18/02/2012 - 04:16  
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Economie

  Histoire de France N°3

  Les historiettes d'une mamie pas comme les autres

Les Rois Merovingiens. (Histoire de France n°3) (La loi salique)

-      Mamie, est-ce que Clovis et Clotilde ont eu des enfants ? demandait Eric
        en étalant une belle couche de confiture de fraises sur une grosse tartine de beurre, au pain encore chaud !

-      Bien sûr qu’ils ont eu des enfants, quatre beaux garçons ! répondit mamie.

-      Est-ce qu’ils apprenaient bien à l’école ? continuait l’incorrigible
       questionneur.

-      Je ne pense pas qu’ils aient eu le temps d’apprendre à lire et à écrire, car chez les Francs, les garçons commençaient leur éducation de guerrier dès
        leur enfance. Tout jeunes, ils apprenaient à monter à cheval, mais pas
        pour faire des randonnées : ils devaient savoir maîtriser leur cheval et
        apprendre à communiquer avec lui, seulement avec les jambes, car en
        même temps, ils devaient se servir des mains pour manier leurs armes.

-     Mamie, je me souviens avoir vu dans un livre une image qui représentait une bête étrange : elle ressemblait à un cheval qui avait, à la place du poitrail et de la tête, le buste avec les        deux bras et la tête d’un homme. Mamie, je ne sais pas pourquoi, ce que tu viens de nous raconter me rappelle cette image !

-     Cela s’appelle une association d’images. Tu t’es si bien imaginé le jeune
       guerrier, à cheval, peut-être tirant de l’arc, que ta mémoire t’a ressorti une
       image que tu avais déjà enregistrée, celle du centaure, car c’est ainsi que
       se nomme cet être irréel. Le centaure fait partie de la mythologie grecque
       que tu étudieras l’année prochaine.

Eric, la bouche pleine, sa tartine en attente dans les airs, ne pensait même plus à son lait qui refroidissait. Alors mamie lui dit gentiment :

-     Tu vois bien Eric, qu’on ne peut faire correctement deux choses à la fois. Nous allons terminer notre petit déjeuner en appréciant tout ce que nous mangeons et ensuite nous        reviendrons aux enfants de Clovis et de Clotilde. D’accord ?

Eric accepta en se disant qu’il avait beaucoup de choses à apprendre. Et l’on se remit à savourer ce petit déjeuner si simple, mais aux odeurs si appétissantes.

A la fin du repas, mamie dit aux enfants :

-    Si cela vous amuse, essayez de trouver comment le centaure, cet être mi- homme mi-cheval, a pu arriver dans la mythologie grecque, et cela, plus de mille ans avant notre ère.
      L’association d’images, que Clara a eue, est sans doute la clé d’une
      explication.

Clara et Eric supplièrent mamie de leur en dire un peu plus. Elle finit par céder pour les mettre sur une voie probable :

-    Essayez de vous imaginer les agressions des cavaliers barbares sur des
     paisibles villageois. Je n’en dirai pas davantage J’en ai même trop dit !

Les enfants allèrent s’occuper dans leur chambre. Quant à mamie, elle avait tant à faire !
C’était un peu de sa faute, elle voulait toujours préparer les plats préférés de ses petits-enfants !

Clara, qui avait appris à tricoter, essayait de faire une jupe pour sa poupée.
Eric cherchait des magazines à découper. Il était silencieux. Clara s’en étonna.

-    Tu es bien sérieux. Que cherches-tu ainsi ?

-    Tu verras bien, patiente un peu ! répondit Eric.

Après avoir isolé quelques pages, il commença à découper des images. Puis il alla prendre une feuille de papier à dessin et de la colle. Il réfléchissait.

Clara, qui le surveillait du coin de l’œil, lui dit :

-    Si je peux t’être utile, dis-le moi .

-    Je crois que je n’en ai pas le choix, marmonna Eric, puisque je ne me souviens pas d’avoir vu cette bête bizarre dont vous parliez mamie et toi.

