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Les historiettes d'une mamie pas comme les autres
Les Rois Merovingiens. (Histoire de France n°3)
(La loi salique)
- Mamie, est-ce que Clovis et Clotilde ont eu
des enfants ? demandait Eric
en étalant une belle couche de
confiture de fraises sur une grosse tartine de beurre, au pain encore chaud
!
- Bien sûr qu’ils ont eu des enfants,
quatre beaux garçons ! répondit mamie.
- Est-ce qu’ils apprenaient bien à
l’école ? continuait l’incorrigible
questionneur.
- Je ne pense pas qu’ils aient eu le temps
d’apprendre à lire et à écrire, car chez les Francs,
les garçons commençaient leur éducation de guerrier dès
leur enfance. Tout jeunes, ils
apprenaient à monter à cheval, mais pas
pour faire des randonnées
: ils devaient savoir maîtriser leur cheval et
apprendre à communiquer
avec lui, seulement avec les jambes, car en
même temps, ils devaient
se servir des mains pour manier leurs armes.
- Mamie, je me souviens avoir vu dans un livre une
image qui représentait une bête étrange : elle ressemblait
à un cheval qui avait, à la place du poitrail et de la tête,
le buste avec les deux bras et la
tête d’un homme. Mamie, je ne sais pas pourquoi, ce que tu viens
de nous raconter me rappelle cette image !
- Cela s’appelle une association d’images.
Tu t’es si bien imaginé le jeune
guerrier, à cheval, peut-être
tirant de l’arc, que ta mémoire t’a ressorti une
image que tu avais déjà
enregistrée, celle du centaure, car c’est ainsi que
se nomme cet être irréel.
Le centaure fait partie de la mythologie grecque
que tu étudieras l’année
prochaine.
Eric, la bouche pleine, sa tartine en attente dans les airs, ne pensait même
plus à son lait qui refroidissait. Alors mamie lui dit gentiment :
- Tu vois bien Eric, qu’on ne peut faire correctement
deux choses à la fois. Nous allons terminer notre petit déjeuner
en appréciant tout ce que nous mangeons et ensuite nous reviendrons
aux enfants de Clovis et de Clotilde. D’accord ?
Eric accepta en se disant qu’il avait beaucoup de choses à apprendre.
Et l’on se remit à savourer ce petit déjeuner si simple,
mais aux odeurs si appétissantes.
A la fin du repas, mamie dit aux enfants :
- Si cela vous amuse, essayez de trouver comment le centaure,
cet être mi- homme mi-cheval, a pu arriver dans la mythologie grecque,
et cela, plus de mille ans avant notre ère.
L’association d’images, que Clara
a eue, est sans doute la clé d’une
explication.
Clara et Eric supplièrent mamie de leur en dire un peu plus. Elle finit
par céder pour les mettre sur une voie probable :
- Essayez de vous imaginer les agressions des cavaliers barbares
sur des
paisibles villageois. Je n’en dirai pas
davantage J’en ai même trop dit !
Les enfants allèrent s’occuper dans leur chambre. Quant à
mamie, elle avait tant à faire !
C’était un peu de sa faute, elle voulait toujours préparer
les plats préférés de ses petits-enfants !
Clara, qui avait appris à tricoter, essayait de faire une jupe pour
sa poupée.
Eric cherchait des magazines à découper. Il était silencieux.
Clara s’en étonna.
- Tu es bien sérieux. Que cherches-tu ainsi ?
- Tu verras bien, patiente un peu ! répondit Eric.
Après avoir isolé quelques pages, il commença à
découper des images. Puis il alla prendre une feuille de papier à
dessin et de la colle. Il réfléchissait.
Clara, qui le surveillait du coin de l’œil, lui dit :
- Si je peux t’être utile, dis-le moi .
- Je crois que je n’en ai pas le choix, marmonna Eric,
puisque je ne me souviens pas d’avoir vu cette bête bizarre dont
vous parliez mamie et toi.
