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Les historiettes d'une mamie pas comme les autres
Ce matin-là, Eric se souvint du gros chat noir de madame Martin, leur
voisine.
- Dis mamie, Mme Martin a toujours son gros chat noir ? demanda
Eric, en essuyant la vaisselle que mamie lavait.
- Oui bien sûr, et il a même grossi, car c’est
un grand chasseur, répondit mamie.
- Te souviens-tu comme il m’avait effrayé ! Il était
énorme !
- C’est ce qui t’a semblé, et c’était
bien naturel ! Tu étais encore très petit et le chat, debout sur
ses pattes de derrière, celles de devant bien tendues, se faisait les
griffes, d’un air féroce, sur le tronc de notre cerisier ! Tu n’étais
guère plus grand que lui dans cette position.
- Ensuite, il a grimpé sur l’arbre et s’est
allongé sur une branche. Je le revois encore ! On aurait dit une panthère
! Sa queue pendait et se balançait comme pour nous dire qu’il était
en colère. Il était effrayant ! Comment Mme Martin
peut-elle aimer un chat pareil !
- Oh, à la maison, il se montre très affectueux !
Les chats sont très intelligents. Ils profitent de tout notre confort
et en échange ils nous offrent des scènes très attendrissantes
:
As-tu vu un chat dormir blotti au creux d’un gros
coussin ?
L’as-tu vu se réveiller, s’étirer,
puis faire sa toilette ?
L’as-tu vu laper son lait sagement, puis refaire
sa toilette avec sa jolie langue rose ?
- Oui mamie. Pauline, la meilleure amie de Clara a un petit chat
qui fait tout ce que tu
viens de dire. Tu verrais comme il est mignon quand
il joue avec sa pelote de laine !
Et puis, quand je le caresse, il ronronne en me regardant
à travers ses yeux à moitié
fermés ! Il n’est pas comme le chat de
Mme Martin ! répondit Eric avec
enthousiasme..
- C’est parce que tu ne l’as pas vu à l’affût
dans un jardin chassant les rats ou les pauvres oiseaux, riposta mamie.
- A le voir si câlin, je ne l’aurais jamais pensé
! murmura Eric.
- C’est la même Pauline qui vous invite à son
anniversaire ? s’intéressa mamie.
- Oui mamie. Mais je n’ai pas envie d’y aller. Il n’y
aura que des filles ! bougonna-t-il.
- Raison de plus pour y aller ! Mais il faudrait que tu prépares
quelque chose pour les étonner, conseilla mamie.
Ayant fini le rangement de la cuisine, mamie et Eric étaient passés
dans la salle de séjour.
Mamie voulait faire un peu de lecture, quant à Eric, il espérait
une histoire…
- De quelle couleur est le chat de Pauline ? demanda mamie en posant
son livre sur la table.
- C’est un chat tout gris ! dit Eric.
- Et comment le trouves-tu ? continua mamie en allant prendre une
feuille de papier et un bic.
- Il est très joli répondit lentement Eric en suivant
mamie du regard. Il se demandait ce que mamie allait faire.
- Tiens, tiens ! sans le vouloir nous avons commencé une
petite poésie pour décrire le chat de Pauline. Ecrivons vite tes
réponses avant que tu ne les oublies ! proposa mamie.
Eric fit une petite moue, puis malicieusement fit semblant de dormir en ronflant.
- Je me disais que cela ferait une charmante surprise pour l’anniversaire
de Pauline. C’est comme tu voudras… dit mamie en reprenant son livre.
Eric ouvrit un œil, puis l’autre, se gratta derrière l’oreille
à la manière de Tchouki et, redressant la tête, il répondit
à sa mamie avec son merveilleux sourire :
- Ce serait sympa et ça épaterait les filles ! mais
tu crois que je pourrais ?
- On peut toujours essayer, dit mamie confiante.
Eric se rapprocha de mamie qui écrivait les deux premières lignes.
Elle lui passa la feuille.
- Voilà ! C’est bien ce que tu m’as dit ? Bien,
à présent comptons le nombre de syllabes qu’il y a dans
chaque vers, c’est-à-dire dans chacune des lignes !
Eric lisait en comptant sur ses doigts :
- C’est – un – chat – tout – gris.
Cela fait cinq syllabes, dit Eric et très sérieusement il s’attaqua
à la deuxième ligne :
Il – est – très – jo-li ! Cela fait
encore cinq syllabes ! s’étonna-t-il.
- Bien. A présent , essaie de te rappeler ce que tu pensais
en regardant ce petit chat, suggéra mamie.