-    Tu veux dire le centaure ? dit Clara en se rapprochant du bureau d’Eric

Elle fut si surprise en voyant les images découpées qu’elle en embrassa fièrement son petit frère. C’était des photos de chevaux, de jeunes garçons
et de beaux athlètes.

-    Tu voudrais reconstituer un centaure ! Je n’y aurais jamais pensé ! avoua-t-elle.

-    Oui, on peut en faire plusieurs même ! répondit-il, amusé.

Ensemble, ils en firent tout un troupeau : un lanceur de lasso qui se cabrait, un boxeur assis sur ses pattes de derrière, un lanceur de javelot au galop, un jockey au trot et deux petits garçons centaures qui marchaient côte à côte tranquillement.
Les enfants faisaient les assemblages, les contemplaient, lançaient des remarques, puis pouffaient de rire.

Papy, attiré par les rires qui s’égrenaient à travers le jardin, avait laissé son potager pour venir s’accouder sur le bord de la fenêtre ouverte de la chambre des enfants. Ceux-ci, ayant remarqué leur grand-père, lui apportèrent la grande feuille de papier dessin sur laquelle ils avaient collé leurs centaures, dans un joli décor dessiné aux crayons de couleurs.

-    Quel magnifique tableau ! s’exclama papy. C’est mamie qui va être étonnée ! A propos, avez-vous réfléchi à la question qu’elle vous a posée ?

-    Papy, quand tu étais petit, est-ce que tu avais peur la nuit ? demanda Eric.

-    Bien sûr ! Tout ce que je ne pouvais pas reconnaître dans l’obscurité, m’apparaissait comme une chose étrange et dangereuse. Alors, j’avais peur… Je me disais qu’il valait mieux être prudent ! dit papy en riant.

-    Papy, j’ai remarqué que la frayeur ou l’obscurité peut, à nos yeux, transformer ce qui existe en des choses qui n’existent pas.

Ainsi, les paysans ou les soldats agressés par les barbares étaient
terrorisés, car ils ne comprenaient pas comment il était possible de
maîtriser la course si rapide d’un cheval et garder les mains libres pour
tuer, piller et saccager tout ce qui se trouvait sur leur passage !

Mais papy, à partir de là je comprends mais je ne peux pas l’expliquer !

-    C’est très bien mon garçon ! Tu as trouvé le principal :
     nous avons tous peur de ce que nous ne comprenons pas.

Peut-être que Clara pourra éclaircir le peu qui demande à l’être. dit papy
en regardant Clara.

-    Peut-être que les rescapés de ces agressions ont raconté ce qu’ils ont cru voir dans leur frayeur : des êtres mi-homme, mi-cheval. Ou peut-être, qu’ils ont décrit ces cavaliers d’une         telle manière que les gens se représentaient des nouveaux monstres, moitié homme, moitié cheval, raisonnait Clara.

-    J’aurais dit la même chose, dit papy. Mamie vous aurait expliqué que
     ces récits, transmis oralement et plus ou moins déformées au cours
     des siècles, se nomment légendes
.
     Donc, le centaure est un être légendaire, créé par une légende, peut-être
     que celle que vous venez de me raconter n’en est pas loin…Difficile à
     prouver…

-    Papy, la mythologie, qu’est-ce que c’est ? demanda Eric.

-    On pourrait dire que c’est l’ensemble de toutes les légendes créées par
     un même pays. On parle surtout de la mythologie grecque, mais il y en a
     d’autres, répondit papy.

Mamie, qui cueillait quelques brins de persil au potager, remarqua papy en grande
conversation avec les enfants. Curieuse, elle alla les rejoindre. Tchouki la suivit.

-    Vois le chef d’œuvre de tes petits-enfants, dit papy en lui montrant le
      tableau des centaures, ils ont même trouvé une explication valable
      pour le centaure.

-    Je n’en ai jamais douté, dit mamie en souriant, mais j’avoue que je suis agréablement surprise par le tableau.

-    C’est Eric qui en a eu l’idée, dit Clara, mais nous avons réfléchi
      ensemble pour trouver une explication à la légende du centaure.