- Tu veux dire le centaure ? dit Clara en se rapprochant
du bureau d’Eric
Elle fut si surprise en voyant les images découpées qu’elle
en embrassa fièrement son petit frère. C’était des
photos de chevaux, de jeunes garçons
et de beaux athlètes.
- Tu voudrais reconstituer un centaure ! Je n’y aurais
jamais pensé ! avoua-t-elle.
- Oui, on peut en faire plusieurs même ! répondit-il,
amusé.
Ensemble, ils en firent tout un troupeau : un lanceur de lasso qui se cabrait,
un boxeur assis sur ses pattes de derrière, un lanceur de javelot au
galop, un jockey au trot et deux petits garçons centaures qui marchaient
côte à côte tranquillement.
Les enfants faisaient les assemblages, les contemplaient, lançaient des
remarques, puis pouffaient de rire.
Papy, attiré par les rires qui s’égrenaient à travers
le jardin, avait laissé son potager pour venir s’accouder sur le
bord de la fenêtre ouverte de la chambre des enfants. Ceux-ci, ayant remarqué
leur grand-père, lui apportèrent la grande feuille de papier dessin
sur laquelle ils avaient collé leurs centaures, dans un joli décor
dessiné aux crayons de couleurs.
- Quel magnifique tableau ! s’exclama papy. C’est
mamie qui va être étonnée ! A propos, avez-vous réfléchi
à la question qu’elle vous a posée ?
- Papy, quand tu étais petit, est-ce que tu avais
peur la nuit ? demanda Eric.
- Bien sûr ! Tout ce que je ne pouvais pas reconnaître
dans l’obscurité, m’apparaissait comme une chose étrange
et dangereuse. Alors, j’avais peur… Je me disais qu’il valait
mieux être prudent ! dit papy en riant.
- Papy, j’ai remarqué que la frayeur ou l’obscurité
peut, à nos yeux, transformer ce qui existe en des choses qui n’existent
pas.
Ainsi, les paysans ou les soldats agressés par les barbares étaient
terrorisés, car ils ne comprenaient pas comment il était possible
de
maîtriser la course si rapide d’un cheval et garder les mains libres
pour
tuer, piller et saccager tout ce qui se trouvait sur leur passage !
Mais papy, à partir de là je comprends mais je ne peux pas l’expliquer
!
- C’est très bien mon garçon ! Tu as
trouvé le principal :
nous avons tous peur de ce que nous ne
comprenons pas.
Peut-être que Clara pourra éclaircir le peu qui demande à
l’être. dit papy
en regardant Clara.
- Peut-être que les rescapés de ces agressions
ont raconté ce qu’ils ont cru voir dans leur frayeur : des êtres
mi-homme, mi-cheval. Ou peut-être, qu’ils ont décrit ces
cavaliers d’une telle manière
que les gens se représentaient des nouveaux monstres, moitié homme,
moitié cheval, raisonnait Clara.
- J’aurais dit la même chose, dit papy. Mamie
vous aurait expliqué que
ces récits, transmis oralement et plus
ou moins déformées au cours
des siècles, se nomment légendes.
Donc, le centaure est un être légendaire,
créé par une légende, peut-être
que celle que vous venez de me raconter n’en
est pas loin…Difficile à
prouver…
- Papy, la mythologie, qu’est-ce que c’est ?
demanda Eric.
- On pourrait dire que c’est l’ensemble de toutes
les légendes créées par
un même pays. On parle surtout de la mythologie
grecque, mais il y en a
d’autres, répondit papy.
Mamie, qui cueillait quelques brins de persil au potager, remarqua papy en
grande
conversation avec les enfants. Curieuse, elle alla les rejoindre. Tchouki la
suivit.
- Vois le chef d’œuvre de tes petits-enfants, dit
papy en lui montrant le
tableau des centaures, ils ont même trouvé
une explication valable
pour le centaure.
- Je n’en ai jamais douté, dit mamie en souriant,
mais j’avoue que je suis agréablement surprise par le tableau.
- C’est Eric qui en a eu l’idée, dit Clara,
mais nous avons réfléchi
ensemble pour trouver une explication à
la légende du centaure.
