18/02/2012 - 04:17  
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Economie

  Eric, Clara et Victor Hugo

  Les historiettes d'une mamie pas comme les autres

Mamie soignait ses rosiers tandis que les enfants et Tchouki jouaient de l’autre côté de la maison. Le jardin, le verger et le petit bois retentissaient de rires, de cris et de grognements. Les oiseaux, étonnés, n’osaient plus se faire entendre ! Ils surveillaient, cachés dans les feuillages, tous ces déplacements inhabituels qui se passaient à leurs pieds.

Mamie, quoique captivée par son travail, apercevait de temps en temps un ballon passer dans les airs, et en dessous, Tchouki qui courait ventre à terre pour l’attraper le premier. Les enfants le suivaient essoufflés.

Tchouki l’avait eu et, à présent, essayait de courir avec. Mais pas facile à tenir pour un chien !

Mamie le regardait étonnée. Il ne lâchait pas prise et, par bonds irréguliers, réussissait à garder les enfants à distance. En un clin d’œil, ils disparurent dans le petit bois.

A présent, c’était Clara qui apparaissait avec le ballon. Le chien la rejoignit rapide comme un éclair. Clara s’arrêta et leva le ballon aussi haut qu’elle le put. Mais Tchouki le Terrible voulait le lui reprendre. Il sautait de plus en plus haut, rebondissant à terre comme un ballon de basket, puis, voyant qu’il n’atteignait pas son but, il s’agrippait à Clara, puis sautait encore et s’agrippait à nouveau, quand enfin arriva Eric. Vite Clara lui lança le ballon, lequel, ayant reçu un bon coup de pied, fit passer le trio de l’autre côté de la maison !

- Ils ne vont pas tarder à rentrer, car Tchouki a dû les mettre à plat ! se disait mamie quand, au même moment, nos trois amis se montrèrent à l’angle de la maison. Les enfants avaient les joues rouges, les yeux en feu, tandis que le toutou haletait la langue bien pendue !

- Mamie, ton Tchoutchou n’apprendra jamais à jouer au football ! bougonnait Eric

- Comment ça ? demanda mamie en faisant mine de s’étonner.

- Dès qu’il a le ballon, impossible de le lui reprendre ! se plaignit Eric.

- Alors c’est un valeureux joueur, répondit malicieusement mamie.

- Parfois il le laisse, mais dès qu’on s’en approche il se jette dessus, le prend et se sauve avec, ajouta Clara.

- Vous voyez bien qu’il a compris la règle du jeu qui est de garder le ballon au pied ! Alors, il fait comme vous, il garde le ballon comme il le peut. Ce n’est pas si mal pour un chien !
Allez vite vous changer, vous êtes en nage ! continua-t-elle.

Puis elle se dit que si Tchouki avait gardé si longtemps le ballon dans sa gueule, avec les crocs qu’il avait, le ballon en avait eu pour son compte !

- Tes cours de foot nous reviennent chers, mon cher toutou ! se dit-elle.

Mamie alla ranger ses outils au cellier et rentra aussi. Elle entendait les enfants bavarder dans la salle de bains. Clara parlait sérieusement et Eric lui répondait en chantant :

- Eric, je te parle de la Fête des Mères ! tu pourrais m’écouter un peu ! disait Clara sur un ton de reproche à son frère qui faisait du rap.

- Je t’écoute ma chère Clara,
Mes oreilles sont à toi,
J’ai compris rassure-toi
Des rappeurs je suis le roi.

- Que tu es pénible ! lui dit Clara qui ne savait plus si elle devait se fâcher ou rire. Je te répète que c’est pour maman ! Essaie d’être sérieux !

Alors il se mit à gratter son ventre comme sur une guitare et commença à chanter « Mamma santanto felice », l’une des chansons préférées de papy, et comme il ne connaissait que ces quelques mots, il continuait avec des la la la.

Ils passèrent dans la salle de séjour en se chamaillant.

Mamie se dit en les voyant arriver tout frais dispos :

- C’est à croire que c’était moi qui jouais au foot !

Elle s’installa dans son fauteuil pour se détendre un peu. Les enfants prirent place comme à l’habitude en face d’elle.

- Mamie, dit Clara, je voudrais te demander une idée pour la fête des mères.
Je voudrais faire quelque chose qui puisse étonner maman, mais je ne trouve
pas quoi, et Eric ne m’aide pas !

- Avez-vous pensé au cadeau ? demanda mamie

- Oui, c’est une très jolie ruche en porcelaine pour mettre le pot de miel dedans.
dit fièrement Eric.

- C’est un beau cadeau qui protégera le miel de la lumière et sera aussi une décoration pour la cuisine. Où avez-vous prévu de la mettre ? s’intéressa mamie.

- On pourrait la mettre sur une étagère dans l’un des angles de la cuisine, on la verrait aussitôt entré ! dit Clara.

