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Ce
week-end, à Paris, s'est tenu au New Morning - temple renommé
du Jazz -, le 1er Festival de Jazz Arménien, organisé par l'association
Coopération Arménie au profit de ses actions.
.Cet événement de taille a réuni durant 3 jours des artistes
français et arméniens d'exception. Le Festival a démarré
le vendredi 19, avec la prestation étonnante et déroutante de
Arto Tunçboyaciyan (New-York) aux percussions et voix et Vahagn Hayrapetyan
(Erevan) au piano et synthé. Leur vitalité, leur talent et l'incroyable
personnalité malicieuse et sans complexes d'Arto Tunçboyaciyan,
ont eu raison des éventuelles réserves que pouvait formuler un
public non averti, et pas nécessairement apte à "apprivoiser"
des expérimentations sonores d'avant-garde.
Vivant aux USA, cet Arménien de Turquie, artiste hors normes et déjanté
(qui est-il ? Arto l'Arménien ? Arto l'Africain ? ou juste un "Human
Being" comme il se
définit lui-même ?) réussit l'exploit d'être à
la fois un percussionniste complet et un chanteur doté d'un phrasé
surprenant avec une voix venue d'ailleurs...
Arto Tunçboyaciyan
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Durant plus d'une heure il a pris à contre-pied, avec un humour ravageur
et un plaisir évident, les habitudes auditives de l'Arménien "moyen"...
Néanmoins et à l'évidence, ce qu'il aimerait le plus que
l'on retienne de son concert, c'est son message de paix, d'amour et de respect
pour la personne humaine. A méditer, en ces temps de grondements guerriers...
En deuxième partie de cette première soirée, s'est produite
la jeune chanteuse d'Arménie Alla Levonyan. En tenue traditionnelle,
elle est venue interpréter des chansons qui ne l'étaient pas moins...
Dommage qu'elle n'ai pas présenté à son public plus de
chansons "relookées jazzy" comme elle le fit pour au moins
l'une d'entre elles, avec des onomatopées rappelant la grande Tatévig,
prêtresse du Jazz arménien. On retiendra néanmoins sa prestation
authentique et pleine d'émotion, et qui prit une envergure supplémentaire
lorsque Arto Tunçboyaciyan vînt spontanément lui offrir
son soutien sonore : s'installant nonchalemment aux percussions, il a donné,
avec le dynamisme et l'entrain qui le caractérisent, l'opportunité
à la jeune chanteuse de galvaniser un public déjà touché
par la grâce d'Alla (sans jeu de mot)...
N'étant
personnellement pas férue de Jazz, j'avais pensé assister à
cette seule soirée. Mais comprenant que le lendemain, Arto Tunçboyaciyan
allait se produire avec sa formation au grand complet (Armenian Navy Band),
j'avoue que la curiosité de voir ce que ce fou génial était
capable de faire avec 10 personnes autour de lui, a été la plus
forte. D'autant plus que, fana de musique grecque, j'avais
enfin reconnu en lui l'accompagnateur vocal et instrumental talentueux, de la
chanteuse grecque Eleftheria Arvanitaki ("Dinata, Dinata").
Je crois pouvoir dire que la prestation de l'Armenian Navy Band Samedi 20 au
soir a été, sans conteste, le point d'orgue de ce Festival. Le
public, d'ailleurs, ne s'y était pas trompé, et s'entassait, debout,
dans les allées de la salle prise d'assaut. Même si certainement
nombre d'entre eux, amateurs éclairés de Jazz, ont apprécié
à sa juste valeur le trio de Jazz qui passa en première partie,
je ne crois pas me tromper en disant que tout le monde attendait l'Armenian
Navy Band. Cette formation surprenante (les musiciens résident à
Erevan tandis qu'Arto, le maître d'oeuvre, vit à New-York depuis
20 ans), renouvelle au hasard de leurs tournées, le répertoire
musical arménien de manière détonnante. Associant avec
bonheur et maestria les instruments classiques du Jazz (saxo, clarinette, batterie)
et les instruments traditionnels arméniens (kanone, kémantcha,
tar, doudouk, et zourna), l'Armenian Navy Band nous a servi un répertoire
audacieux foisonnant de trouvailles sonores. C'était
pétillant, punchy, très "world jazz". Et Samedi, au
New Morning, le public a fait une ovation méritée à ce
groupe vraiment "top"!
Pour la Diaspora arménienne, c'est certainement ce qui s'est fait de
plus novateur musicalement parlant, depuis les années 75 (que l'on me
laisse ici rendre hommage à ce groupe précurseur qu'était
Zartong et à son âme disparue trop prématurément
: Stépan Jean-Etienne Akian).
Dimanche, c'est à partir de 16h que se sont produits les autres artistes
participant à ce Festival riche en émotions (eh bien, oui je l'avoue,
je n'ai pas résisté à la tentation, je suis revenue le
3ème jour : conclusion, j'aurais dû acheter le Pass pour les 3
spectacles, c'était moins cher !).
En première partie, un duo-duel magique entre Edmond Hosdikian de Marseille
(saxo, tendance Free-Jazz) et Gaguik Mouradian d'Erévan (kémantcha,
tendance Sayat-Nova...). C'était novateur, surprenant, poignant, plein
d'une émotion contenue, explosant par à-coups dans un déferlement
de sonorités audacieuses.
Superbe.
En dernière partie de ce Festival, le Didier Malherbe Trio nous a offert
un pur moment de bonheur. Associant Jazz et Tradition, ce sympathique musicien
français, autodidacte du Doudouk (!), en tire des sonorités jamais
entendues et présente, avec ses compagnons, un répertoire très
chaleureux, chaloupé, et d'une grande maîtrise musicale. Pour clôre
ce Festival, un final réunissant les artistes de cette dernière
journée a sonné comme un message d'espoir : ce Festival a été,
non seulement la rencontre magique d'artistes venus de France, de New-York et
d'Erevan, mais également une rencontre avec un public curieux, pas nécessairement
spécialiste, mais résolument ouvert à une expression artistique
qui inscrit enfin les Arméniens dans un processus évolutif. "Le
temps de la conscience malheureuse est révolue" : en musique aussi.
Et l'on ne peut que s'en réjouir...
Voilà, comme ce sera désormais (comme l'ont annoncé les
organisateurs) un Rendez-Vous annuel, j'espère que vous ne raterez pas
les prochaines éditions !
Merci à tous ceux (organisateurs, donateurs, musiciens) qui ont fait
en sorte que ces grands moments de bonheur existent.
Séta
23/10/2001
NB : les photos présentés sont des photos d'archives
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