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Economie

  Eric, Clara et l'histoire des mots - Partie 2

  Les historiettes d'une mamie pas comme les autres

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, mamie faisait la vaisselle. Eric l’essuyait puis déposait avec précaution les objets sur la table, tandis que Clara les rangeait avec beaucoup de goût dans le placard.

- Hier tu te plaignais de l’orthographe du mot « fenêtre », dit mamie à Eric.

- Oui, et aujourd’hui aussi. Et du mot « orthographe » aussi, avec tous ces « h » qui sont là pour nous poser des pièges !

- Tu as raison mon petit garçon, et tu n’as aucun reproche à te faire et encore moins à la lettre h, car lorsque tu la rencontres après la lettre « t » ou la lettre « p », alors aucun doute, tu parles un peu en grec sans le savoir !

Papy qui réparait le robinet de la buanderie attenante à la cuisine cria pour se faire entendre :

- Je vous avais bien dit que mamie nous cachait d’autres langues dans sa manche, je ne m’étais pas trompé.

- Papy, je suis sérieuse, dit mamie en se tournant vers lui pour lui jeter un regard de reproche.


- C’est vrai, mamie ? s’étonnèrent les enfants, il y en a d’autres encore ?

- Bien sûr ! Tenez ! Cherchons des mots qui commencent par « ortho », vous devez en avoir rencontrés ! Nous avons le mot « orthographe » : et de un !

- Mamie, j’ai une copine qui va voir un orthophoniste : et de deux !

- Orthopédiste, cria papy.

- Cela fait trois. Eric, est-ce que tu remarques quelque chose de commun à ces trois mots ? je veux dire quelque chose que tu retrouves dans chacun de ces trois mots, demanda mamie.

- Oui, bien sûr. Ils commencent tous par « ortho ».

- Nous y voilà : « ortho », en grec, signifie « droit, correct ».

Il nous reste encore la deuxième partie du mot : « graphe » vous dit
quelque chose ?

- Oui, comme dans le mot « graphique », dit fièrement Clara.

- Graffiti, s’écria Eric.

- Aïe, aïe, dit mamie, pas de chance, « graffitis » s’écrit avec deux « f », donc ce n’est pas du grec. Pour le grec il nous faut « th » ou « ph ».

- Mamie, le phonographe de papy, c’est du grec ? s’aventura timidement Eric.

- Oui mon chéri, dit mamie pleine d’admiration. Puis, elle continua :

- « Graphe » signifie écriture et s’écrit avec « ph ». Clara, j’attends l’explication du mot orthographe.

- « Ortho »signifie « droit ou correct », tandis que « graphe » signifie « écriture », donc orthographe nous dit…

- D’écrire correctement, interrompit Eric.

- Si on veut. Clara nous t’écoutons, dit calmement mamie.

- Il doit signifier : manière correcte d’écrire les mots, dit Clara en jetant un regard incertain vers mamie.

- Parfait ! Il faut bien admettre que le mot orthographe est plus simple à dire qu’à écrire ! remarqua mamie.

Ils avaient tous terminé leur travail et continuaient la conversation sur le pas de la porte de la cuisine.

Tchouki, qui les surveillait, couché sur son paillasson, se leva et alla se blottir dans son panier qui se trouvait dans l’entrée. Bientôt on l’entendit ronfler. Il se moquait éperdument des règles du français, car lui, un simple chien, berger du Tibet il est vrai, comprenait toutes les langues du monde et tous le comprenaient !

Les enfants vinrent le regarder sur la pointe des pieds, mais l’oreille fine du toutou les avait entendus et il changeait de position ; il choisit la pose qui avait le pouvoir d’attirer le plus de petits cris d’admiration, c’est-à-dire, couché sur le dos, les quatre pattes en l’air, la tête tournée d’un côté, la queue de l’autre et, ainsi perdu dans ses longs poils laineux, il était impossible de savoir où était sa tête et où était sa queue.

- Il est trop chou, chuchota Clara à l’oreille de mamie

- Tous les chiens dorment ainsi ? demanda à voix basse Eric dans l’autre oreille de mamie, car elle était entre les deux enfants.

- Laissons-le dormir, murmura-t-elle en se dirigeant vers la salle de séjour. Puis, pour répondre à la question d’Eric, elle dit :

- Seul les chiens heureux dorment ainsi ! Laissons-le à ses rêves.

- Vous désirez peut-être faire un tour au jardin ? suggéra papy.

- Pas tant que je n’aurai pas su comment mamie va m’expliquer l’orthographe du mot « fenêtre », déclara Eric en s’installant en face mamie.

Mamie commença ainsi :

- Maintenant que nous avons accepté le mot « orthographe » tout va vous sembler plus facile. C’est le mot « fenêtre » qui te fait râler ? Voyons un peu !

Hier j’ai oublié de vous dire que beaucoup de mots avaient une famille,
comme nous autres humains.

Dans le mot fenêtre le deuxième « e » n’a pas besoin de l’accent pour être
prononcé « è », c’est juste mon petit , puisqu’il se trouve devant deux
consonnes.

C’est ce chapeau pointu qui te dérange ? Mais sais-tu que grâce
lui tu pourras retrouver toute la famille de ce mot !

- Mamie, mon copain Cédric m’a raconté que sa grand-mère avait retrouvé la sœur qu’elle avait perdue depuis très longtemps, grâce à une émission à la télé ! dit Eric avec enthousiasme.