- Je vois que vous avez pensé à tout, dit mamie en réfléchissant. J’ai bien une idée, mais vous plaira-t-elle ? Vous êtes quelquefois si différents de ce que nous étions à votre âge. Cela pourrait faire la partie artistique de votre fête.

- Dis toujours, mamie dirent les enfants.

- Par où commencer pour ne pas vous effrayer…Vous connaissez Victor Hugo, n’est-ce pas. ?

- Bien sûr mamie. Nous avons vu le film « Notre Dame de Paris » ! dit Clara.

- Et « Les misérables » aussi, répondit Eric d’un ton qui se voulait rassuré.

- Donc, inutile de vous dire que c’est un écrivain que le monde entier connaît, admire et respecte. Or, il est né en 1802, et en quelle année sommes-nous ?

- En 2002 répondirent ensemble les deux enfants.

- Oui, et puisqu’il est toujours vivant dans nos esprits, nous pouvons dire que l’an 2002 est l’année de son 200 ième anniversaire !

- Et alors, s’inquiéta Eric.

- Et bien je vous propose d’apprendre pour maman une petite poésie, je dis bien, petite,
mon garçon… Avant de me répondre, écoutez d’abord ce que j’ai à vous dire.

Dans cette poésie, Victor Hugo compare l’amour d’une maman au pain, car lorsqu’on
a faim, c’est au pain que l’on pense pour reprendre des forces. Par cette comparaison,
Victor Hugo nous dit qu’une maman est toujours là lorsque ses enfants sont dans
l’embarras.

Mais une maman peut avoir plusieurs enfants ( Clara et Eric se regardèrent ), alors,
nous dit Victor Hugo, l’amour d’une maman fait des miracles ! Ce ne sont pas des
morceaux de son amour qu’une maman donne à chacun de ses enfants, mais elle
donne, à chacun d’eux, son amour tout entier !

Voulez-vous entendre cette poésie ?

Les enfants acquiescèrent d’un signe de tête.

Mamie se recueillit, puis commença d’une voix douce :

Oh, l’amour d’une mère ! amour que nul n’oublie !

Pain merveilleux qu’un dieu partage et multiplie !

Table toujours servie au paternel foyer !

Chacun en a sa part et tous l’ont entier !

- C’est très beau, dit Clara toute émue.

- Oui mamie, j’ai beaucoup aimé, mais Victor Hugo ne parle pas des papas ? fit remarquer Eric

- Un peu, dit Clara, il dit « paternel foyer » je crois.


- C’est très bien Clara, et toi Eric, tu as entièrement raison, les papas méritent aussi que les poètes parlent d’eux ! D’ailleurs je connais une poésie pour les papas, mais d’un
autre poète, dit malicieusement mamie en caressant la tête de son petit-fils. Mais
vous ne m’avez pas dit si vous voulez l’apprendre ?

- Mais si mamie, on dirait qu’elle a été écrite pour maman ! s’exclama Clara.

- Cette poésie est vraiment la plus jolie qui soit pour exprimer la gratitude que l’on ressent envers sa maman ou envers toute personne qui vous a prodigué cet amour maternel ! dit mamie émue comme si elle était encore une petite fille.

Voulez-vous l’apprendre comme moi je l’ai apprise lorsque j’étais une écolière ?
proposa-t-elle ensuite.

- Nous t’écoutons , dit Clara.

- Je vais vous l’écrire, dit mamie.

Eric lui apporta une feuille de papier, Clara, un bic. Mamie eut vite fait de l’écrire.

- Bien, commença-t-elle, à présent nous allons la lire tous ensemble.

Ils la lurent avec un sérieux qui fit sourire mamie.

- Y a-t-il un seul mot d’incompris ? Il faut me le dire, sans quoi impossible de mettre
le ton. Non ? Parfait, nous avançons. A présent, lisons-la en détachant bien chacune des
syllabes et en comptant combien il y en a dans chaque ligne.

- Bien. Vous le savez sans doute, chaque ligne d’une poésie se nomme « vers » et
chacune des syllabes d’un vers s’appelle « pied » . Vous allez m’écouter encore, même
si vous le savez. Les terminaisons des vers nous font entendre les mêmes sons deux
par deux : on dit qu’elles riment.

A présent, nous allons relire toute la poésie en articulant chaque mot. C’est la meilleure
manière de mettre en mémoire, de mémoriser un poème. C’est ainsi que j’ai appris ce
poème pour ma maman et je ne l’ai pas oublié jusqu’à ce jour.

Attention, nous lisons lentement, en articulant ! Nous commençons, une, deux, trois,
partis !

