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Les historiettes d'une mamie pas comme les autres
Anniversaire d’Eric
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(Mamie, papy et Tchouki devaient rester une année à Amiens.
Pour la première fois, ils ne pourront être présents à
l’anniversaire d’Eric, le 18 décembre prochain)
Dans quatre jours, c’est l’hiver ! Bien sûr, puisque nous
sommes le
18 décembre !
Mais dame Nature, elle, n’avait toujours pas décidé le
retour de cette saison. Elle continuait à poser quelques touches de couleurs
dans les feuillages du petit bois qui longeait la maison, et à son passage,
sous ses légers coups de pinceau, toutes les baies, écarlates,
rousses, vertes ou opales, se gonflant d’aise, étincelaient à
qui mieux mieux.
Chaque matin, à l’heure où la forêt était
encore déserte, mamie s’y promenait avec Tchouki.
- Quel ravissant tableau ! Ne trouves-tu pas que l’automne est la plus
belle
de toutes les saisons ? s’exclamait mamie devant la multitude de couleurs
qui s’offrait à ses yeux.
Au-dessus de leurs têtes, les arbres formaient un berceau dont le rideau
frémissant et bariolé tombait jusqu’au sol qu’il recouvrait
généreusement.
Mamie s’adressait à Tchouki. Celui-ci se retournait, la regardait
sérieusement, puis reprenait son chemin avec un petit air moqueur.
- Evidemment, tu te dis que je répète la même chose pour
chacune des
saisons ! Tu n’as peut-être pas tort, mais tu dois reconnaître
que le
printemps et l’été ont le soleil pour nous éblouir,
les fleurs et les oiseaux
pour nous charmer ! Tandis que l’automne, lui, doit lutter pour retenir
les
beaux jours et les oiseaux qui fuient à l’approche des froidures.
Si ce n’est pas la plus belle, c’est bien la plus vaillante !
Elle suivait du regard les feuilles qui, parées de leurs plus beaux
atours, se laissaient tomber nonchalamment sur le sol.
- Dernière coquetterie pour attirer l’attention du promeneur...
remarqua-t-
elle tristement.
Mamie faisait souvent un petit bouquet de feuilles d’automne pour enrichir
son herbier. Elle ressentait toujours quelques remords à les choisir,
les comparer, pour ne garder que celles qui étaient vraiment surprenantes
par leurs formes et leurs couleurs. Cela ressemblait un peu à l’élection
de Miss Feuille d’Automne…
Ce jour-là, un vilain vent s’était faufilé entre
les troncs des arbres et se faisait désagréable.
- Tchouki, le temps se rafraîchit, rentrons ! dit mamie en prenant le
chemin
du retour.
La maison les accueillit calme et chaleureuse. Après avoir terminé
ses petites tâches quotidiennes, mamie s’installa douillettement
dans un coin du canapé pour y faire un peu de lecture. Elle ne se lassait
jamais de lire et relire « Les lettres de mon moulin » d’Alphonse
Daudet.
Vous savez sans doute qu’Alphonse Daudet avait, soi-disant, acheté
un vieux moulin à vent, dont les ailes ne tournaient plus depuis fort
longtemps.
Ce moulin, disait-on, ressemblait à un gros papillon posé tout
en haut d’une colline.
L’endroit était donc désert, puisque plus personne ne venait
y moudre son blé.
Alphonse Daudet raconte qu’il avait acheté ce moulin pour fuir
Paris, trop bruyant pour un écrivain, et surtout pour y écouter
le silence et les bruits de la nature.
Mamie lisait donc le chapitre relatant l’installation de l’auteur
au moulin et la première nuit passée en sa nouvelle demeure :
«Ce sont les lapins qui ont été étonnés !...Depuis
si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs
et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la
race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne,
ils en avaient fait quelque chose comme leur quartier général,
centre d’opérations stratégiques… »
Mamie posa son livre sur ses genoux, et, rêveuse, laissa ses souvenirs
l’envahir.