Nous nous sommes représenté les
cavaliers barbares, galopant à la
vitesse de l’éclair tout en maniant
leurs armes en toute liberté. La
férocité de leurs attaques avait
dû semer l’épouvante parmi la population
de cette époque. La frayeur déformant
la réalité, ils pensaient
avoir affaire à des êtres étranges,
mi-homme mi-cheval.
- Si on rajoute à cela que pendant des siècles
les gens l’ont raconté chacun
à sa manière, les barbares ont
fini par se transformer en centaures !
s’exclama joyeusement Eric.
Mamie était satisfaite. Papy fit un clin d’œil aux enfants
et retourna à son potager. Mamie retourna à la cuisine.
Seul Tchouki était encore là. Il restait dressé sur ses
pattes arrière, celles de devant appuyées contre le mur, le
cou bien tendu, essayant de comprendre ce qui se passait dans la meute. Par
petits cris étouffés il invitait les enfants au jardin.
Clara et Eric se penchèrent à la fenêtre pour le caresser
et lui dire qu’ils arrivaient.
Tchouki alla les attendre sur la pelouse, son ballon dégonflé
entre les pattes.
Les courses à trois recommencèrent et le jardin se remplit à
nouveau de rires, d’exclamations et de grognements de toutes sortes.
Après le déjeuner, les enfants aidaient toujours mamie à
faire la vaisselle.
- Une petite sieste nous fera du bien, dit mamie.
Chacun s’installa dans son coin préféré et très
vite, on n’entendit que les oiseaux qui s’interpellaient d’un
arbre à l’autre. Les enfants auraient bien voulu comprendre ce
qu’ils se disaient, mais la fatigue et le sommeil ne le permirent pas.
Ils s’endormirent . Même Tchouki dormait.
Une odeur de café vint chatouiller les narines de mamie. Elle se leva
sans bruit et alla rejoindre papy qui l’attendait sous la tonnelle.
Mamie dégustait son café par petites gorgées et souriait
à papy pour le remercier.
- Il faut si peu de choses pour se sentir heureux ! pensaient-ils.
- Tu sais que le tableau des enfants m’a rudement impressionné.
C’est un peu ton œuvre aussi. Tu as le chic pour transporter tes
auditeurs dans le monde de tes histoires ! Le tableau en
est le résultat ! fit remarquer papy.
- Merci pour le compliment ! dit gentiment mamie.
Puis elle continua en cherchant ses mots :
- J’essaie de les émouvoir en ayant recours
à leur imagination. Chacun se
représente mon récit en utilisant
le bagage d’images qu’il possède dans sa
mémoire.
Cela fait un récit qui a autant de facettes
qu’il y a d’auditeurs.
Quelques fois, j’obtiens des questions ou
des réactions imprévues ; le
tableau des centaures en est une !
Un paisible silence suivit la dégustation du café. Les yeux fermés,
ils humaient les parfums confus que leur apportait dame nature dans la tiédeur
d’un léger vent printanier ! Ils se laissaient bercer par les infatigables
bavardages des insectes en visite chez les fleurs. Celles-ci leur offraient
l’hospitalité dans la beauté de leurs corolles ouvertes
dès le matin sous les chatouillements du soleil !
Dame nature ne prend jamais de repos et distribue le fruit de son travail avec
une inégalable générosité. Elle distribue le vrai
bonheur à tous ceux qui savent l’apprécier l
Réveillés, mais encore un peu engourdis, les enfants rejoignirent
leurs grands-parents. Le soleil leur picotait les yeux pour les taquiner et
les faire sourire. Très vite, une avalanche de questions se fit entendre
: « Vous n’avez pas dormi ? Vous êtes réveillés
depuis longtemps ? Oh, vous avez déjà pris votre café ?
Qu’est-ce qu’on fera après le goûter ? Qu’est-ce
qu’on a pour le goûter ?
- Après le goûter ? Une promenade à bicyclette
pour rendre visite à tonton Armand…
Ce n’était qu’une proposition, rajouta
papy étonné d’avoir provoqué un léger silence.
