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Economie

  Le droit à la Mémoire (1975-1990)

  Le droit à la Mémoire (1975-1990)

Par Yves Ternon

Devant la négation obstinée de la Turquie et l'indifférence des nations, la Diaspora arménienne, plus lourde de son deuil à chaque génération, contrainte à un examen de sa propre mémoire après le génocide des Juifs, et consciente qu'elle s'était adressée en vain à la justice, façonna ses propres vengeurs. Le terrorisme arménien apparut en 1975. La conjoncture favorisait son éclosion : c'était le soixantième anniversaire du génocide ; la guerre civile éclatait au Liban et la Commission des Droits de l'Homme de l'O.N.U. continuait à refuser l'insertion du Paragraphe 30 qui mentionnait le génocide arménien. Les groupes terroristes vinrent du Liban. Les « Justiciers du génocide arménien », bras armé du parti dachnak, et l'A.S.A.L.A., mouvement extrémiste recruté par les fractions dures des Palestiniens parmi la jeunesse arménienne de Beyrouth, parlaient le langage de l'impatience et de la colère, mais les deux groupes l'exprimèrent différemment : le premier concentrait ses attentats sur les diplomates turcs représentant leur gouvernement à l'étranger ; le second les étendait aux intérêts turcs, en Turquie et dans le monde.
La multiplication des attentats n'ébranla pas la position de la Turquie dont l'attitude se radicalisa après qu'un régime de type fasciste ait pris le pouvoir en 1980. Il lui fallut cependant structurer sa négation et l'affubler des oripeaux d'une science historique révisée.
Le terrorisme arménien eut un double effet : il informa l'opinion publique occidentale et le génocide des Arméniens fut depuis implicitement reconnu en Occident ; il fortifia le sentiment national arménien. Mais les excès de l'A.S.A.L.A. indisposèrent puis, après l'attentat d'Orly en juillet 1983, indignèrent une communauté favorable au début à cette turbulence, mais qui réalisait que, le seuil franchi, le terrorisme desservait la cause qu'il avait fait renaître'.
Le Débat politique pouvait dès lors s'ouvrir sur de nouvelles bases. Après 1983, les actions terroristes furent interrompues et la Cause arménienne marquait des points :
- le Conseil mondial des Eglises adopta à Vancouver, en août 1983, une résolution demandant la reconnaissance du génocide des Arméniens ;
- le Tribunal Permanent pour le droit des peuples, au cours d'une session tenue à la Sorbonne en avril 1984, reconnut la réalité du génocide et désigna l'Etat turc comme coupable ;
- le rapport Whitaker, rédigé par la sous-commission des Droits de l'Homme de l'O.N.U., mentionna le génocide arménien (1986) ;
- le Parlement européen adopta, en juin 1987 à Strasbourg, une résolution reconnaissant le génocide arménien et exigeant de la Turquie, en préalable à toute formulation d'une demande d'entrée dans la communauté européenne, le respect des principes démocratiques et, en particulier, la reconnaissance de ce génocide.
La Turquie obtint cependant un succès diplomatique en menaçant de recourir à des mesures de rétorsion à l'encontre des forces américaines basées sur son territoire. En février 1990, le Congrès américain refusa pour la seconde fois d'adopter une résolution désignant le 24 avril comme journée nationale de commémoration du génocide arménien.
Aujourd'hui, les deux parties campent sur leurs positions mais le terrain est politique et la lutte promet d'être longue - si la Turquie ne semble pas prête à renoncer à son révisionnisme, la Diaspora, en accord avec l'Arménie que dirige désormais le Mouvement national arménien, n'acceptera aucune entorse à la vérité historique.

Note:
Cet article a été rédigé en 1990. Depuis, à part une reconnaissnce grandissante par la communauté internationnale du génocide arménien (la France a officielement reconnu le génocide en 2001), les relations arméno-turques ont peu évolué.


 

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