- Quel magnifique exemple, mon petit garçon ! s’émerveilla mamie, sauf
qu’ici, au lieu de la télé, nous avons l’accent circonflexe ! Ecoute bien !

Tout d’abord, il te dit de mettre un « s » après le « e » et il disparaît te
faisant ainsi découvrir le mot latin. Ensuite, tu retrouves toute sa famille
sans accent !

- Attends mamie, je vais essayer, dit Eric en écrivant le mot fenêtre. Je
retire l’accent et je mets un « s ». Cela fait « fenestre ». Mamie c’est
« fenêtre » en latin ?

- A peu près. Les latins disaient « fenestra ». Cherchons d’autres mots avec un accent circonflexe !

- Le mot « fête », mamie ? demanda Clara.

- C’est bon, dit mamie en souriant.

- Donc j’écris fête, je retire l’accent et je mets le « s » et cela me donne « festa ».
Oh, je connais la famille, s’exclama Clara, Nous avons : festin, festoyer.
C’est super !

Eric n’était pas content. Il cherchait un autre mot. Papy lui soufflait bien quelque chose, mais il ne voulait pas entendre.

- Papy, on ne souffle pas ! dit mamie avec mine de le gronder.

Papy serra les lèvres pour que mamie comprenne qu’il ne parlerait plus, mais du regard il montrait à Eric le bout du verger d’où commençait une petite forêt. L’enfant prit le regard au vol et s’écria :

- Forêt et garde forestier ! et s’adressant à mamie : je cherchais le mot « festival »pour la famille du mot « fête », ça ira ?

- Bien sûr, tu as aussi le mot « festivité ». Tu vois ce n’était pas si méchant que ça !

- Quelle famille nombreuse ! fit remarquer Clara en riant.

Puis se faisant sérieuse elle dit :

- Mamie, je bute souvent devant le verbe « connaître ». C’est à cause de
l’accent circonflexe sur le « i » !

- Alors ici, nous dirons que l’accent circonflexe a peur de la lettre « s », car dès qu’il le voit il se sauve ! Mais il revient dès qu’il y a un « t ». Conjuguons le verbe connaître au présent et vous comprendrez mieux. Clara, tu commences !

- « Je connais », terminaison « s », pas d’accent sur le « i »

- Eric, si tu le peux, continua mamie.

- « Tu connais », terminaison « s », pas d’accent, dit fièrement Eric, l’accent a eu peur du « s » et il s’est envolé !

- Bien. Papy à ton tour !… « Il connaît », accent ou pas d’accent ? à moins que tu ne le saches pas ! dit mamie en se tournant vers papy.

Papy faisait sortir des sons incompréhensibles de sa bouche bien fermée et gesticulait.

- Je te permets de parler, dit mamie en riant.

- Accent, accent ! essayait de dire papy.

- Pourquoi ? demandèrent ensemble Clara , Eric et mamie.

- 3ème personne du singulier, terminaison « t ». Après le « i » il y a un « t », donc, l’accent revient sur le « i »! expliqua papy avec beaucoup d’importance.

- Bravo papy. Continuons à conjuguer tous ensemble, dit mamie. Attention, partis !

- « Nous connaissons, vous connaissez, ils connaissent » ! Pas d’accent ! ! !

- Eric chantonnait :

- Le « s » est là, l’accent s’en va !
Le « t » est là, l’accent revient !

- On dirait que ça marche ! dit papy en clignant de l’œil à mamie.

- Oui, mais il semble que Clara a quelque chose à dire, répondit mamie
regardant Clara qui redevenait sérieuse.

- Non mamie, j’avais aussi le verbe « paraître », mais à présent, je saurai
le conjuguer, dit Clara. Puis elle rajouta :

- Merci ma petite mamie !

Tchouki, étonné de ce tapage, venait voir ce qui se passait. Il comprit aussitôt, et se mit à japper, à sauter, les pattes de devant bien tendues : il était plus fou-fou que ses grands-maîtres et ses petits-maîtres ! Puis, montrant son frétillant petit derrière aux enfants, il leur fit comprendre de le suivre au jardin.

- Il est vraiment intelligent, notre Tchouki. Allez jouer avec lui, vous l’avez bien mérité.

Les enfants sortis, mamie se laissa tomber dans son fauteuil et dit gentiment à papy :

- Je crois que j’ai bien mérité un bon petit café !

- Tu n’as qu’à demander, tes désirs sont des ordres, répondit papy en souriant.

Les enfants, avant de s’endormir chacun dans son petit lit, avaient l’habitude de commenter la journée qui venait de passer.

- Tu sais Clara, j’espérais que mamie m’expliquerait tout cela avec une histoire de Rouxdoudou ! bougonnait Eric.

- Tu ne trouves pas que ce serait un peu trop demander ? répondit Clara en faisant un effort pour rester éveillée.

- C’est drôle, aujourd’hui j’ai compris que je n’étais plus un petit garçon, même pour mamie.

- Et ça te déplaît ? essayait de répondre Clara à moitié endormie.

- Je ne sais pas, je ne sais plus, murmurait Eric d’une voix qui s’éteignait. Et il se laissa emporter par le sommeil qui le berçait doucement depuis un certain temps.

Dans le vestibule,Tchouki ronflait depuis longtemps, tandis que la maison et les meubles se racontaient un tas de choses avec des petits bruits de craquement qui s’entendent fort bien dans le silence des nuits de campagne !

Mais ne rentrons pas encore dans cet autre monde !

 

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