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Les historiettes d'une mamie pas comme les autres
Après le départ des enfants, Beaufour semblait vivre au ralenti
! Blotti dans son panier, Tchouki surveillait les moindres gestes de ses maîtres.
De temps en temps, les touffes de poils qui dessinaient le contour de ses oreilles
se soulevaient, avançaient et reculaient des deux côtés
de sa tête. Il guettait les voix de Clara et d’Eric. Mais en vain.
Alors, il alla pleurnicher derrière la porte de leur chambre à
coucher.
- Ne te fatigue pas, lui dit mamie, ils sont à l’école
à cette heure-ci. Je sais,
sans eux, c’est bien triste pour toi.
Mais pour nous aussi, crois-moi !
Allons voir ce que fait papy. Viens !
Papy jouait aux échecs avec son ordinateur. Cela agaçait un peu
mamie. Alors, pour attirer son attention, elle lui dit :
- Au fait, as-tu regardé si nous avons un courriel
?
Papy sourit et lui fit remarquer tout en réfléchissant sur son
jeu :
- Tu n’acceptes toujours pas le mot e-mail ?
- Si, mais je préfère le mot courriel…
- Echec et mat, j’ai gagné ! s’écria
papy fièrement.
Puis, après avoir quitté son jeu avec grande satisfaction, il
alla ouvrir la boîte à lettres électroniques. Un message
de Clara les attendait ! Ce fut comme un rayon de soleil qui s’élança
hors de l’écran, épanouissant, au fur et à mesure
de la lecture, ces deux visages un peu attristés par le départ
de leurs petits-enfants ! Le contenu était si agréable ! Même
les deux petites fautes qui s’étaient glissées dans la lettre
leur paraissaient bien mignonnes !
Ainsi ils apprirent que Clara et Pauline aimaient à discuter de l’histoire
de la France, de ce beau pays dans lequel elles vivent avec tant d’insouciance
! Elles essayaient de se représenter les joies et aussi les atrocités
qui avaient été vécues et surmontées pour façonner,
au cours des siècles, ces paysages qui les charment tant !
Elles avaient aussi parlé de l’histoire de la langue française,
de tous les secrets que l’on pouvait découvrir dans les mots, si
on voulait bien leur prêter plus d’attention. Est-ce un mot gaulois
? un mot romain ? ou grec ! puisque les Romains, qui avaient aussi conquis la
Grèce, transportaient les mots et la culture grecs partout où
ils s’installaient !
Pauline avait demandé si les Francs avaient beaucoup changé la
langue gallo-romaine, mais Clara lui avait répondu que mamie n’avait
pas eu le temps d’en parler.
Quant à Eric, il faisait remarquer à mamie qu’elle avait
oublié de décrire le paysage de la Gaule franque des Mérovingiens.
Mamie était pensive. Papy hochait la tête d’un air satisfait
:
- Bien ! Très bien !
Puis, s’adressant à mamie, il lui dit qu’elle n’avait
qu’une seule chose à faire.
- Et laquelle ? demanda-t-elle.
- C’est simple ! Tu écris la suite de ton histoire
et tu l’expédies, voie
Internet, par courrier électronique
à tes petits-enfants ! dit papy
enthousiasmé.
- Excellente idée, dit mamie, mais en aurais-je le
temps ?
- Mais bien sûr ! Je te promets que Tchouki et moi,
nous ferons tout pour
t’aider. Tu peux toujours essayer.
Si tu veux savoir, cela fait longtemps
que tu aurais dû passer à l’écriture
! Te souviens-tu de toutes les gentilles
historiettes que tu improvisais pour Clara
et Eric et même pour notre fils,
quand ils étaient tout-petits ? Bien
sûr que non ! Elles sont toutes
perdues ! fit remarquer papy sur un ton
de regret.
- Perdues ? Je ne pense pas, car elles ont dû laisser
des traces sur leur éducation, répondit mamie.
- C’est vrai, mais elles auraient pu servir à
d’autres petits enfants. Il n’est
jamais trop tard pour commencer ! continua
papy, qui, au fond de lui-
même, était très fier
de mamie.
- Tu as toujours raison. Je vais essayer de m’y mettre
dès aujourd’hui, promit mamie.
Dans l’après-midi, mamie s’installa devant l’ordinateur.
Elle répondit, avec l’aide de papy, au courriel de Clara et lui
annonça qu’elle allait lui envoyer la suite de l’histoire
de France par pièces jointes à ses messages.
Elle s’extasiait, tout en tapotant son clavier :
- Comme le monde change vite ! Accroche-toi bien, mamie !
Pas question
d’être à la traîne
! Tu as la chance de vivre le miracle de l’Internet.