- Papy, ne pourrait-on pas remettre cette promenade à
demain ? On irait avec papa et maman qui seront là aussi, demanda Clara.
- Et mamie pourra nous raconter l’histoire des enfants
de Clovis, dit Eric.
- Cela ne vous fatigue pas ? Vous êtes là pour
vous détendre, dit papy en essayant d’être persuasif.
- Non, nous sommes impatients de connaître la suite,
si cela ne fatigue pas mamie, bien sûr, répondit sérieusement
Clara. Et puis, j’aurais bien voulu parler de tout cela avec Pauline à
mon retour, rajouta-t-elle en souriant.
- Et moi, avec mon copain Hervé, dit Eric en se redressant
comme un petit coq.
On prit le goûter sous la tonnelle, puis on rentra à la maison.
Les livres de géographie et d’histoire étaient déjà
sur la table. Mamie sourit. L’organisation de ses petits-enfants lui faisait
plaisir. On s’installa. Chacun prit sa place habituelle. Tchouki-le-Sphinx
sous la table, évidemment !
- Donc, les fils de Clovis, comme tous les petits garçons francs, apprenaient
dès leur enfance à chasser et à combattre. Vers l’âge
de douze ans, ils passaient dans le monde des adultes, celui des guerriers.
- Tandis que moi, à douze ans, je serai encore au
collège ! interrompit Clara étonnée.
- Mais ils ne savaient ni lire ni écrire ! s’exclama
Eric.
- Vous avez tous les deux raison. Mais il faut savoir que,
même si Clovis était devenu chrétien, la violence restait
toujours
la base de l’éducation des petits
Francs ; cela faisait partie de leurs coutumes. Ses fils devaient être
avant tout des guerriers.
D’ailleurs, lorsque le roi allait en guerre
il emmenait avec lui sa femme, ses enfants et ses domestiques.
Clovis, malgré la gentillesse de sa femme
Clotilde, était resté barbare,. : j’emploie ce mot dans
le sens cruel. Il ne pouvait
se permettre d’adoucir les coutumes de
sa tribu, car il voulait consolider son pouvoir sur les territoires qu'il avait
conquis, expliqua mamie.
Puis elle s'arrêta pour réfléchir. Enfin, elle reprit en
pesant ses mots:
- Je pense que le mot pouvoir n’est pas le
mot que j’aurais dû
employer…le mot domination
convient mieux pour décrire le but
de Clovis, car ce mot nous vient
du latin dominus qui signifie maître.
Oui, Clovis voulait devenir
le seul maître de la Gaule gallo-romaine, pour
la partager entre ses quatre
fils, car ainsi était la coutume des Francs
Saliens.
Donc, à la mort de Clovis,
en 511, l’unité de la Gaule, si difficilement
acquise, fut brisée,
disloquée en quatre parties, puisque Clovis avait
quatre fils.
Voyons sur la carte le royaume
que Clovis légua à ses fils.
- La Bretagne n’en faisait pas partie, remarqua Clara.
- Mamie, regarde au Sud de la Gaule ! Il y a tout un morceau
qui n’appartenait pas à Clovis… c’est la Provence !
dit Eric.
- C’est juste, dit mamie. A présent, représentez-vous
la Gaule comme un puzzle ! Toute la Gaule partagée en quatre morceaux
qui forment un tout. Chaque fils devient roi des Francs de
l’un de ces morceaux.
- Donc la Gaule avait quatre rois ! s’exclama Clara,
surprise.
- Oui, dit mamie, ces quatre rois furent des guerriers aussi
redoutables que leur père et, s’unissant pour repousser l’ennemi,
ils agrandirent le royaume que leur avait laissé Clovis. Leurs quatre
petits royaumes réunis auraient été beaucoup plus grands
que la France actuelle. La Provence en faisait partie.
Clotaire, le plus jeune fils de Clovis, après
la mort de ses trois frères,
deviendra le roi unique des Francs, en 558.
Eric voulait dire quelque chose :
- Mamie, si les quatre frères ne se sont pas entre-tués,
c’est grâce à leur
maman Clotilde, n’est-ce pas ?
