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Armen : Ils sont tombés pour nous...
Stepanakert (Haut Karabagh), cimetière des martyrs de la guerre de libération.
"Nrank ingan méz hamar, yev nntchoum yen mer hayreniki azadakrman
djampoun vra ingadz" (Ils sont tombés pour nous, et ils dorment
aujourd'hui sur le route de la libération de notre patrie) dit dans un
long soupir Armen Chahamirian devant la tombe d'Artiom Kevorkian, un combattant
arménien, tombé sur le champ d'honneur. "Il était
si jeune et si brave notre Armen. Il était de tous les fronts. Il venait
d'avoir vingt ans lorsqu'aux environs de Mardakert en août 1992, il fut
fauché par un obus azéri..." reprend Armen en s'essuyant
ses yeux humides. Face à nous, un photo d'un jeune homme en tenue de
combat, un "fédaï" arménien souriant, tenant d'une
main sa kalachnikov et de l'autre un très jeune enfant. Avec une inscription:
Artiom Kevorkian, 1972-1992.
Armen Chahamirian a trente-quatre ans, dont quatre passées dans les montagnes
du Karabagh, au sein des forces combattantes du Haut Karabagh lors de la guerre
de libération. Une libération dont les Arméniens payèrent
très cher en vies humaines. Les Arméniens sortirent vainqueurs
de la guerre, mais les souffrances endurées laissent encore de profondes
traces dans le coeur de chacun.
Armén balaie d'un geste de la main, l'immensité du cimetière
des martyrs où reposent des centaines de combattants Arméniens.
"Que de vies brisées, que de souffrances et de peines...chaque tombe
est une histoire à elle seule. Des familles entières pleurent
encore leurs morts. La plupart du temps des jeunes. Ils ne reviendront plus
jamais vivre dans cet Artsakh libéré. Que Dieu prenne grand soin
de nos braves hommes qui sacrifièrent leur vie pour que leur peuple vive
dans la liberté et le bonheur retrouvé" reprend Armen, les
yeux pleins de souvenirs.
"Parmi ces jeunes, certains avaient à peine 18 ans...18 ans...c'est
très peu de vie..." lance Armen et ajoute "regardez là,
c'est Gaguig, il reçut une balle en plein front vers Aghdam. Je l'avais
vu aux combats à Mardakert et Fizouli, c'était un jeune homme
très courageux. Il allait fêter ses 18 ans...".
Armen connaît chaque pouce de terrain du cimetière, et chaque tombe
lui est familière. "Une bonne majorité des hommes qui reposent
ici, je les ai rencontrés sur les fronts. Et je peux vous dire que chaque
combattant qui repose ici est un héros. Car nos hommes se battaient à
un contre dix et il remportaient de brillantes victoires sur les Azéris".
Chaque jour, Armen vient au cimetière des martyrs "leur tenir compagnie",
en leur racontant les vieux souvenirs et donner des nouvelles de la vie car
selon Armen "les morts ont des oreilles, ils écoutent chacune de
nos paroles".
Les rayons de soleil illuminent les visages de nombreux combattants qui reposent
à jamais en cette terre arménienne libérée. Au loin,
les montages boisées du Karabagh surveillent ce lieu de recueillement.
Aghdam (Haut-Karabagh) - Avril 1999
envoyé spécial
Krikor Amirzayan 
journaliste-caricaturiste
http://www.chez.com/armenie/
Atricle paru (en français) dans "Abaka" (hebdomadaire arménien
du Canada) et (en arménien) dans le mesuel "Tidag-Scope International"
(Beyrouth)
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