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Economie

  Souvenirs de mes rencontres avec Verneuil

 

VERNEUIL, L'HOMME FABULEUX

"Bonjour, c'est Achot Malakian qui vous appelle...pardon, Henri Verneuil". L'appel téléphonique avait quelque peu surpris mon épouse Achkhène qui n'avait pas réalisé que l'homme au bout du fil, était le grand Verneuil qu'elle connaissait et qu'elle admirait. "Je voudrais parler au président de l'association "Arménia" Krikor Amirzayan, le journaliste dont je lis tous les articles à travers "Les Nouvelles d'Arménie", "Achkhar" et "Azad Magazine"...
Quelques jours plus tôt notre association avait contacté l'éditeur Plon afin de présenter "Le Cheval-Vartan" le dernier ouvrage d'Henri Verneuil à Valence.
Le mercredi 28 mai 1997 à 10h02, le TGV d'Henri Verneuil entrait en gare de Valence où un groupe d'amis et de membres de la communauté arménienne l'attendait. Dès sa descente du train, le groupe se précipitait en sa direction pour l'aider à transporter ses bagages. "Laissez-moi faire, nous sommes des gens robustes en Arménie !" nous lançait-il d'entrée. Quelques personnalités de la ville et des responsables de la Fnac-Valence venaient se joindre au groupe et saluer. La Fnac qui avait mis à la disposition d'Henri Verneuil un taxi permanent avec chauffeur durant tout son séjour à Valence. "Quand il s'agit de grands noms tels que Verneuil, nous n'hésitons pas à faire des frais car pour nous le prestige n'a pas de prix" me lançait Maryse Mouton la responsable de la communication de la Fnac-Valence.
"Allons à la rencontre de nos amis Arméniens ! J'aime bien Valence car ce n'est pas une ville prétentieuse et les gens sont authentiques" m'avait aussitôt lancé Verneuil impatient de redécouvrir la communauté arménienne de la ville. "Mais Baron Achot Malakian, nous devons d'abord passer par l'hôtel California ou une chambre vous est réservée" lui lançai-je aussitôt avec un petit sourire qui en disait long. Car derrière le nom de l'établissement qui évoquait les Etats-Unis, se cachaient des propriétaires Arméniens. A la demande du réalisateur, nous avions préféré laisser la réservation d'un hôtel de luxe pour cet hôtel où il voulait "se sentir chez-soi...". Aussitôt après avoir posé ses valises, Verneuil, tout en saluant les propriétaires des lieux, nous rejoignit dans le salon de l'hôtel. Un verre porté à l'amitié des rencontres arméniennes et aussitôt nous montions avec Verneuil dans le taxi pour prendre la direction de l'école arménienne Davidian, dans l'enceinte du centre communautaire St-Sahag. Quelques batchigs aux enfants de l'école arménienne, Verneuil aimait le contact et avait une grande sensibilité envers la jeunesse. S'adressant aux écoliers en arménien, et leur souhaitant réussite dans leurs études et fidélité à leurs racines arméniennes, Henri Verneuil se dirigeait après quelques photos de groupe en direction de l'église St-Sahag. Accompagné par le père Vartanian et une foule de personnalités, Verneuil devenu Achot Malakian entonnait des "charagans" (chants liturgiques arméniens) à son entrée dans l'église. A mon grand étonnement de sa parfaite maîtrise de ces chants, il me répondait aussitôt "n'oublie pas que j'ai été dans ma prime jeunesse enfant de coeur à l'église arménienne de Marseille !".
De son regard émerveillé, il était aisé dé deviner que dans cette église arménienne, l'homme était aux anges. Redécouvrant probablement des souvenirs d'enfance à travers ces liturgies ou icônes qui ornaient le mur de l'église arménienne.
Après le traditionnel déjeuner en compagnie de très nombreux journalistes au restaurant "le Gaukari" à Valence, les membres de l'association "Arménia" avec quelques cadres de la Fnac-Valence, avions entrepris dans l'après-midi, une visite du quartier arménien de la ville. Verneuil était impatient. Tel un enfant attendant un cadeau, il me lançait sans cesse "Krikor, on y va ?".
Durant plus de deux heures, Verneuil, accompagné d'une foule d'amis ou de curieux, parcourut le quartier arménien de Valence. De la place Manouchian, il se dirigea vers la stèle du génocide, oeuvre du sculpteur romanais Toros. Rejoint aussitôt par le maire de Valence, Mr. Patrick Labaune, de quelques élus d'origine arménienne et de nombreux journalistes -dont FR3- Henri Verneuil parcourait la rue Bouffier, coeur du quartier arménien de la ville, avant de flâner rue d'Arménie.
Entrant au restaurant Sassoun, tenu par le couple Toumayan, Henri Verneuil évoquait avec courtoisie et délice, sa passion pour la cuisine arménienne. De toute évidence, Verneuil connaissait aussi les secrets de préparation de nombreux plats arméniens...
Après avoir signé dans le "livre d'or" du restaurant Sassoun, Henri Verneuil s'attabla quelques mètres plus loin, à la terrasse du café arménien "le Samy bar" pour siroter en compagnie du maire de la ville et de quelques représentants associatifs arméniens, un verre de jus de fruit.
