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Avec son allure bonhomme, son visage cuivré et son verbe méridional
"qui sent bon la Provence", Roger Manoukian parait être sorti
tout droit des romans de Marcel Pagnol. Pourtant, Roger s'intéresse autant
à sa Provence natale qu'à l'Arménie de ses parents. "Je
veux faire quelque chose qui puisse faire du bien au pays, je veux aider l'Arménie
à faire face aux problèmes et se développer. Mais aujourd'hui,
je ne sais plus comment faire....Je ne sais pas s'il faut leur donner de l'argent,
leur emmener à manger ou envoyer des vêtements ou des choses qui
leur manquent...Je ne sais plus comment les aider ?" lance Roger en
nous fixant avec ses yeux noirs qui reflètent le désarroi. Et
il reprend "En 1988, lors de tremblement de terre, j'ai donné.
J'ai beaucoup donné. Des vêtements, de l'argent, des biens. Puis
pour la guerre du Haut Karabagh, j'ai encore donné. Pour les associations
arméniennes de France, les journaux et les écoles, j'ai continué
à donner. Mais je me suis rendu compte que plus je donnais, plus les
besoins grandissaient. Alors, j'ai décidé d'arrêter tout
cela et désormais je ne donne qu'avec parcimonie...il ne faut pas qu'ils
nous prennent pour des poires, non ?".
Roger a le coeur sur la main et ses expressions où "peu chère"
ou "oh ! pauvre Dieu" qui se mêlent à cadences régulières,
le rendent encore plus humain.
"Dès que j'entendais Arménie, je craquais. On pouvait
alors tout demander de moi et je donnais sans compter. Mais maintenant ça
suffit, car avec tout l'argent que la diaspora a donné, on pouvait construire
des milliers de palais en Arménie. Or l'Arménie, c'est un pays
qui réclame encore et qui réclame sans cesse. Où est passé
tout cet argent qu'on a donné ? Alors stop ! C'est fini, maintenant je
trie entre les associations qui demandent pour l'Arménie et qui se mettent
dans leurs poches et les autres qui aident réellement l'Arménie...bien
qu'en Arménie aussi une partie de cet argent disparaît dans les
poches des certains grands...." reprend Roger qui avoue "ne
donner qu'au Fonds Arménien de France, car ils sont réellement
fiables et efficaces sur le terrain. Puisqu'on voit ce qu'ils réalisent,
ce qu'ils construisent. C'est comme celà que l'on peut réellement
aider l'Arménie".
Roger corrige quelque peu ses propos en ajoutant "pour moi, l'organisation
la plus fiable pour aider l'Arménie est à mes yeux le Fonds Arménien
qui fait un boulot magnifique sur le terrain et donne une bonne lisibilité
et une transparence totale sur ses actions. Mais je ne dis pas que c'est la
seule organisation digne de foi, il y en a probablement d'autres, mais c'est
mon choix...".
Pourtant, Roger ne connaît rien de cette Arménie "véritable
héritage de nos parents et que l'on doit assumer quel qu'en soit le prix
à payer car on ne peut pas faire autrement". Mais par respect
de ses racines et par devoir envers ses parents, il continue à l'aider
avec ses moyens. "Vous savez, dans la vie, quand vous enlevez la famille,
ses origines et son cur, qu'est-ce qu'il vous reste ?" conclut-il
et ajoute "malgré tout, je continuerai à donner aux Arméniens,
jusqu'à ma mort. Mais je ciblerai d'avantage mes dons pour une plus grande
efficacité".
Krikor Amirzayan 
http://www.chez.com/armenie/
NetArménie 14/04/2002
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