Papy, qui rentrait à la maison après avoir aidé son voisin à réparer sa tondeuse, fut surpris de ce qu’il entendait et se dit qu’il se passait des choses bien étranges par ici ! Mais ils étaient tous tellement occupés qu’ils ne remarquèrent même pas son arrivée. Il passa sans bruit dans la cuisine.

- Ce n’est pas mal , dit mamie après une troisième lecture. Je pense que votre langue a fait une bonne gymnastique et qu’elle est prête à vous servir correctement.

- Mamie, écoute-moi s’il te plaît, j’ai une idée. Je pense que nous pourrions réciter et danser cette poésie en rap.

- De mieux en mieux ! se dit papy, toujours dans la cuisine, qui se représentait déjà mamie faisant du rap. J’aurai tout vu !

Mamie eut un petit choc mais ne le montra pas.

- Voyons un peu ce que cela peut donner, dit-elle

- Tu viens Clara, dit-il en essayant de l’entraîner.

- Non, essaie tout seul lui dit-elle indécise.

Au grand étonnement de tous, Eric savait presque toute la poésie par cœur. Il gesticulait
en même temps, mais ce n’était pas formidable. D’ailleurs il le dit lui-même :

- Pas fameux, hein mamie !

- Ce n’est pas moi qui te le dit, répondit mamie assez soulagée par la lucidité de son petit-fils.

- Qu’est-ce qui ne va pas, se demandait Eric.

- Oh, ne cherche pas trop loin, c’est le rythme qui ne va pas et ton oreille te le dit bien ! La poésie t’a ému non seulement par ses paroles, mais aussi par ses intonations. Les deux forment un tout inséparable ! dit papy en entrant dans la salle.

- Tiens, tu étais là, dit mamie en adressant à papy un regard plein de reconnaissance.

Puis, pour atténuer la déception d’Eric, elle fit remarquer :

- Tu peux être fier de ton petit-fils, il a une oreille musicienne qu’il tient de toi, c’est
sûr !

Papy prit la parole ;

- Je vais vous donner un petit secret. Mais auparavant, dites-moi ce que fait papy lorsque nous nous réunissons pour un anniversaire ou pour une fête de famille !


- Notre papy chante en italien, en espagnol, en américain ! lança fièrement Clara.

- Il s’accompagne de sa guitare ! renchérit Eric

- Il chante aussi en arménien et en russe, ajouta mamie.

- Merci, merci, dit papy avec modestie…

Puis il continua :

- Vous êtes-vous demandé pourquoi je ne chantais pas ces chansons en français ?

- Non, puisqu’à chaque fois, tu nous ensorcelles tous. On voudrait que tu ne t’arrêtes pas ! s’exclama Clara.

- C’est vrai ! lui fit écho Eric

- Oh, dit mamie, il ensorcelle tout le monde depuis bien longtemps !

- Alors mamie non plus n’a rien compris ! Je vais vous l’expliquer.

Chaque langue à son rythme et ses intonations qui sont en harmonie avec ses paroles.
Si j’avais chanté toutes ces chansons en français, elles ne vous auraient jamais autant
plu.
Le ravissement que vous ressentez provient de cette harmonie, cette chose qui flatte
votre oreille et qui change pour chacune de ces langues.

Mon secret est de ne pas chanter trop longtemps dans la même langue ; je passe de
l’italien à l’anglais, l’américain, j’attends que vous me réclamiez de l’espagnol, et
ensuite je vous emporte tous avec une tyrolienne.

Et c’est ainsi que je vous mets tous dans ma poche ! Pas mal, hein ?

- C’est vrai, dit Clara, je ne me représente pas la chanson « Oh Susanna » en français !

- Ce serait drôlement rigolo ! dit Eric en riant.

- Ouf, notre cher Victor Hugo l’a échappé belle ! dit mamie toute heureuse. Ceci dit, vous pouvez préparer une démonstration de rap en américain pour la fête des mères ! Maman et papa apprécieront, j’en suis convaincue.

- Et nous aussi, dit papy en riant et en faisant quelques mouvements de rap.

Evidemment, papy attendait des éclats de rire qui ne se firent pas attendre. Résultat …

Tchouki fit son entrée dans la meute, puis, après avoir manifesté sa joie, se dirigea vers Eric et lui fit comprendre de le suivre. Il l’emmena jusqu’à la porte de dehors et là, fixant la poignée, lui demanda d’ouvrir. Eric s’exécuta et laissa la porte entrouverte. Tchouki partit comme une fusée ! Il revint en trombe, poussa la porte et apparut très fier au milieu de la salle. Il avait dans sa gueule quelque chose qui ressemblait à un piteux gant de boxe : c’était le ballon de foot décoré par les crocs de Tchouki le Terrible !


Faut-il vous raconter comment s’est déroulée la Fête des mères de ces deux enfants ?
Je ne pense pas, car ces moments de bonheur restent toujours blottis au fond de notre cœur !

 

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