vers une porte qui, leur dit-on, était la porte des
ateliers. Ils y pénétrèrent, mais à peine étaient-ils
entrés que la porte se referma bruyamment sur eux, les plongeant dans
les ténèbres. Tous comprirent qu’ils étaient tombés
dans un piège. Un silence de stupeur et de frayeur régna quelques
instants. Vatchagane fut le premier à se ressaisir, mais au même
moment, une porte s’ouvrit au loin laissant venir jusqu’à
eux un faible rayon de lumière. Quelque chose qui ressemblait à
un fantôme s’avançait péniblement dans leur direction.
Leurs yeux s’habituaient peu à peu à l’obscurité.
Ce qu’ils avaient devant eux était sans doute un être encore
vivant ! D’ailleurs, il prit la parole :
- Ils vont revenir pour vous demander si vous avez un métier, dit-il
d’une voix très faible. Dites que vous en avez un, sans quoi vous
serez immédiatement abattu, car ici on ne garde pas les bouches inutiles.
- Et pour ceux qui ont un métier ? demanda à voix basse Vatchagane.
- Alors ils travailleront jusqu’à l’épuisement de
leurs forces, répondit le malheureux.
Il s’arrêta un instant comme pour essayer de voir la personne
qui lui parlait, puis il reprit aussitôt :
- Je suis encore en vie grâce à ma reine Anahit qui m’avait
demandé d’apprendre
le métier de bijoutier. Mais je …
Il s’interrompit pour prêter l’oreille. Un bruit de pas martelant
le sol leur parvenait… Vatchagane comprit qu’il avait devant lui
son ami d’enfance Varinague, mais il pensa qu’il était préférable
de lui cacher le malheur qui venait de le frapper également. Sans perdre
de temps, Vatchagane lui demanda :
- Qui es-tu ?
- Je suis Varinague, ami du roi Vatchagane, lui répondit le pauvre Varinague
qui était devenu presque aveugle.
Puis, Vatchagane s’adressa à ses compagnons d’infortune :
- Que ceux qui n’ont pas de métier disent qu’ils travaillent
la tapisserie avec moi !
Il avait à peine prononcé son dernier mot que l’on entendit
la lourde porte grincer sur ses gonds. Des soldats armés entrèrent
dans la salle. Leur chef portait une torche dont la lueur vacillante des flammes
rendait son affreux visage encore plus monstrueux. Il ordonna :
- Que ceux qui ont un métier se placent de ce côté-ci,
les autres resteront à leur place.
Tous se déplacèrent sur le côté indiqué.
Alors il demanda à chacun ce qu’il était capable de faire.
Lorsqu’il s’adressa à Vatchagane, celui-ci montrant les trois
ouvriers sans profession, lui répondit qu’il était maître
tapissier et que ces trois hommes travaillaient pour lui. Il continua avec assurance
et expliqua que leur travail exigeant de la lumière, il leur faudrait
un endroit mieux éclairé. Ensuite il ajouta que pour la nourriture,
ils se contenteraient de fruits et de légumes. Voyant l’expression
agressive du chef, Vatchagane continua calmement :
- Les tapis que nous tissons valent trois fois leur poids en or.
- Si tu mens, je te le ferai regretter ! menaça le soldat en rapprochant
sa torche du visage de Vatchagane.
Puis ils sortirent les laissant dans la plus complète obscurité...
Vatchagane appela doucement son ami et lui demanda de rester dans leur groupe,
prétextant le besoin d’un bijoutier.
Peu de temps après, le vieillard à barbe blanche vint avec une
escorte de soldats armés jusqu’aux dents. Il demanda à Vatchagane
tout ce qu'il lui fallait pour travailler.
Vatchagane et ses compagnons furent mis dans un local mieux éclairé.
Ils commencèrent le tissage d’un tapis d’une beauté
et d’une finesse extraordinaire ! Vatchagane, en secret, plaçait
dans des motifs fleuris, un message qu’il espérait faire parvenir
à Anahit ! Lorsque l’ouvrage fut terminé, il fit appeler
le surveillant, lui montra le tapis et lui dit :
- Vois-tu ce tapis ? il vaut trois fois son pesant d’or. Mais si tu veux
en tirer le
double, alors il faudra le vendre à une personne capable de comprendre
les
symboles formés par les motifs de fleurs : ce sont des porte-bonheur.
On dit que
seule la reine Anahit en connaît le langage.
Puis faisant une pause, il continua d’un air détaché :
- Je crois que j’ai fait tout ce que je pouvais faire pour vous satisfaire.
Le surveillant, avide de garder tout l’or pour lui seul, enroula le tapis
qui était si fin qu’il put le cacher sous ses vêtements et
sortit des « ateliers ». Il alla droit aux écuries, sella
un cheval et partit au galop vers le palais de Vatchagane.