      Nous nous sommes représenté les cavaliers barbares, galopant à la
      vitesse de l’éclair tout en maniant leurs armes en toute liberté. La
      férocité de leurs attaques avait dû semer l’épouvante parmi la population
      de cette époque. La frayeur déformant la réalité, ils pensaient
      avoir affaire à des êtres étranges, mi-homme mi-cheval.

-    Si on rajoute à cela que pendant des siècles les gens l’ont raconté chacun
      à sa manière, les barbares ont fini par se transformer en centaures !
      s’exclama joyeusement Eric.

Mamie était satisfaite. Papy fit un clin d’œil aux enfants et retourna à son potager. Mamie retourna à la cuisine.
Seul Tchouki était encore là. Il restait dressé sur ses pattes arrière, celles de devant appuyées contre le mur, le
cou bien tendu, essayant de comprendre ce qui se passait dans la meute. Par petits cris étouffés il invitait les enfants au jardin.
Clara et Eric se penchèrent à la fenêtre pour le caresser et lui dire qu’ils arrivaient.
Tchouki alla les attendre sur la pelouse, son ballon dégonflé entre les pattes.

Les courses à trois recommencèrent et le jardin se remplit à nouveau de rires, d’exclamations et de grognements de toutes sortes.

Après le déjeuner, les enfants aidaient toujours mamie à faire la vaisselle.

-    Une petite sieste nous fera du bien, dit mamie.

Chacun s’installa dans son coin préféré et très vite, on n’entendit que les oiseaux qui s’interpellaient d’un arbre à l’autre. Les enfants auraient bien voulu comprendre ce qu’ils se disaient, mais la fatigue et le sommeil ne le permirent pas. Ils s’endormirent . Même Tchouki dormait.

Une odeur de café vint chatouiller les narines de mamie. Elle se leva sans bruit et alla rejoindre papy qui l’attendait sous la tonnelle.
Mamie dégustait son café par petites gorgées et souriait à papy pour le remercier.

-    Il faut si peu de choses pour se sentir heureux ! pensaient-ils.

-    Tu sais que le tableau des enfants m’a rudement impressionné. C’est un peu ton œuvre aussi. Tu as le chic pour transporter tes auditeurs dans le monde de tes histoires ! Le tableau       en est le résultat ! fit remarquer papy.

-    Merci pour le compliment ! dit gentiment mamie.

Puis elle continua en cherchant ses mots :

-    J’essaie de les émouvoir en ayant recours à leur imagination. Chacun se
     représente mon récit en utilisant le bagage d’images qu’il possède dans sa
     mémoire.

     Cela fait un récit qui a autant de facettes qu’il y a d’auditeurs.

     Quelques fois, j’obtiens des questions ou des réactions imprévues ; le
     tableau des centaures en est une !

Un paisible silence suivit la dégustation du café. Les yeux fermés, ils humaient les parfums confus que leur apportait dame nature dans la tiédeur d’un léger vent printanier ! Ils se laissaient bercer par les infatigables bavardages des insectes en visite chez les fleurs. Celles-ci leur offraient l’hospitalité dans la beauté de leurs corolles ouvertes dès le matin sous les chatouillements du soleil !

Dame nature ne prend jamais de repos et distribue le fruit de son travail avec une inégalable générosité. Elle distribue le vrai bonheur à tous ceux qui savent l’apprécier l

Réveillés, mais encore un peu engourdis, les enfants rejoignirent leurs grands-parents. Le soleil leur picotait les yeux pour les taquiner et les faire sourire. Très vite, une avalanche de questions se fit entendre : « Vous n’avez pas dormi ? Vous êtes réveillés depuis longtemps ? Oh, vous avez déjà pris votre café ? Qu’est-ce qu’on fera après le goûter ? Qu’est-ce qu’on a pour le goûter ?

-    Après le goûter ? Une promenade à bicyclette pour rendre visite à tonton Armand…
     Ce n’était qu’une proposition, rajouta papy étonné d’avoir provoqué un léger silence.