- Sans aucun doute, mon garçon, car sa religion enseignait
l’amour et le
respect d’autrui, expliqua mamie,
agréablement surprise par le
raisonnement de son petit-fils
Mamie, tu as dit que Clovis était
mort en 511, alors, pendant quarante
sept années, la Gaule est restée
divisée en quatre royaumes ? s’apitoya
Clara.
- C’est une bonne remarque, ma petite Clara, d’autant
plus qu’elle ne
restera pas longtemps réunifiée
!
Clotaire sera roi unique jusqu’en
561, donc pendant trois années. A sa
mort, la Gaule était immense !
Voyez sur la carte. Même sans la Bretagne
qui ne faisait toujours pas
partie du royaume des Francs, le territoire
que Clotaire laissait à ses
quatre fils, car il avait eu lui aussi quatre
fils, était beaucoup plus grand
que celui de la France actuelle !
- Alors cette nouvelle Gaule va être aussi partagée
en quatre ? demanda Eric, fâché.
- Bien sûr, car telle était la loi des Francs
Saliens, dit mamie. Des quatre
fils de Clotaire aucun ne sera roi unique.
Le territoire de la Gaule, durant des siècles, se transformera en
de véritables puzzles, et jamais les mêmes.
Cette loi des Saliens donnait le droit de régner seulement aux enfants
mâles.
Cette loi, qui va s’appeler «
loi salique», exclura les femmes du pouvoir, elles n’avaient pas
le droit de régner.
- Mamie, d’après ce que tu nous décris,
les rois faisaient sans cesse la guerre entre eux ou contre les ennemis de la
Gaule. Mais alors, qui gouvernait le peuple qui habitait les morceaux de
la Gaule ? remarqua Clara.
- J’attendais cette question, dit mamie. Je vais essayer
d’y répondre de mon mieux…
Mamie se servit un verre d’eau et le but lentement en réfléchissant.
Puis, reposant son verre elle reprit son récit :
- Vous n’avez pas oublié, j’espère,
que je vous avais raconté que le père de
Clovis et Clovis lui-même occupaient
des postes importants dans l’armée romaine.
Donc, il est facile de s’imaginer
Clovis vivant comme un aristocrate romain pendant son travail, mais un aristocrate
romain qui a le droit de garder les coutumes
de sa tribu franque.
Et voilà pourquoi les Mérovingiens
seront des rois, avant tout Francs, c’est-à-dire, à moitié
nomades, car telles
étaient leurs coutumes, mais…mais
qui voulaient imiter les empereurs romains dans leurs manières de vivre
et de gouverner.
Alors, comme les empereurs romains, ils
auront des grands officiers et des hauts fonctionnaires, mais fidèles
à leurs coutumes,
ces rois se déplaceront sans cesse avec
tout leur entourage et toute leur famille.
A présent, je réponds à
votre question.
A cet instant, Eric leva le doigt, comme à l’école, pour
demander la parole.
- Le mot aristocrate n’est pas très
clair, pour moi, dit-il.
- Mamie, j’ai déjà regardé ce
mot dans le dictionnaire et je crois que je pourrai le lui expliquer, dit Clara.
- C’est bien, nous t’écoutons, dit mamie
ravie.
- Ce mot se compose de deux parties : « aristo »
qui nous vient du grec et qui signifie « excellent » et de «
crate » qui vient du mot
grec qui signifie « pouvoir ». Clovis
était un chef militaire romain, un excellent chef, il faisait partie
des gens qui commandaient.
- J’ai compris, mais on dirait qu’il manque quelque
chose, trouva à redire notre curieux garçonnet !
- Tu n’as pas tort, répondit mamie, et je vais
essayer de compléter ce que
Clara a si bien défini.
Puisque les Francs étaient avant
tout des guerriers, nous allons nous
intéresser à eux.
Les rois récompensaient les excellents
combattants en les nommant chef
dans l’armée, mais aussi en
leur donnant des terres, plus tard, des palais et
des châteaux forts.
Et ainsi, au cours des années, commence
à se former un groupe de gens
qui deviendra l’aristocratie militaire.