Après les routes pavées et
les viaducs, les pigeons voyageurs et les
diligences, les trains et les avions, nous
voici sur les voies électroniques.
Aucune fatigue pour les parcourir ! La petite
fée Souris, sans baguette
magique, le temps d’un cliquetis,
envoie et reçoit notre courrier !
De temps en temps on entendait un petit « zut » ou « mince
» parfois même autre chose… Mais, grâce à la
petite fée Souris, les fautes que les doigts de mamie laissaient échapper
sur l’écran étaient rectifiées rapidement !
Et voici le premier message et la première pièce jointe que mamie
envoya :
Chers petits !
J’ai été étonnée par la pertinence de vos
questions, c’est-à-dire par le juste besoin d’en avoir des
réponses. Aussi, je vais m’efforcer de satisfaire votre curiosité
en m’appuyant sur tout ce que vous savez déjà.
Imaginez la population de la Gaule gallo-romaine après les grandes invasions
barbares. Que faut-il comprendre par « grandes invasions barbares »
? Tout simplement l’invasion de la Gaule par différentes tribus
germaniques, à partir du troisième siècle jusqu’au
sixième siècle de notre ère.
Il leur a fallu tout de même environ 300 années à ces Barbares,
pour s’installer en maître sur le territoire de la Gaule !
Leurs tribus étaient toutes très différentes. Elles se
distinguaient les unes des autres non seulement par leurs noms mais aussi par
leurs coutumes. Mais…, elles se ressemblaient toutes sous deux points.
Le premier point : tribus nomades et surtout guerrières, elles vivaient
et
s’enrichissaient
en envahissant et en pillant les pays qui
ne
pouvaient leur résister.
Deuxième point : toutes ces tribus étaient incultes, puisqu’elles
n’avaient pas
besoin
de savoir lire et écrire pour massacrer et piller.
Si nous comparons l’invasion romaine aux invasions barbares, nous voyons,
pour les premiers, s’installer sur le territoire de la Gaule, des envahisseurs
extrêmement instruits, dirigés par un Etat fortement organisé.
Les Gaulois n’avait pas d’alphabet et ignoraient la manière
écrite pour communiquer. Ils acceptèrent donc les lettres romaines
et toutes les cultures que la connaissance de la lecture leur apportait.
Evidemment, tout le savoir romain se transmettait en latin. Et ainsi, au fil
du temps, la langue celte se transformait en une nouvelle langue
: le gallo-romain dont la langue écrite était le latin.
A présent, voyons ce qui se passa dans la langue gallo-romaine
pendant et après l’invasion des tribus germaniques.
A l’inverse des Romains, les Barbares envahissent une population instruite
et raffinée, qui n’a pas grand-chose à apprendre de ses
nouveaux envahisseurs.
Ces tribus n’étaient pas très peuplées et vivaient
avec leurs propres coutumes. Peu à peu, elles vécurent en bonne
entente avec les Gallo-Romains, qui, bien heureusement, formaient toujours la
plus grande partie de la population du territoire.
Donc, surtout pour ces deux raisons, la langue gallo-romaine, qui n’était
autre que le latin déformé par le peuple, ne sera pas trop influencée
dans cette période de l’histoire de la langue française.
On retrouve des mots d’origine germanique surtout dans les noms de ville,
de village… Il y aura aussi tous les mots qui nommaient des choses propres
aux peuples germaniques c’est-à-dire les mots nouveaux de cette
époque (comme nous en avons pour notre époque).
Je pourrais rajouter que les Francs, qui dominaient la Gaule, se trouvaient
surtout dans les régions du nord. Ainsi, les régions du Sud purent
garder beaucoup plus longtemps leur langue et leur culture.
Les écoles détruites n’étant pas reconstruites,
au cours des siècles, le latin, la langue écrite, s’affaiblira
et cédera peu à peu sa place à la langue du peuple qui
va devenir le « roman », puis le français.
Il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire sur l’histoire de la
langue française, mais je pense que je vous ai donné quelques
repères pour comprendre le lien qui existe entre l’histoire d’un
pays et celle de sa langue.
Ma petite Pauline, j’espère que mes explications ont pu te satisfaire.
Si tu as d’autres questions à me poser, tu peux le faire en toute
liberté. J’essayerai d’y répondre.
Allons mes enfants, cela suffit pour aujourd’hui ! Vous n’avez
sans doute pas terminé vos devoirs de classe.
Eric, je vais réfléchir à la description que je pourrais
te faire des paysages de la Gaule franque mérovingienne.
A demain, peut-être !
Bons bisous de papy, mamie et Tchouki !
F I N
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