-    Papy, ne pourrait-on pas remettre cette promenade à demain ? On irait avec papa et maman qui seront là aussi, demanda Clara.

-    Et mamie pourra nous raconter l’histoire des enfants de Clovis, dit Eric.

-    Cela ne vous fatigue pas ? Vous êtes là pour vous détendre, dit papy en essayant d’être persuasif.

-    Non, nous sommes impatients de connaître la suite, si cela ne fatigue pas mamie, bien sûr, répondit sérieusement Clara. Et puis, j’aurais bien voulu parler de tout cela avec Pauline à      mon retour, rajouta-t-elle en souriant.

-    Et moi, avec mon copain Hervé, dit Eric en se redressant comme un petit coq.

On prit le goûter sous la tonnelle, puis on rentra à la maison.

Les livres de géographie et d’histoire étaient déjà sur la table. Mamie sourit. L’organisation de ses petits-enfants lui faisait plaisir. On s’installa. Chacun prit sa place habituelle. Tchouki-le-Sphinx sous la table, évidemment !

- Donc, les fils de Clovis, comme tous les petits garçons francs, apprenaient dès leur enfance à chasser et à combattre. Vers l’âge de douze ans, ils passaient dans le monde des adultes, celui des guerriers.

-    Tandis que moi, à douze ans, je serai encore au collège ! interrompit Clara étonnée.

-    Mais ils ne savaient ni lire ni écrire ! s’exclama Eric.

-    Vous avez tous les deux raison. Mais il faut savoir que, même si Clovis était devenu chrétien, la violence restait toujours
      la base de l’éducation des petits Francs ; cela faisait partie de leurs coutumes
. Ses fils devaient être avant tout des guerriers.
      D’ailleurs, lorsque le roi allait en guerre il emmenait avec lui sa femme, ses enfants et ses domestiques.

      Clovis, malgré la gentillesse de sa femme Clotilde, était resté barbare,. : j’emploie ce mot dans le sens cruel. Il ne pouvait
      se permettre d’adoucir les coutumes de sa tribu, car il voulait consolider son pouvoir sur les territoires qu'il avait conquis, expliqua mamie.

Puis elle s'arrêta pour réfléchir. Enfin, elle reprit en pesant ses mots:
-    Je pense que le mot pouvoir n’est pas le mot que j’aurais dû
      employer…le mot domination convient mieux pour décrire le but
      de Clovis, car ce mot nous vient du latin dominus qui signifie maître.

      Oui, Clovis voulait devenir le seul maître de la Gaule gallo-romaine, pour
      la partager entre ses quatre fils, car ainsi était la coutume des Francs
      Saliens.

      Donc, à la mort de Clovis, en 511, l’unité de la Gaule, si difficilement
      acquise, fut brisée, disloquée en quatre parties, puisque Clovis avait
      quatre fils.

      Voyons sur la carte le royaume que Clovis légua à ses fils.

-    La Bretagne n’en faisait pas partie, remarqua Clara.

-    Mamie, regarde au Sud de la Gaule ! Il y a tout un morceau qui n’appartenait pas à Clovis… c’est la Provence ! dit Eric.

-    C’est juste, dit mamie. A présent, représentez-vous la Gaule comme un puzzle ! Toute la Gaule partagée en quatre morceaux qui forment un tout. Chaque fils devient roi des Francs      de l’un de ces morceaux.

-    Donc la Gaule avait quatre rois ! s’exclama Clara, surprise.

-    Oui, dit mamie, ces quatre rois furent des guerriers aussi redoutables que leur père et, s’unissant pour repousser l’ennemi, ils agrandirent le royaume que leur avait laissé Clovis. Leurs      quatre petits royaumes réunis auraient été beaucoup plus grands que la France actuelle. La Provence en faisait partie.

     Clotaire, le plus jeune fils de Clovis, après la mort de ses trois frères,
     deviendra le roi unique des Francs, en 558.

Eric voulait dire quelque chose :

-    Mamie, si les quatre frères ne se sont pas entre-tués, c’est grâce à leur
      maman Clotilde, n’est-ce pas ?

