Le Paradis en Arménie : Pendant
très longtemps, l'homme a cherché à situer le Paradis
Terrestre. Cette quête l'a mené parfois en Arménie..
Suite...
_____ Analyse : Après une forte croissance entre 1994 et 1998,
la situation économique en Arménie se dégrade.. Suite _____ Atatürk est né en 1881 dans le quartier de Kocakasim
de Salonique, dans une maison rose de trois étages située
sur la rue d'Islahhane. Suite...
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Marina : L'Amérique, ce n'est pas un pays pour nous
Marina : L'Amérique, ce n'est pas un pays pour nous
"L'Amérique est un pays merveilleux, mais ce n'est pas un pays
pour nous les Arméniens" me lance Marina, une blonde arménienne
aux yeux bleus, assise à mes côtés lors du vol Paris-Erévan.
Cette belle dame élégante à l'allure slave, que j'avais
croisée dans les couloirs de l'aéroport de Roissy se révélait
être une authentique arménienne qui revenait en Arménie
après un séjour à Los Angeles.
Le hasard voulait que cette belle créature vint s'installer juste à
côté de mon fauteuil. Après quelques minutes, alors que
l'Airbus A310 de l'Armenian Airlines venait de quitter le ciel parisien, Marina
engageait la conversation. "Celà fait six mois que je n'ai pas vu
l'Arménie, six mois qui me paraissent une éternité"
me dit Marina d'une voix teintée de mélancolie. "En Arménie
-reprend Marina- nous vivions bien à Hrazdan, à une cinquantaine
de kilomètres d'Erévan. Mais vous savez, nous les Arméniens,
nous ne sommes jamais contents de notre situation et nous voulons bouger, toujours
bouger. Bouger pour respirer un air nouveau. Bouger pour gagner mais aussi bouger
pour bouger" me lançait Marina et d'ajouter "comme je suis
heureuse de parler avec vous, car sur la ligne Los Angeles-Paris, pas un passager
ne parlait l'arménien et j'avais besoin de m'exprimer en arménien.
Tout celà me fait énormément de bien...".
En quelques minutes, une partie de la vie de Marina m'était ainsi racontée.
Partie -selon ses dires- d'Arménie vers Los Angeles, à la demande
de son frère qui devait subir une opération chirurgicale délicate
à l'oeil, Marina s'était très vite rendue compte que le
sort des émigrées Arméniennes, n'était pas meilleur
que ceux des Mexicaines. "Pire que des esclaves, et surtout, avec des tracasseries
administratives qui vous donnent un statut de citoyens de seconde zone, proches
des esclaves" selon ses dires. La belle arménienne -qui n'avoue
peut-être pas tout de ses activités aux Etats-Unis- déçu
par son séjour américain reprend "l'Amérique de loin
peut paraître très beau. Mais quand on y est, c'est une sorte d'enfer
qui détruit l'individu et surtout la famille. Car j'y ai vu des enfants
intenter des procès à leurs parents. J'ai vu des familles éclatées,
des gens qui ne couraient qu'après le dollar...Non, non et non, cette
vie-là n'est pas pour nous les Arméniens, car elle détruit
ce que l'on a de plus cher au monde: la famille".
Marina semblait très émue. Des larmes perlant sur le coin de ses
beaux yeux bleus. Après avoir avalé un verre de "Tchermouk"
(eau minérale gazeuse d'Arménie) Marina reprenait "pour moi,
c'est terminé l'Amérique ! Que ceux qui rêvent d'y aller
réalisent leur rêve. Moi je rentre chez moi, sur ma terre et j'ai
hâte de voir mon mari, ma fille et mon fils qui a du revenir du service
militaire".
Selon Marina, son mari, propriétaire agricole offrait à sa famille
une vie décente. "Mais mon mari me disait toujours va voir là
bas, en Amérique si la vie est meilleure" reprend Marina qui a eu
sa réponse. Et elle ajoute "pour moi, c'est terminé, je sais
que mon bonheur est en Arménie. Et si mon mari désire aller en
Amérique voir si on y vit mieux, qu'il aille se faire une idée
personnelle....".
Un écran placé au dessus de nos têtes indiquait que l'avion
d'Armenian Airlines survolait la Mer Noire et s'approchait des côtes Géorgiennes.
Marina, excitée à l'idée de revoir sa famille après
tant d'absence devenait encore plus nerveuse. "Je sens déjà
l'odeur de l'Arménie, nous venons de traverser la frontière arméno-géorgienne"
lançait Marina.
A peine quelques minutes plus tard, la voix d'un hôtesse lançait
en arménien "attachez vos ceintures, nous commençons notre
descente sur Erévan, température 26°..". L'avion coupe
ses moteurs et plonge en direction de l'aéroport. Sous nos yeux défilent,
illuminés, les grands boulevards d'Erévan.
"Croyez-vous que mon mari est venu à Zvartnots avec mes enfants
? J'ai hâte de les revoir.." lança aussitôt marina,
les yeux humides. Puis dans un dernier geste, elle me remit ses coordonnées
et son adresse à Hrazdan en me lançant "au retour du Karabagh,
passez donc nous voir, je serais heureuse de vous rencontrer à nouveau".
En guise d'adieu, je lui remis mon dernier ouvrage de caricatures paru quelques
jours plus tôt à Erévan. "Je lirai toutes les pages
de votre livre, Monsieur Amirzayan" reprenait poliment Marina.
Une foule de parents, amis ou simples badauds avait envahi la grande salle de
l'aéroport de Medzamor. Mes amis journalistes étaient également
venus m'attendre. Dans un regard éclair, je vis Marina embrasser deux
hommes et un fille qui lui ressemblait beaucoup. Elle était radieuse,
ravie et heureuse. Dans ce bonheur total des retrouvailles familiales, Marina
me jeta de loin un regard tendre et chaleureux et leva timidement un bras en
signe d'adieu. Je compris que son coeur avait retrouvé le bonheur et
je me dis que comme Marina, combien d'Arméniens et d'Arméniennes
avaient souffert et souffrent encore aujourd'hui de l'émigration.