De la même manière, vont
apparaître l’aristocratie des hauts fonctionnaires
et l’aristocratie des hommes d’église.
Puis, mamie demanda à Eric s’il était satisfait de l’explication.
Sérieux, Eric hocha la tête. Mamie pouvait continuer.
- Où en étions-nous ? demanda mamie.
- Je me demandais comment étaient gouvernés
tous les morceaux de la
Gaule, quand les rois partaient en guerre, fit
rappeler Clara.
- Nous y voilà, dit mamie. Chaque roi désignait
un fonctionnaire pour le
représenter. Cette personne, aidée
d’un groupe de gens expérimentés,
avait tous les pouvoirs permettant de gouverner
en l’absence du roi. Ce
haut fonctionnaire se nommait « maire ».
Autant de maires que de rois.
Le roi désignera aussi des évêques
pour organiser la christianisation dans toutes les parties de la Gaule, car
les rois
mérovingiens avaient juré au pape de
soutenir fidèlement l’église de Rome.
N’oublions pas que les Francs étaient
tous illettrés et qu’ils ne sentaient pas le besoin de se cultiver,
puisque les Gallo-romains étaient là pour remplir les fonctions
qui exigeaient de sérieuses connaissances.
Cela aidera à maintenir pendant quelques temps encore la culture gallo-romaine
en Gaule.
Donc, le roi choisissait le maire, les évêques,
ainsi que les personnes qui devaient l’aider. Ces dernières étaient
surtout choisies au sein de
l’aristocratie gallo-romaine.
Mais, sans que les rois n’y prennent garde,
et profitant des discordes qui se créaient entre les rois pour devenir
roi unique, les maires devenaient de plus en plus puissants et riches, ainsi
que les évêques.
Les hauts fonctionnaires francs et les hauts
fonctionnaires gallo-romains avaient les mêmes intérêts :
préserver leurs richesses malgré
tous les changements que pouvaient leur apporter les partages renouvelées
de la Gaule.
Et c’est ainsi, qu’au cours des siècles,
se formera une aristocratie qui ne sera pas toujours soumise aux rois, car,
si les rois et leurs domaines
changeaient, eux voulaient garder leurs terres
et leurs châteaux.
Les rois mérovingiens ont, sans le vouloir,
donné naissance à une nouvelle époque, celle du
Moyen Age : c’était l’époque où les aristocrates
ne voulaient pas se soumettre à leur roi.
Pour voir, à la tête de la Gaule,
un roi unique des Francs efficace et
puissant, capable de soumettre tous les aristocrates
qui pourraient mettre
en danger les intérêts de la Gaule,
il faudra attendre le roi Dagobert.
Le roi Dagobert reformera l’unité
des royaumes francs avec Paris pour
capitale.
Il règnera pendant 10 années, de
629 à 639 et sera un roi puissant.
Malheureusement, à sa mort, le jeu des
puzzles recommencera.
La Gaule, peu à peu, s’affaiblira
et Dagobert restera le dernier roi de la
dynastie des Mérovingiens qui exercera
un pouvoir personnel et
dirigera lui-même toute la Gaule, son domaine.
Ses descendants seront ou trop jeunes ou pas assez
habiles pour lutter
contre le pouvoir des maires et des évêques.
Ils auront des règnes très
courts et la Gaule sera gouvernée surtout
par des maires.
Environ cent ans après le règne
du roi Dagobert, un maire réalise à
nouveau l’unité de la Gaule. C’est
le maire Charles Martel.
Charles Martel, que vous connaissez très
bien, était un maire très puissant
et, en véritable chef d’Etat, voulait
réorganiser l’unité de la Gaule. Elle en
avait bien besoin, car, affaiblie par les discordes
à l’intérieur du pays, elle
était attaquée de tous les côtés
: au Nord et à l’Est, par des tribus
germaniques, au Sud, par les Musulmans qui avaient
envahi l’Aquitaine.
Charles Martel, après avoir vaincu les
attaques au Nord et à
l’Est de la Gaule, arrêtera, en 732,
l’invasion des Arabes à Poitiers.