-    Sans aucun doute, mon garçon, car sa religion enseignait l’amour et le
      respect d’autrui, expliqua mamie, agréablement surprise par le
      raisonnement de son petit-fils

      Mamie, tu as dit que Clovis était mort en 511, alors, pendant quarante
      sept années, la Gaule est restée divisée en quatre royaumes ? s’apitoya
      Clara.

-    C’est une bonne remarque, ma petite Clara, d’autant plus qu’elle ne
      restera pas longtemps réunifiée !

      Clotaire sera roi unique jusqu’en 561, donc pendant trois années. A sa
      mort, la Gaule était immense !

      Voyez sur la carte. Même sans la Bretagne qui ne faisait toujours pas
      partie du royaume des Francs, le territoire que Clotaire laissait à ses
      quatre fils, car il avait eu lui aussi quatre fils, était beaucoup plus grand
      que celui de la France actuelle !

-    Alors cette nouvelle Gaule va être aussi partagée en quatre ? demanda Eric, fâché.

-    Bien sûr, car telle était la loi des Francs Saliens, dit mamie. Des quatre
      fils de Clotaire aucun ne sera roi unique. Le territoire de la Gaule, durant des siècles, se transformera en
      de véritables puzzles, et jamais les mêmes. Cette loi des Saliens donnait le droit de régner seulement aux enfants mâles.
      Cette loi, qui va s’appeler « loi salique», exclura les femmes du pouvoir, elles n’avaient pas le droit de régner.

-    Mamie, d’après ce que tu nous décris, les rois faisaient sans cesse la guerre entre eux ou contre les ennemis de la Gaule. Mais alors, qui gouvernait le peuple qui habitait les morceaux       de la Gaule ? remarqua Clara.

-    J’attendais cette question, dit mamie. Je vais essayer d’y répondre de mon mieux…

Mamie se servit un verre d’eau et le but lentement en réfléchissant. Puis, reposant son verre elle reprit son récit :

-    Vous n’avez pas oublié, j’espère, que je vous avais raconté que le père de
      Clovis et Clovis lui-même occupaient des postes importants dans l’armée romaine.

      Donc, il est facile de s’imaginer Clovis vivant comme un aristocrate romain pendant son travail, mais un aristocrate
      romain qui a le droit de garder les coutumes de sa tribu franque.

      Et voilà pourquoi les Mérovingiens seront des rois, avant tout Francs, c’est-à-dire, à moitié nomades, car telles
      étaient leurs coutumes, mais…mais qui voulaient imiter les empereurs romains dans leurs manières de vivre et de gouverner.

      Alors, comme les empereurs romains, ils auront des grands officiers et des hauts fonctionnaires, mais fidèles à leurs coutumes,
      ces rois se déplaceront sans cesse avec tout leur entourage et toute leur famille.
      A présent, je réponds à votre question.

A cet instant, Eric leva le doigt, comme à l’école, pour demander la parole.

-    Le mot aristocrate n’est pas très clair, pour moi, dit-il.

-    Mamie, j’ai déjà regardé ce mot dans le dictionnaire et je crois que je pourrai le lui expliquer, dit Clara.

-    C’est bien, nous t’écoutons, dit mamie ravie.

-    Ce mot se compose de deux parties : « aristo » qui nous vient du grec et qui signifie « excellent » et de « crate » qui vient du mot
      grec qui signifie « pouvoir ». Clovis était un chef militaire romain, un excellent chef, il faisait partie des gens qui commandaient.

-    J’ai compris, mais on dirait qu’il manque quelque chose, trouva à redire notre curieux garçonnet !

-    Tu n’as pas tort, répondit mamie, et je vais essayer de compléter ce que
      Clara a si bien défini.

      Puisque les Francs étaient avant tout des guerriers, nous allons nous
      intéresser à eux.

      Les rois récompensaient les excellents combattants en les nommant chef
      dans l’armée, mais aussi en leur donnant des terres, plus tard, des palais et
      des châteaux forts.
      Et ainsi, au cours des années, commence à se former un groupe de gens
      qui deviendra l’aristocratie militaire.

