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Economie

  Jeana : on est loin de la parité homme/femme

 

"Le statut de la femme arménienne laisse encore à désirer et ses conditions de vie sont très difficiles car c'est la femme arménienne qui doit en plus des caprices de l'homme, supporter les charges de la maison" nous déclare Jeanna Araguelian, grande et forte brune d'une trentaine d'années rencontrée au marché couvert d'Erévan. Dans son panier, quelques légumes et fruits, un poulet un paquet de pain lavache. "Nous devons regarder chaque prix, comparer et marchander afin de pouvoir nourrir convenablement la famille. Mais il devient chaque jour un peu plus difficile de remplir convenablement le panier" reprend Jeanna en exhibant les maigres produits qu'elle venait de négocier. "J'ai un homme et trois enfants à nourrir pour moins de 30 000 drams -cinquante dollars- par mois de revenus. Comment dois-je faire ? Ce n'est un secret pour personne, je dois me battre chaque jour à négocier des heures durant avec ces commerçants ou paysans afin de ramener à la maison le maximum de produits". Ingénieur au chômage, Samvel, le mari de Jeanna arrive par des petits boulots à gagner une cinquantaine de dollars par mois. Une somme qui se situe pourtant aujourd'hui au dessus de la moyenne des salaires en Arménie.
Dans leur minuscule appartement donnant sur la boulevard Toumanian, la famille de Jeanna se serre les coudes pour boucler les fins de mois difficiles, en serrant au maximum les dépenses du budget familial. "Ici en Arménie, c'est presque toujours la femme qui doit assurer l'intendance de la maison, des enfants et des tracasseries administratives de la vie de tous les jours. L'homme est encore roi en Arménie, un véritable "pacha" qui passe souvent ses journées à se distraire entre amis. La femme doit pendant ce temps là, habiller, nourrir et suivre l'éducation des enfants...avec quelques dollars par mois. C'est une situation difficile qui fait de la femme arménienne l'esclave de son mari" lance Jeanna révoltée par l'injustice qui frappe les femmes de son pays. "Pourtant ma situation est bien meilleure que nombre de femmes arméniennes souvent trompées et battues par leurs maris. J'ai aussi de la chance de ne pas habiter comme nombre de femmes arméniennes avec mes beaux-parents..." reprend Jeanna et de conclure "la société arménienne a a réellement un gros progrès à faire pour intégrer la parité du statut de la femme arménienne, car ici au Caucase, l'homme a tous les droits. La femme devant suivre son mari, au prix de sacrifices inhumains....".
Si les statistiques en Arménie restent discrets sur les actes des violences commis par les maris sur leurs épouses, le phénomène est pourtant bien réel. Les premières organisations de défenses des femmes victimes des violences conjugales ou victimes d'injustices sociales commencent à se faire jour en Arménie. Un mouvement que Jeanna juge "nécessaire et salutaire". Mais face à ces structures nouvelles, nombreux sont ceux qui voient une rupture inquiétante des traditions familiales de la société arménienne où l'homme occupe le rôle de chef de famille. "La société arménienne se modernise, s'européanise et elle peut pas rester en marge des phénomènes de progrès qui affectent l'ensemble des pays développés" conclut Jeanna.
Interrogé sur cet état, un sociologue arménien me lance que la société arménienne, jadis fortement patriarcale comme l'ensemble des peuples du Caucase est aujourd'hui en voie de désintégration avancée. Les causes de ce procès étant la modernisation du pays, la crise économique et l'ouverture vers la culture internationale.
En attendant que cette situation s'installe durablement, les hommes ont encore de beaux jours pour l'exercice de leur pouvoir en Arménie. Pendant ce temps là, les femmes ont intérêt à bien se ternir ! Sinon...

Krikor Amirzayan
http://www.chez.com/armenie/

NetArménie : 25/11/2001

 

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