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Interview de ter Petrossian
L'Express du 15/02/2001 :
Premier président de l'Arménie indépendante - contraint
à la démission en 1998 - Levon Ter-Petrossian analyse les difficultés
de son pays, au moment où l'actuel président arménien,
Robert Kotcharian, effectue, du 12 au 16 février, une visite officielle
en France.
Depuis la fusillade au Parlement, l'Arménie a-t-elle recouvré
la stabilité?
La conjoncture politique est très dangereuse. Il y a sans cesse des changements,
qui répondent à des critères subjectifs et non pas objectifs.
On peut remplacer quatre fois ou même dix fois le Premier ministre, cela
ne sortira pas l'Arménie de la crise qu'elle traverse. Sans doute existe-t-il
des difficultés communes à tous les Etats indépendants
issus de l'ex-URSS. Hormis les baltes, aucun n'est parvenu à assurer
son propre développement. Mais le sud du Caucase connaît, en plus,
des problèmes spécifiques - comparables à ceux des Balkans
- qui ont explosé, tel le conflit du Nagorny-Karabagh, dès les
premiers craquements du glacis soviétique. Au-delà des morts et
d'un exode massif de réfugiés, ils ont causé des dommages
majeurs aux économies, différé la mise en oeuvre des réformes,
alourdi les dépenses militaires. Dans cette île qu'est la Transcaucasie,
à la différence de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan,
l'Arménie ne dispose d'aucun accès maritime. Elle n'a pas de ressources
pétrolières. Le blocus que lui impose la Turquie aggrave la situation.
Pour que le pays se relève, il faut qu'il sorte de l'enclavement et de
l'isolement.
Estimez-vous que les militaires ont trop de poids dans la vie politique
arménienne?
Dans les pays en conflit, il est assez classique que leur rôle soit plus
important qu'ailleurs, surtout lorsqu'ils ont remporté la victoire -
ce qui est le cas en Arménie face aux forces de l'Azerbaïdjan. Rien
d'alarmant, pour autant. Je connais notre armée et ses commandants, des
hommes raisonnables, souvent plus pacifiques que le pouvoir lui-même.
Le véritable danger, à mes yeux, vient des dirigeants actuels
et de leur maximalisme politique. Je ne sais s'ils apprendront un jour les vertus
du pragmatisme. En attendant, le pays perd ses ressources humaines. Plus on
ajournera le compromis, moins il sera favorable. En 1998, l'Arménie aurait
pu obtenir des conditions meilleures qu'aujourd'hui. Dans un an, elles seront
pires.
Votre successeur, Robert Kotcharian, est-il aujourd'hui plus réaliste?
Je ne vois chez lui aucune évolution en ce sens. Auparavant, nous avions
réussi à convaincre la société que notre objectif
était d'édifier un Etat "normal", en évitant
de transformer les choix du passé en instruments de la politique contemporaine.
Peut-être était-ce trop tôt. Les nations doivent apprendre
par elles-mêmes. Il arrive qu'elles oublient leur propre histoire et retombent
dans d'anciennes erreurs. A présent, les partis politiques sont discrédités.
On chercherait en vain des personnalités reconnues pour leurs qualités
morales qui puissent porter le message. Plus rationnels que leurs gouvernants,
les Arméniens se débattent dans trop de soucis quotidiens pour
former une véritable opinion publique. Les médias auraient pu
y contribuer, mais il n'en est guère d'indépendants - ils sont
trop faibles, au demeurant, pour contrer la propagande du pouvoir.
Qu'espérez-vous des rencontres de Robert Kotcharian avec Heydar Aliev,
son homologue d'Azerbaïdjan?
C'est à eux de trouver une solution au conflit du Karabagh. Je suis favorable
à ces tête-à-tête, car cela crée un certain
confort. Mais les deux présidents se sont vus déjà plus
de dix fois et, en l'absence de résultat, le processus risque fort de
se dévaluer. Par ailleurs, malgré l'interruption des pourparlers
au sein de l'OSCE, pourquoi faudrait-il s'en tenir à ces rencontres au
sommet? A la fin du XIIe siècle, Richard Coeur de Lion était à
Acre, en guerre contre Saladin. Il lui proposa une rencontre pour établir
la paix. "Je suis roi, tu es roi, lui répondit en substance son
adversaire. Les rois ne doivent se trouver ensemble qu'après une paix
jurée. Sinon, envoie tes aides." Ainsi, les chefs de la diplomatie
de nos deux pays pourraient se concerter plus souvent. L'essentiel aujourd'hui
est d'aboutir vite.
Tant que Heydar Aliev est au pouvoir?
Lui ou un autre, peu importe. On ne bâtit pas de solutions durables sur
des personnes. Seules la paix et la fin du blocus permettront à l'Arménie
de se redresser en s'intégrant à la coopération régionale
avec ses voisins, dont la Turquie. Pris séparément, les trois
pays du Caucase du Sud n'intéressent guère les investisseurs.
Mais ensemble, l'Arménie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan représentent
15 millions d'habitants. Dès lors, j'en suis convaincu, les capitaux
étrangers afflueraient.
propos recueillis par Sylvaine Pasquier
http://www.lexpress.fr
L'Allocution d'accueil de Jacques Chirac
La déclaration conjointe de Jacques Chirac et
de Robert Kotcharian
Les discours à la Mairie de Paris
L'article de Libération
Les dépêches de l'AFP (7)
Galerie Photos
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