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  Souren, médecin arménien : nous acceptons les dons des malades...

 

Souren Alvardian, 38 ans est médecin. Il exerce son métier dans l'un des plus grands établissements hospitaliers de la capitale arménienne. "Chez vous en Europe occidentale, être médecin est synonyme de profession libérale et d'un niveau de vie élevé. Ici, en Arménie, c'est tout simplement un métier comme un autre" lance Souren avec humour et lucidité. Pourtant ces jeunes bardés de diplômes -parfois négociés- veulent réussir à assurer grâce à leur statut, un meilleur niveau de vie. Alors, comme nombre de ses collègues, Souren accepte les petits et grands dons effectués par les familles des malades pour une meilleure garantie des soins appliqués. "C'est une pratique généralisée héritée de l'Union soviétique. Car songez qu'un médecin gagnait officiellement moins qu'un ouvrier qualifié ! Alors les médecins ou chirurgiens se sont mis à accepter les bakchichs. Puis la pratique étant généralisée, ils se sont mis à exiger, en mettant des tarifs. Ainsi, une simple consultation peut coûter aux malades de dix à cinquante dollars au marché non-officiel. Pour une simple opération chirurgicale les prix appliqués peuvent monter jusqu'à mille dollars..." reprend Souren et ajoute "voyez le niveau de vie de nos spécialistes et vous verrez qu'ils ne sont pas loin de leurs collègues d'Europe occidentale...pourtant, officiellement ils perçoivent des revenus juste suffisants pour payer le carburant de leurs Mercedes ou BMW . En réalité, ces médecins ont en plus de leurs limousines, un famille qu'ils nourrissent généreusement et souvent une ou plusieurs maîtresses qu'ils entretiennent par des cadeaux quotidiens".
Ces pratiques illicites mais largement répandues sont également l'une des causes du niveau médiocre de la médecine en Arménie. Et même si le pays dénombre quelques surdoués qui n'ont pas à rougir de la comparaison avec leurs homologues occidentaux, il faut bien l'admettre que le niveau tant des médecins que de la médecine reste médiocre en Arménie.
"Néanmoins le métier de médecin n'attire plus la nouvelle génération, plus prompte à exercer le business ou les professions commerciales. Tandis que les quelques futurs chercheurs ou spécialistes préfèrent finir leurs études à l'étranger et s'y établir" regrette Souren pour qui seule la revalorisation du métier de médecin pourra inverser cette tendance. "Aujourd'hui en Arménie, nous avons des jeunes diplômés de la médecine qui préfèrent changer de métier et devenir de simples commerçants. D'autres sont au chômage. Car les meilleurs places, ils doivent les négocier à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Et sans argent, ils ne peuvent donc pas s'installer. Pire encore, certains ont recours au crédit pour payer la somme exigée pour le poste. Il leur faudra ensuite plusieurs années pour rembourser le crédit. Si bien que c'est un métier à risque que nombre de jeunes médecins refusent...." reprend Souren qui cite le cas de plusieurs médecins surendettés.
"En Arménie, le malade qui ne paye pas au noir la somme exigée par le médecin prend un risque immense d'être mal soigné. Mais la pratique du bakchich étant entrée dans les moeurses, très peu de gens dérogent à cette pratique..." dit Souren qui regrette néanmoins que l'Etat arménien n'intègre pas cet usage par une revalorisation salariale de la profession. "Et tant qu'il y aura un décalage avec les prix pratiqués par les médecins d'Europe occidentale, les médecins Arméniens accepteront les bakchichs qui sont en fait un complément de salaire comblant les écarts" conclut Souren qui reconnaît les progrès enregistrés dans les salaires des médecins lors de la dernière décennie.


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