L'heure passait très vite et Verneuil qui se plaisait dans ce "laisser aller méditerranéen" était rattrapé par le temps et les obligations. Une halte-interview dans les locaux de Radio-Drôme et quelques anecdotes liées à ses films et son dernier livre, puis Verneuil était aussitôt dirigé vers la Fnac-Valence où un large public l'attendait.
A 17 heures, près de 200 personnes avaient pris place dans le Forum de la Fnac pour écouter le géant du cinéma français et l'arménien authentique. Une présentation de l'auteur et de son dernier livre "le Cheval-Vartan" qui fut fort appréciée du public. La séance de dédicaces fut longue et probablement épuisant pour Verneuil. Mais l'homme était visiblement heureux de cette rencontre avec le public. Lançant à chaque autographe un mot ou une phrase anecdotique. A 19 heures, alors que les derniers retardataires se pressaient à obtenir la signature de Verneuil, la direction de la Fnac décidait de rallonger de quelques minutes l'heure de la fermeture afin de satisfaire les fans.
Puis une coupe de champagne et quelques mots de courtoisie dans les salons de la Fnac en compagnie du directeur -qui se trouvait être d'origine sicilienne et qui évoquait largement sa passion pour "le clan des Siciliens"- Verneuil fatigué, était un homme heureux. Heureux d'avoir tant donné. Heureux par ce bain de foule. Heureux comme il le disait "d'apprécier ces moments privilégiés que la vie me donne aujourd'hui, après des années d'effort et de rigueur...".
A 20 heures, le groupe avait rendez-vous au restaurant du Novotel-Valence pour un diner-rencontre avec la communauté arménienne. Une centaine de personnes avaient répondu à l'invitation d'"Arménia". Et Verneuil, le véritable conteur oriental -comme il se définissait lui-même- continuait de raconter des histoires ou des anecdotes liées au cinéma et à l'Arménie, ses deux passions.
A ma question "pourquoi n'allez-vous pas en Arménie où on vous attend ?" il me répondait "le moment n'est pas encore venu. Il faut que tout se prépare, que les choses s'arrangent pour que je puisse aller en Arménie..". Visiblement l'arrivée de Verneuil à Erévan n'arrangeait pas tout le monde selon le réalisateur ! A qui Verneuil faisait de l'ombre ? Mystère...
Toujours est-il que l'homme, véritablement chaleureux et humain était loin d'être un affabulateur et ses propos m'interpellèrent...et continuent aujourd'hui encore de m'interpeller.
Mille et un souvenirs plus loin, Verneuil téléphonait dans la soirée à son épouse restée à Genève pour dire "ici c'est fantastique ! Mes amis Arméniens me reçoivent comme un Pacha ! Il y a eu énormément de monde à la séance de dédicaces et ces gens de Valence qui sont formidables m'entourent et me donnent beaucoup de chaleur au coeur. C'est magnifique !".
Le lendemain, nous avons rendez-vous à 10 heures pour le petit-déjeuner à l'hôtel California. Il est 10 heures, Henri Verneuil est déjà sur la terrasse de l'hôtel en compagnie de quelques personnes venues le saluer. "Vous avez bien fait de venir, nous vous attendions" nous lançait-il avec humour et en maître des lieux. Quelques tasses de café, un ou deux verres de jus d'orange. Verneuil parle à mon épouse Achkhéne en arménien "vous m'avez donc pas reconnu au téléphone lorsque j'ai dit que je m'appelais Achot Malakian, n'est-ce pas ?". Ma femme, confuse lui lançait aussitôt "vous savez, ce n'est pas tous les jours que des gens comme vous nous appellent...d'autant que vous vous exprimiez en arménien parfait et je ne savais pas qu'Henri Verneuil était à ce point capable de maîtriser l'arménien...".
Verneuil nous remerciait aussitôt "pour l'organisation de cette escale à Valence que je n'oublierai pas tant c'est important pour moi de rencontrer des gens simples et authentiques". Je lui répondis que l'authentique arménien, c'était lui, et c'est à lui que l'on doit remercier pour avoir répondu à notre invitation.
L'heure passait, Verneuil devait reprendre le TGV pour Marseille où une autre aventure l'attendait.
Nous prîmes la direction de la gare. Les histoires fusaient de toute part. Verneuil l'enchanteur nous émerveillait une dernière fois. De mon côté je lui racontais quelques histoires arméniennes. Sans doute un peu trop, car Verneuil ayant remarqué mon caractère emporté et quelque peu loquace lança avec amusement en direction de mes amis "celui-là alors, il ferait tout pour que je rate mon train et reste une journée de plus à Valence !".
Arrivé à Marseille, Verneuil nous rappelait aussitôt pour nous remercier de lui avoir permis "un magnifique séjour à Valence". Nous savions alors que nous avions partagé des moments rares de bonheur avec un réalisateur génial et un arménien de coeur. C'était aussi, malheureusement, notre dernière rencontre...Achot Malakian est parti. Laissant derrière lui une foule de souvenirs et d'oeuvres immortelles. Mais l'homme, l'arménien authentique vit encore dans nos coeurs.

Krikor Amirzayan

 

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