Le Paradis en Arménie : Pendant
très longtemps, l'homme a cherché à situer le Paradis
Terrestre. Cette quête l'a mené parfois en Arménie..
Suite...
_____ Analyse : Après une forte croissance entre 1994 et 1998,
la situation économique en Arménie se dégrade.. Suite _____ Atatürk est né en 1881 dans le quartier de Kocakasim
de Salonique, dans une maison rose de trois étages située
sur la rue d'Islahhane. Suite...
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Des dizaines de tracteurs-pelleteuses sèment le route reliant Stépanakert
à Chouchi. De longues files de camions drainent des millions de mètres
cubes de gravats, de roches et d'asphalte. Derniers travaux de la dernière
portion de la "route de la vie" financée par le Fonds Hayastan.
"Chouchi la belle", la troisième ville de Transcaucasie au
début du XXe siècle, dresse fièrement ses remparts imprenables
devant le visiteur. Située sur une montagne dominant Stépanakert,
à quelque onze kilomètres de là, Chouchi dispose d'un charme
unique.
A l'entrée de la ville, la sinistre prison aux murs blancs, d'où
partaient les charges des missiles Grad en direction de la capitale du Haut-Karabagh,
semant la terreur et la mort. Une prison également de sinistre mémoire
pour les dizaines d'Arméniens, qui y furent torturés à
mort durant la récente guerre d'indépendance.
La ville, reconquise en 1992 est aujourd'hui en reconstruction. Plus de 8000
Arméniens y habitent déjà. Logés dans d'anciens
immeubles réaménagés ou quelques rares constructions nouvelles,
ces nouveaux habitants redonne vie à une cité qui était
jadis le coeur culturel, politique et social du Haut-Karabagh. Chouchi dont
le rayonnement dépassait même les frontières de la Transcaucasie...
Le réouverture récente de la magnifique cathédrale Sourp
Ghazandjélots, toute magnifique dans ses habits blancs, est le témoin
vivant de cette histoire tourmentée des Arméniens de la région.
Des Arméniens qui furent chassés de la ville au début du
siècle, après d'effroyables massacres. Une ville qui devint Azérie,
sous l'ère soviétique.
Chouchi porte encore de larges stigmates de la récente guerre. Des centaines
d'immeubles et maisons détruites ou brûlées. Des bâtiments
éventrés par des éclats de missiles. Des rues et routes
défoncées. Chouchi la belle a un visage défait. "Lorsque
les Turcs (comprendre Azéris) ont fui la ville, ils ont tout emporté
avec eux, même les portes et fenêtres de leurs maisons..."
dit Souren Kevorkian, un combattant arménien des forces d'autodéfense
du Haut-Karabagh.
Lieu stratégique d'importance capitale, les tirs des roquettes et autres
missiles Grand partaient de ces hauteurs pour semer la désolation et
des ravages sur Stépanakert, situé en contrebas.
Pour les Arméniens de la capitale du Haut-Karabagh, la prise de Chouchi
devenait alors une question de vie ou de mort. Une poignée de combattants
Arméniens volontaires part alors à la conquête de Chouchi.
Un commando qui parvint miraculeusement, en quelques heures à entrer
dans la ville et lancer la conquête. Utilisant le seul accès de
l'entrée vers cette ville-citadelle: la route sinueuse et dangereusement
placée à portée des tirs des canons Azéris.
Le premier char arménien, tombé lors de cet ultime assaut victorieux,
en mai 1992, témoin de la violence des combats est aujourd'hui présenté
comme un monument dédié à la mémoire des héros
Arméniens. "La prise de Chouchi, c'était un peu comme l'histoire
de David contre Goliath. Imaginez quelques dizaines d'Arméniens kamikazes,
partis presque à découvert, à l'assaut d'une ville qui
était une véritable garnison militaire avec des milliers de soldats
Azéris ! " reprend Souren Kévorkian et d'ajouter "la
prise de Chouchi est l'une des plus belles pages de l'héroïsme du
peuple arménien et sur le plan militaire, c'est un cas unique qui sera
étudié par nombre d'Académies militaires....".
"Les Turcs avaient transformé Sourp Ghazantchélots en dépôt
de munitions. Sachant que les Arméniens refuseraient de bombarder leur
propre église" reprend Souren Kévorkian en nous faisant visiter
l'édifice. A l'intérieur de la cathédrale, près
de l'autel, un enfant d'une dizaine d'années, agenouillé, prie
en silence. "C'est pour le repos de l'âme de mon père qui
est mort lors de la prise de Chouchi" nous confesse l'enfant d'une voix
grave, laissant échapper une goutte de larme au coin de l'oeil d'un bleu
azur. Rencontre poignante qui marquera à jamais ma mémoire. Le
constat du prix de la liberté, acquise chèrement contre sang et
larmes...
Chouchi (Haut-Karabagh) - Avril 1999 Krikor Amirzayan http://www.chez.com/armenie/
Article paru dans "Abaka" (Canada) et "Tidag" (en arménien,
Beyrouth)