Il sera reconnu de tous comme le sauveur de la
Gaule et du christianisme.
Ensuite, il fit un grand nettoyage parmi tous
les aristocrates qui auraient
pu devenir un obstacle à la réunification
de la Gaule. Il atteignit son
but, et ses deux fils, Carloman et Pépin,
gouvernèrent ensemble toute la
Gaule unifiée.
Le dernier roi mérovingien, Childéric
III, fut destitué avec la permission
du pape et envoyé dans un monastère.
Pépin le Bref, fils de Charles Martel,
fut sacré roi des Francs en 752 par
l’évêque Saint Boniface.
Une nouvelle dynastie était née
! La dynastie des Carolingiens, du nom
de Charles, exactement comme
la dynastie des Mérovingiens du nom de
Mérovée.
Pépin le Bref, le fils de Charles Martel,
avait repris le flambeau des rois
mérovingiens :
il a été le bras armé,
comme Clovis à son époque, pour défendre la
religion chrétienne et pour refonder l’unité
de la Gaule.
Son fils, Charlemagne, continuera son
œuvre.
- Et voilà les locataires du deuxième étage
de la maison de l’histoire de la
France ! s’exclama Clara.
- Ouf ! ils en ont eu des aventures en montant les escaliers
pour
arriver au deuxième !
plaisanta Eric. Mamie…reprit-il.
- Je pense que pour aujourd’hui, c’est largement
suffisant, sans quoi nous
allons tout mélanger,
interrompit papy.
Tchouki, à bout de patience, vint gratter
les genoux d’Eric, pour lui
rappeler sa présence. Mais notre petit
garçon ne le remarqua même pas.
- Mais non papy, c’est simple ! Au premier sous-sol
: les Celtes, dit Eric.
Puis, regardant Clara, comme pour l’appeler à l’aide.
- Au rez-de-chaussée, les Gallo-romains, rappelle-toi
Vercingétorix et Jules César ! dit Clara gentiment à son
petit frère.
- Au premier étage : les Mérovingiens s’installent
grâce à Clovis. Même qu’il y a eu le roi Dagobert qui
avait mis sa culotte à l’envers, dit fièrement Eric.
Puis il continua en regardant papy qui restait muet.
- Encore une légende sans doute…
- Sois sérieux et n’oublie pas de dire que Clovis
a été le premier roi de la Gaule franque, rajouta Clara avec un
petit air de maîtresse d’école, et que le roi Dagobert a
été un grand roi guerrier et administrateur.
Puis, pensive, comme à elle-même, elle nota :
- Il serait bon de mettre sur les portes des petites plaques
avec la date d’entrée dans le logement…
Mais déjà, Eric enthousiasmé reprenait :
- Oui, après ce sont les Carolingiens qui arrivent
et, après s’être bien bagarrés dans les escaliers,
ils s’installent au deuxième étage de notre maison Histoire
de la France ! Tu vois papy, je ne peux pas me
tromper ! fit remarquer Eric, content de ses remarques.
Puis se tournant vers Clara, il lui dit avec un regard malicieux.
- Je ne risque pas d’oublier le premier locataire du
deuxième ! Je
pense à « pépin de pomme »
et je dis Pépin le Bref !
Silencieuse, mamie les écoutait en souriant. Papy lui dit, légèrement
interloqué !
- Est-ce que tu t’attendais à un tel résumé
de ton histoire de France ?
- C’est tout ce que je pouvais souhaiter, mais j’avoue
que j’aurais été
incapable de le faire aussi bien qu’eux,
répondit mamie en gratouillant la
tête de Tchouki qui la suppliait de s’occuper
de son repas du soir.
Heureusement, papy avait pensé à tout. La table était
mise sous la tonnelle, où les derniers rayons du soleil les invitaient
assez chaleureusement à prendre place.
On passa à l’assaut, mais l’attaque était d’un
tout autre genre !
Tchouki était de la partie, évidemment ! Mais savait-il ce que
c’était que la maison Histoire de la France ?
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