- Eric aura dix ans aujourd’hui, 18 décembre ! Déjà
!... se disait-elle.
Elle ne l’avait pas vu grandir ! Dire qu’il lui demande encore
d’improviser de nouvelles aventures de Grandoudou !
Il faut savoir que, lorsque Clara et Eric étaient tout petits, mamie
inventait les aventures de la famille Roux Doudou, jolie famille de lapins.
Eric, qui se retrouvait dans Midoudou, admirait beaucoup l’aîné
des lapereaux, Grandoudou, tandis que Clara se voyait dans Doudinette.
Mamie reprenait habilement toutes les petites fautes commises par les enfants
dans le courant de la journée, les attribuait aux gentils lapins et faisait
réfléchir les enfants sur ce que les lapins auraient pu faire
pour ne pas se trouver dans de telles situations.
Eric et Clara improvisaient avec mamie le plus naturellement du monde. Ils
adoraient cet exercice.
Ils étaient si innocents qu’ils ne remarquaient même pas
le moyen employé par mamie pour les éduquer !...
Mamie reprit sa lecture :
« La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une
vingtaine, assis en rond, en train de se chauffer les pattes à un rayon
de la lune… »
Tout à coup l’imagination de mamie se mit en route et, dans son
esprit, la famille Roux Doudou vint se mêler aux petits lapins du récit
d’Alphonse Daudet…Et voilà ce qui en résulta :
Il y avait Papadoudou, Mamandoudou, Grandoudou, Doudinette, Midoudou et Petidoudou,
les voisins, les copains, les papys et les mamies.
Ils étaient tous venus fêter l’anniversaire de Midoudou,
qui, justement, avait 10 ans ce jour-là !
Ils se doraient paresseusement aux rayons de lune en attendant les bonnes tartes
aux carottes et les fameuses feuilles de chou confites dans la rosée
matinale que Mamidoudou savait si bien préparer.
Alphonse Daudet entrouvrit une lucarne, et frrt ! « Voilà le
bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent,
la queue en l’air, dans le fourré. »
Mais, était-ce bien le bruit que fit Alphonse Daudet en ouvrant la lucarne
qui effraya ce gentil monde ?
Ecoutons plutôt ce qui se chuchotait dans le fourré :
- Papa, avais-tu déjà vu
un monstre pareil ? murmurait Grandoudou à
l’oreille de son
père. On dirait une énorme boule de poils ! Aïe aïe
aïe !
Il arrive de notre côté
! Il va nous trouver à la piste !
- Grandoudou, mon garçon, il va
falloir trouver un moyen pour faire
rentrer tous ces lapins
dans leurs terriers. Je crois que je…
- Arrête papa, j’ai une idée
géniale. Ne t’inquiète surtout pas, ça va
marcher ! Je vais me lancer
brusquement hors du fourré, et profitant de la
surprise du monstre, je
l’éloignerai d’ici en quelques bonds. Pendant qu’il
essaiera de m’attraper,
tu organiseras la retraite vers les terriers.
- Non mon garçon, c’est moi…
- Papa, je connais tous les trous qui mènent
aux galeries secrètes. Je
disparaîtrai dès
que vous serez tous hors de danger. Allons, aie confiance
en ton fils ! Ce n’est
pas ce gros patapouf qui va m’attraper !
Devinez qui était le gros patapouf ! C’était le Tchouki
de mamie ! Un Tchouki fort étonné de voir tant de Poupou ( Poupou
est le nom de son lapin en peluche) courir et sauter dans toutes les directions.
Puis, plus rien ! Seulement la lune qui le regardait d’un petit air malicieux
!
Le premier moment d’étonnement passé, il se mit à
renifler, puis constata :
- C’est drôle, il y a quelque
chose qui me rappelle Beau Four ! Ce sont ces
petites boulettes noires
! s’exclama-t-il.