Dans son palais, Anahit était très inquiète. Elle regrettait
d’avoir laissé partir son mari sans escorte. Elle songeait, assise
près de la fenêtre, quand soudain, son regard fut attiré
par un cavalier qui arrivait à fond de train.
Elle donna l’ordre de le laisser entrer et se dirigea d’un air hautain
vers la grande salle pour recevoir l’étranger. Il entra et se prosterna
devant elle. Elle le releva et lui dit que dans ce royaume personne ne se prosternait
devant elle. Puis elle lui demanda qui il était et ce qu’il désirait.
- Je suis marchand de tapis. La réputation de votre savoir dans cette
profession m’étant parvenue je suis venu vous proposer une merveille
! Ce tapis a le pouvoir de porter bonheur à ceux qui savent déchiffrer
les signes que forment les motifs, dit notre faux marchand en déroulant
fièrement le fameux tapis.
Anahit s’avança, prit le tapis, le scruta un instant, puis l’installa
sur son métier à tisser. Ainsi elle pouvait déchiffrer
confortablement le message, car elle avait reconnu l’ouvrage de son cher
Vatchagane ! Voici ce qu’elle découvrit :
« Je suis prisonnier. Varinague est avec moi. Ici nous sommes nombreux.
De faux religieux nous font travailler comme des esclaves. Leur palais est caché
derrière une
haute muraille. Il se trouve à l’est de la ville de Péroje.
Presque deux heures de
marche. Ils sont nombreux et bien armés. Tu es notre seul espoir. Sois
prudente ! »
Anahit lisait en souriant. Elle penchait gracieusement sa tête d’une
épaule à l’autre, cachant la fureur qui emplissait son cœur.
Enfin, se tournant vers le faux marchand elle dit d’une voix charmante
:
- Marchand, tu ne m’as pas trompée. Ce tapis contient vraiment
les symboles qui apportent bonheur et prospérité au foyer qui
le possède. Aussi, je te l’achète pour
le double de sa valeur. J’avais perdu toute ma joie de vivre, et voici
que soudain, je me sens toute joyeuse !
- Sa Majesté doit savoir que ce tapis vaut cinq fois son pesant d’or
! dit le faux marchand en saluant respectueusement la reine.
- Bien, répondit Anahit le sourire au lèvres, je vais faire appeler
mon trésorier.
Mais à peine était-elle sortie qu’elle ordonna à
ses gardes de se saisir du marchand et de le jeter en prison. Ainsi fut fait,
avant même qu’il eut le temps de comprendre ce qui lui arrivait.
Elle fit résonner les trompettes de guerre, revêtit son armure,
fourra sa longue chevelure sous son casque, fit avancer son destrier, puis,
se mettant à la tête de son armée, elle la dirigea droit
sur Péroje, soulevant sur son passage des nuages de poussière.
Ils arrivèrent à Péroje, mais Anahit donna l’ordre
de contourner la ville et de continuer vers l’est, sans s’arrêter.
Ils chevauchèrent encore plus d’une heure. La muraille apparut
enfin. Anahit fit faire une halte à son armée. Elle consulta ses
officiers qui lui conseillèrent d’utiliser la ruse pour se faire
ouvrir le portail : il fut décidé d’envoyer quatre soldats
déguisés en marchands qui devaient leur proposer de très
beaux objets.
Anahit ordonna de reprendre la marche. Ils se rapprochèrent de la muraille
qui était si haute que, de l’intérieur, on ne pouvait même
pas soupçonner la présence de l’armée d’Anahit.
Les quatre soldats déguisés en marchands se présentèrent
au portail. Les gardiens, croyant avoir affaire à des hommes sans armes,
ouvrirent le lourd panneau en ricanant.
Mais sitôt dans la cour, les sabres des soldats d’Anahit étincelèrent
tels des éclairs et s’abattirent sur les gardiens, avant même
qu’ils aient eu le temps de pousser un cri !
Anahit éperonna son cheval qui l’emporta vers le portail ouvert.
L’armée la suivit et envahit la cour qui retentit sous les sabots
des chevaux excités. Prise au dépourvu, la garde s’empressa
de donner l’alarme. Aussitôt les faux prêtres se transformèrent
en redoutables soldats et organisèrent leur défense. La bataille
fit rage pendant plus d’une heure !
L’armée d’Anahit était victorieuse ! Elle était
maître des lieux.
Le vieux barbu et tous ses affreux bandits furent ligotés et jetés
dans un coin de la cour sous surveillance.
Anahit et ses braves soldats, à la recherche des malheureux prisonniers,
forçaient les portes, une à une.
Le bruit des armes était parvenu jusqu’à Vatchagane. Il
fit regrouper tous les prisonniers derrière la porte ; ceux qui avaient
encore un peu de force soutenaient les plus faibles.
Ensuite Vatchagane leur raconta de quelle manière il avait réussi
à faire parvenir un message à la reine Anahit, sa femme. Elle
était là, venue les délivrer avec son armée !