      De la même manière, vont apparaître l’aristocratie des hauts fonctionnaires
      et l’aristocratie des hommes d’église.

Puis, mamie demanda à Eric s’il était satisfait de l’explication. Sérieux, Eric hocha la tête. Mamie pouvait continuer.

-    Où en étions-nous ? demanda mamie.

-    Je me demandais comment étaient gouvernés tous les morceaux de la
     Gaule, quand les rois partaient en guerre, fit rappeler Clara.

-    Nous y voilà, dit mamie. Chaque roi désignait un fonctionnaire pour le
     représenter. Cette personne, aidée d’un groupe de gens expérimentés,
     avait tous les pouvoirs permettant de gouverner en l’absence du roi. Ce
     haut fonctionnaire se nommait « maire ». Autant de maires que de rois.

     Le roi désignera aussi des évêques pour organiser la christianisation dans toutes les parties de la Gaule, car les rois
     mérovingiens avaient juré au pape de soutenir fidèlement l’église de Rome.

     N’oublions pas que les Francs étaient tous illettrés et qu’ils ne sentaient pas le besoin de se cultiver, puisque les Gallo-romains étaient là pour remplir les fonctions qui exigeaient de      sérieuses connaissances. Cela aidera à maintenir pendant quelques temps encore la culture gallo-romaine en Gaule.

     Donc, le roi choisissait le maire, les évêques, ainsi que les personnes qui devaient l’aider. Ces dernières étaient surtout choisies au sein de
     l’aristocratie gallo-romaine.

     Mais, sans que les rois n’y prennent garde, et profitant des discordes qui se créaient entre les rois pour devenir roi unique, les maires devenaient de plus en plus puissants et riches,      ainsi que les évêques.

     Les hauts fonctionnaires francs et les hauts fonctionnaires gallo-romains avaient les mêmes intérêts :
     préserver leurs richesses malgré tous les changements que pouvaient leur apporter les partages renouvelées de la Gaule.

     Et c’est ainsi, qu’au cours des siècles, se formera une aristocratie qui ne sera pas toujours soumise aux rois, car, si les rois et leurs domaines
      changeaient, eux voulaient garder leurs terres et leurs châteaux.

     Les rois mérovingiens ont, sans le vouloir, donné naissance à une nouvelle époque, celle du Moyen Age : c’était l’époque où les aristocrates
     ne voulaient pas se soumettre à leur roi.

     Pour voir, à la tête de la Gaule, un roi unique des Francs efficace et
     puissant, capable de soumettre tous les aristocrates qui pourraient mettre
     en danger les intérêts de la Gaule, il faudra attendre le roi Dagobert.

     Le roi Dagobert reformera l’unité des royaumes francs avec Paris pour
     capitale.
     Il règnera pendant 10 années, de 629 à 639 et sera un roi puissant.

     Malheureusement, à sa mort, le jeu des puzzles recommencera.

     La Gaule, peu à peu, s’affaiblira et Dagobert restera le dernier roi de la
     dynastie des Mérovingiens qui exercera un pouvoir personnel et
     dirigera lui-même toute la Gaule, son domaine.

     Ses descendants seront ou trop jeunes ou pas assez habiles pour lutter
     contre le pouvoir des maires et des évêques. Ils auront des règnes très
     courts et la Gaule sera gouvernée surtout par des maires.

     Environ cent ans après le règne du roi Dagobert, un maire réalise à
     nouveau l’unité de la Gaule. C’est le maire Charles Martel.

     Charles Martel, que vous connaissez très bien, était un maire très puissant
     et, en véritable chef d’Etat, voulait réorganiser l’unité de la Gaule. Elle en
     avait bien besoin, car, affaiblie par les discordes à l’intérieur du pays, elle
     était attaquée de tous les côtés : au Nord et à l’Est, par des tribus
     germaniques, au Sud, par les Musulmans qui avaient envahi l’Aquitaine.

     Charles Martel, après avoir vaincu les attaques au Nord et à
     l’Est de la Gaule, arrêtera, en 732, l’invasion des Arabes à Poitiers.