- Clara n’arrêtait pas de dire : « oh, comme
il est gracieux ! Il est coquet comme une demoiselle ! Il est trop chou ! »
répondit Eric.
- Et toi, demanda mamie, que disais-tu ? interrogea mamie.
- Moi, je trouvais qu’il était très propre.
Avec sa langue toute rose, il léchait sa petite patte, puis la passait
sur son museau. Il léchait même son dos. Je me disais que ce n’était
pas facile à faire ! expliqua Eric.
- Tu as donc assez de choses à dire. Nous pouvons déjà
noter : gracieux, coquet, propre. Ensuite : lécher, passer sa patte.
Voyons comment peindre avec ces mots le petit chat de Pauline ! Je t’écoute
Eric. Seulement, n’oublie pas que dans chaque
ligne tu n’as droit qu’à cinq syllabes !…
- C’est un chat tout gris,
Qui est très joli !
Gracieux et propre
Il est très coquet, proposa Eric avec un regard
incertain.
- Pas mal, pas mal ! seulement tu as utilisé deux fois le
mot « très ». Le mot « propre » ne rime pas avec
le mot « coquet ». Réfléchissons à améliorer
tout cela…
- Si on disait « qui est bien joli » ? s’exclama
Eric qui commençait à s’intéresser à la recherche
des mots.
- Accepté, dit mamie. Quand à moi, je te propose
« propret » à la place de « propre ». Cela nous
donne ?
Eric remplaça les mots, puis après avoir relu à voix basse,
il leva les yeux vers mamie, heureux mais encore inquiet. Il compta le nombre
de syllabes. Il y en avait cinq pour chaque ligne ! Il s’exclama :
- C’est génial, mamie !
- Continue mon garçon ! Cherche sur notre liste les mots
que l’on peut encore employer, dit mamie.
- Il passait sa patte sur son museau. II léchait son dos.
Sa langue est rose, dit Eric.
La grand-mère et son petit-fils continuèrent à chercher
les mots qui pourraient décrire, le plus fidèlement possible,
le petit chat de Pauline. Puis, il comptaient et recomptaient le nombre de pieds
qu’ils avaient dans chaque vers. Et voilà ce qu’ils ont imaginé.
Le petit chat de Pauline. C’est un chat tout gris
Qui est bien joli !
Gracieux et propret,
Il est très coquet :
De sa patte feutrée
Nettoie son museau,
De sa langue rosée
Lustre tout son dos !
Puis blotti, mignon,
Dans son gros coussin,
Murmure son ron-ron
Du soir au matin.
- Mais, c’est tout juste le chat de Pauline ! s’exclama
le petit garçon après avoir poussé un « ouf »
de soulagement, je l’apprendrai après le goûter. Mamie, on
aura un gâteau pour le goûter ?
Et sans attendre la réponse, il se sauva au jardin.
L’air frais qui frappa son visage éveilla en lui une envie folle
de courir, courir. Il s’élança, les deux bras ouverts dans
le doux vent du printemps. Tchouki, qui était de l’autre côté
du jardin, l’entendit et le rejoignit à la vitesse d’une
flèche. Il bondissait et se ruait sur son petit maître, mais, s’apercevant
qu’Eric n’avait pas de ballon, il se calma. Ils disparurent rapidement
derrière les chênes encore dénudés.
Il faut savoir que Tchouki joue au foot à sa manière. Mais ceci
est une autre histoire !
Quelques jours après leur retour à Paris, les enfants furent
invités à l’anniversaire de Pauline.
Clara avait tout préparé avec sa maman : les cadeaux, les vêtements
à porter. Eric dut mettre son joli gilet et la cravate papillon qui allait
avec. Il était très élégant ! Il avait même
accepté de remplacer ses baskets par des chaussures !
A la fin du repas, lorsque Clara trouva le moment propice, Eric récita
sa poésie « Le chat de Pauline ».
Pauline embrassa tendrement Eric. Elle était émue, car elle adorait
son petit chat. Tous les autres invités le félicitèrent.
Eric était confus, mais heureux d’avoir pu les charmer pendant
quelques instants. Même la maman de Pauline était venue l’écouter
sur le pas de la porte !
Le soir, aussitôt rentré à la maison, il téléphona
à mamie pour lui raconter son petit succès.
Puis, pensif, il continua :
- Mamie, je m’en veux un peu.
- Pourquoi ?
- J’aurais dû dire que nous l’avions faite ensemble.
- Non mon garçon. C’est ton instinct qui t’a
dicté de le taire, car tu aurais rompu le charme du petit chat !
- Mamie, je t’aime ! Bonne nuit ma petite mamie !
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