Varinague, qui avait reconnu la voix de Vatchagane dès le premier jour,
put enfin exprimer toute son amitié à son ami d’enfance
! Il avait gardé le secret pour ne pas mettre en danger la vie de son
roi.
Bientôt on entendit des pas dans le couloir. Vatchagane demanda aux prisonniers
de se protéger les yeux, car la lumière qu’ils n’avaient
pas vue depuis si longtemps pourrait les rendre aveugles.
La porte s’ouvrit et Anahit leur apparut telle une fée ! Elle
avait perdu son casque dans le combat et sa longue chevelure formait une auréole
lumineuse autour de sa silhouette !
Les premiers moments d’émotion passés, on s’affaira
aussitôt à transporter les malheureux prisonniers dans des chars.
Etant encore très faible, Varinague dut se séparer de ses amis
qui voulaient inspecter tout le palais, dans les moindres recoins, pour être
sûrs de ne laisser personne.
Je préfère ne pas vous raconter les choses horribles qu’ils
découvrirent, car vous pourriez en perdre le sommeil !
Ils allaient rejoindre leurs soldats qui étaient prêts à
se mettre en route, lorsque l’attention de Vatchagane fut attirée
par un mur qui semblait légèrement en retrait. Il le fit remarquer
à Anahit qui eut la même intuition que lui : l’existence
d’un passage secret...
Ils cherchaient minutieusement un indice en tâtant la surface du mur,
lorsque celui-ci roula sur le côté laissant apparaître une
énorme salle remplie d’objets d’une rare beauté et
de grande valeur. Ces objets avaient été fabriqués par
les artisans que les bandits avaient enlevés et fait travailler jusqu’à
leur dernier souffle.
Anahit et Vatchagane furent saisis par la splendeur des œuvres, mais épouvantés
par tout ce que ces pauvres êtres avaient enduré.
Ils sortirent tristement et refermèrent le mur, remettant à plus
tard la décision à prendre.
Ils rejoignirent leurs troupes qui attendaient l’ordre du départ.
Le retour s’effectua très lentement pour ne pas fatiguer les survivants
de cet atroce évènement.
Partout sur leur passage, le peuple manifestait sa joie !
Anahit et Vatchagane n’avaient pas de temps à perdre, car ils
devaient organiser sans tarder le rétablissement de tous les rescapés.
Il fallait aussi décider de quelle manière punir ces monstres
qui ne méritaient pas de vivre !
Anahit se dit que la mort serait bien trop douce pour eux. Elle décida
donc de les faire travailler toute leur vie et de remettre le fruit de leur
peine à tous ces malheureux qu’ils avaient si impitoyablement torturés.
Quant à leur palais, il fut transformé en musée des métiers,
où l’on exposa tous les précieux objets que le cruel vieillard
avait amassés.
Anahit fit inscrire sur les murs les noms de tous ces artisans qui avaient produit
ces merveilles, malgré les atrocités qu’ils avaient dû
supporter.
Quelques mois après cette effroyable aventure, Varinague, qui avait
retrouvé toute sa vigueur et sa joie de vivre, dit à sa reine
et amie :
- Chère Anahit, sais-tu à quel moment tu nous as sauvé
la vie ? C’est le jour où tu as demandé à Vatchagane
d’apprendre un métier ! Qui aurait cru dans ce temps-là
qu’il en aurait eu besoin ?
- Mais mon époux ! Puisque, me faisant confiance, il a appris le métier
de tapissier !
répondit Anahit en regardant tendrement Vatchagane.
Les parents de Vatchagane et le père d’Anahit étaient présents
aussi. Le regard avec lequel ils couvaient leurs enfants était plus éloquent
que n’importe quel discours !
Les années s’écoulaient paisibles et heureuses. Vatchagane
et Anahit eurent de nombreux enfants. Achrène, Vatché et le père
d’Anahit furent de très heureux papys et mamie qui vécurent
longtemps au milieu de leur adorable famille.
Mamie avait terminé son conte, mais les enfants étaient toujours
au palais d’Anahit !
Le manteau argenté de la pluie continuait à frémir devant
la fenêtre. Quelques timides rayons de soleil le faisait miroiter et donnait
une majesté royale à la salle de séjour, où venaient
de se passer tant d’incroyables aventures !
- Terminus, plaisanta mamie, tout le monde descend !
Les enfants étaient émus. L’histoire de mamie les avait
touchés. Clara restait pensive,
tandis qu’Eric disait en se grattant la tête :
- Je ne sais pas du tout quel métier je vais choisir…
Mamie et Clara l’embrassèrent tendrement.
F I N
(Le conte ANAHIT, est l’œuvre de l’écrivain
arménien, Ghazaros Aghaïan.
Il a été traduit et adapté pour les petits francophones
par Alice Varvarian.)
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