Tout à coup, il vit une sorte de Poupou s’élancer hors
du fourré. En quelques bonds, Grandoudou, car c’était bien
lui, entraîna Tchouki loin de la cachette des lapins.
Tchouki, qui poursuivait Grandoudou, eut un second mirage. Eclairé par
la lune qui continuait à se moquer de lui, il crut voir plein de Poupou
qui sautillaient puis disparaissaient aussitôt.
Ce n’était pas un mirage, mais tout simplement les lapins qui
s’empressaient de rentrer chez eux.
Tchouki était très étonné, car il n’avait
jamais vu de lapin. Alors il s’assit, se gratta longuement l’oreille,
et, jetant un regard bon enfant autour de lui, il ne vit plus qu’un seul
Poupou qui le narguait en pirouettant à droite et à gauche comme
pour l’inciter à reprendre sa course.
Tchouki ne bougeait plus. Il haletait lentement, sa jolie langue rose tremblotante,
suspendue à sa gueule entrouverte. Il avait ses yeux rieurs.
Grandoudou se disait qu’il était temps de disparaître, lorsque
son regard croisa celui de Tchouki. Quelque chose alors se passa en lui. Tchouki
ne lui parut plus comme un monstre poilu, car un monstre ne regarde pas si gentiment.
Il ressemblait même à ces joujoux que les enfants aiment tant !
Ils étaient tous les deux très fatigués. Grandoudou n’a
jamais pu comprendre pourquoi il s’assit lui aussi pour reprendre son
souffle.
Au loin, sa petite famille, inquiète, se demandait pourquoi il ne les
rejoignait pas.
Midoudou se reprochait d’avoir laissé son grand frère affronter
seul le monstre.
Il avait dix ans et se sentait très fort. Mais il fallait obéir
aux parents pour ne pas compliquer la situation.
Grandoudou, réunissant tout son courage, se mit à observer calmement
Tchouki.
Allongé, le ventre aplati sur le sol, Tchouki le surveillait. Soudain,
remontant son rondelet derrière en l’étirant vers le haut,
il se mit à frapper la terre de ses deux pattes avant, d’un côté
puis de l’autre.
C’était une invitation au jeu dans le langage des chiens et peut-être
des lapins aussi !
- Etrange, se dit Grandoudou, on dirait
qu’il me lance un message…J’ai
compris ! Il veut jouer
avec moi !
Et quelle ne fut sa surprise de voir cette boule blanche gambader, bondir,
ruer exactement comme un lapin !
Il remarqua alors que le monstre avait les pattes de devant très courtes
et celles de derrière très longues comme les lapins. Sa queue,
plus longue il est vrai, était toujours en l’air montrant mignonnement
son derrière à tout le monde, tout juste comme eux ! Seules les
oreilles étaient différentes, mais qu’importe, cela ne les
empêchera pas de devenir des copains !
Et Grandoudou fit prudemment quelques petits bonds vers Tchouki, qui continuait
à faire le fou-fou.
Grandoudou était conquis ! Il s’élança vers Tchouki
et ils se mirent à courir à perdre haleine.
Doudinette, qui avait mit son joli museau hors du terrier, fut effrayée
de les voir passer comme des éclairs devant elle. Mais très vite
elle s’écria :
- Mais c’est Grandoudou qui court
après le monstre !
Deux boules de poils bondissantes apparaissaient sous les rayons de la lune
et disparaissaient rapidement dans l’obscurité de la nuit.
- Mais ils jouent ensemble ! s’exclama
Doudinette, j’y vais aussi !
Et elle s’élança dans la ronde sans réfléchir
davantage. Elle se trouva nez à nez avec Tchouki, qui, surpris, freina
brusquement sa course en raidissant ses pattes avant et en traînant son
derrière sur le sol.
Etonné, il se dit :
- Quelle jolie Poupounette ! Je vais l’emmener
à la maison !
Mais il comprit qu’il lui faisait peur.