     Il sera reconnu de tous comme le sauveur de la Gaule et du christianisme.

     Ensuite, il fit un grand nettoyage parmi tous les aristocrates qui auraient
     pu devenir un obstacle à la réunification de la Gaule. Il atteignit son
     but, et ses deux fils, Carloman et Pépin, gouvernèrent ensemble toute la
     Gaule unifiée.

     Le dernier roi mérovingien, Childéric III, fut destitué avec la permission
     du pape et envoyé dans un monastère.

     Pépin le Bref, fils de Charles Martel, fut sacré roi des Francs en 752 par
     l’évêque Saint Boniface.

     Une nouvelle dynastie était née ! La dynastie des Carolingiens, du nom
     de Charles, exactement comme la dynastie des Mérovingiens du nom de
     Mérovée.

     Pépin le Bref, le fils de Charles Martel, avait repris le flambeau des rois
     mérovingiens :

     il a été le bras armé, comme Clovis à son époque, pour défendre la
     religion chrétienne et pour refonder l’unité de la Gaule.


     Son fils, Charlemagne, continuera son œuvre.

-   Et voilà les locataires du deuxième étage de la maison de l’histoire de la
     France ! s’exclama Clara.

-   Ouf ! ils en ont eu des aventures en montant les escaliers pour
     arriver au deuxième ! plaisanta Eric. Mamie…reprit-il.

-   Je pense que pour aujourd’hui, c’est largement suffisant, sans quoi nous
     allons tout mélanger, interrompit papy.

     Tchouki, à bout de patience, vint gratter les genoux d’Eric, pour lui
     rappeler sa présence. Mais notre petit garçon ne le remarqua même pas.

-   Mais non papy, c’est simple ! Au premier sous-sol : les Celtes, dit Eric.

Puis, regardant Clara, comme pour l’appeler à l’aide.

-   Au rez-de-chaussée, les Gallo-romains, rappelle-toi Vercingétorix et Jules César ! dit Clara gentiment à son petit frère.

-   Au premier étage : les Mérovingiens s’installent grâce à Clovis. Même qu’il y a eu le roi Dagobert qui avait mis sa culotte à l’envers, dit fièrement Eric.

Puis il continua en regardant papy qui restait muet.

-   Encore une légende sans doute…

-   Sois sérieux et n’oublie pas de dire que Clovis a été le premier roi de la Gaule franque, rajouta Clara avec un petit air de maîtresse d’école, et que le roi Dagobert a été un grand roi      guerrier et administrateur.

Puis, pensive, comme à elle-même, elle nota :

-   Il serait bon de mettre sur les portes des petites plaques avec la date d’entrée dans le logement…

Mais déjà, Eric enthousiasmé reprenait :

-   Oui, après ce sont les Carolingiens qui arrivent et, après s’être bien bagarrés dans les escaliers, ils s’installent au deuxième étage de notre maison Histoire de la France ! Tu vois papy,      je ne peux pas me tromper ! fit remarquer Eric, content de ses remarques.

Puis se tournant vers Clara, il lui dit avec un regard malicieux.

-   Je ne risque pas d’oublier le premier locataire du deuxième ! Je
     pense à « pépin de pomme » et je dis Pépin le Bref !

Silencieuse, mamie les écoutait en souriant. Papy lui dit, légèrement interloqué !

-   Est-ce que tu t’attendais à un tel résumé de ton histoire de France ?

-   C’est tout ce que je pouvais souhaiter, mais j’avoue que j’aurais été
     incapable de le faire aussi bien qu’eux, répondit mamie en gratouillant la
     tête de Tchouki qui la suppliait de s’occuper de son repas du soir.

Heureusement, papy avait pensé à tout. La table était mise sous la tonnelle, où les derniers rayons du soleil les invitaient assez chaleureusement à prendre place.

On passa à l’assaut, mais l’attaque était d’un tout autre genre !
Tchouki était de la partie, évidemment ! Mais savait-il ce que c’était que la maison Histoire de la France ?

                                                                F I N

 

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