Doudinette était si terrifiée à l’approche de Tchouki
qu’elle était incapable de bouger. Elle voulait appeler son frère,
mais aucun son ne sortait de sa gorge. Seul, le bout de son petit nez tout rose
tremblait, tremblait, tremblait…
Grandoudou et Midoudou étaient arrivés presqu’en même
temps pour la protéger.
Tchouki, pour les rassurer, faisait trembler, aussi vite qu’il le pouvait,
sa truffe noire et humide. Très vite, sa gentillesse vint à bout
de leur frayeur.
Alors commença la folle ronde des lapins avec Tchouki !
La lune était aussi de la partie. Souriante, elle les caressait du bout
de ses rayons.
Tout cet ensemble offrait aux yeux de ceux qui pouvaient le voir le charmant
spectacle d’un manège enchanté !
Tout à coup, Grandoudou dressa les oreilles, et fit signe de se jeter
dans l’ombre profonde des arbres. De leur cachette, ils virent s’approcher
dans l’obscurité mamie et papy.
- Ils me cherchent, expliqua Tchouki, ils
sont sans doute inquiets.
Avant de quitter ses nouveaux amis, il leur dit :
- Comme je suis heureux d’avoir fait
votre connaissance, car à présent je
suis sûr de ne plus
m’ennuyer !
- Mais pourras-tu venir jouer avec nous
? demanda Midoudou qui voulait
faire comme son grand frère.
- Dans le courant de la journée,
je ne crois pas, car mamie, très gentille
d’ailleurs, s’est
mis dans la tête de me dresser. Donc, pour lui faire
plaisir, j’obéis
de temps en temps.
Mais le soir, c’est
autre chose. C’est ce bon papy qui me sort. Il faut voir
comme je le promène
: je le mène là où je veux, je le fais courir, sauter,
puis je disparais et le
laisse siffler jusqu’à ce qu’il pousse son cri de
guerre : celui de Tarzan.
Alors je cours aussitôt
à lui ; cela le rend très fier de moi.
Mais ne vous inquiétez
pas, avec lui, nous aurons le temps de jouer !
Puis, un peu triste, il rajouta :
- Allez, au revoir les amis, à la
prochaine, j’espère !
Tchouki sortit de l’obscurité et courut tous poils au vent vers
ses maîtres.
La lune continuait à sourire. Etait-ce elle qui avait conduit ces gentils
animaux à se rencontrer ?
Tchouki se demandait la même chose, car il ne savait pas que les lapins
fêtaient le dixième anniversaire de Midoudou.
Sur le chemin du terrier, Grandoudou disait à son petit frère
:
- Quel anniversaire, Midoudou ! Et un valeureux
copain en cadeau !
Doudinette rajouta en l’embrassant :
- Cet anniversaire restera inoubliable
! Quel courage pour un petit lapin de
dix ans ! Je suis fière
de toi !
Mamie sortait peu à peu de sa rêverie. Tchouki, assis devant elle
l’observait silencieusement, la tête gentiment incliné.
- Tu ne sembles pas très fatigué,
remarqua-t-elle.
Tchouki lui fit comprendre que l’heure du repas était passée.
- Ce n’est pas étonnant que
Grandoudou t’appelle « gros patapouf » lui dit-
elle en riant.
Dans la soirée, papy et Tchouki, qui s’en revenaient de leur flânerie,
ne semblaient pas pressés de rentrer.
Mamie les interpella de la fenêtre :
- Papy, Tchoutchou, il faut rentrer ! Eric
a dix ans aujourd’hui. Il est temps
de téléphoner
pour lui souhaiter les meilleures choses du monde.
- Où est Eric ? Où est Clara
? demanda papy à Tchouki, tu ne les a pas
oubliés…
La jolie queue de Tchouki se mit en marche comme un essuie-glace. Immobile,
il fixait papy droit dans les yeux. Il croyait que les enfants étaient
venus !
F I N
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