|
La résurection de Latchine
Il est historien de formation. La quarantaine, moustache fournie et un regard
d'acier, Alexan Hagopian, député, ex-membre du Comité Karabagh
est aussi et surtout, le gouverneur de la région de Latchine, passage
obligé entre l'Arménie et l'Artsakh (Haut-Karabagh).
Conquise ne 1992 après d'âpres combats, Latchine est plus qu'une
bourgade, un véritable point stratégique contrôlant l'entrée
du Haut-Karabagh par son flanc sud-ouest. A mi-chemin entre Goris et Stepanakert,
Latchine, dont le nom reste à jamais gravé dans la longue liste
des succès de l'armée du Haut-Karabagh, symbolise la résurrection
du peuple arménien en ces régions jadis déshéritées.
Hier encore un petit village de quelque trois à quatre mille habitants,
Latchine et sa région sont aujourd'hui selon Alexan Hagopian, peuplées
par près de 2 800 familles arméniennes, soit plus de 12 000 habitants.
"Nous incitons par divers moyens, les Arméniens d'Arménie
et même de la diaspora, à venir s'installer à Latchine,
en leur accordant toutes les facilités nécessaires à leur
vie quotidienne" lance le gouverneur de la région de Latchine, précisant
sur une pointe d'ironie "nous fournissons même des vaches et des
cochons aux nouveaux habitants de la région, afin qu'ils disposent du
minimum nécessaire à leur nouvelle vie".
Selon Alexan Hagopian, avec cette politique énergique d'attrait, la population
de la région de Latchine devrait doubler très rapidement. "Ici
on vit mieux qu'à Erévan, car il n'y a pas de souci d'emploi,
la région est riche en terrains agricole et l'élevage est une
source importante de revenus. De plus, chaque famille installée dispose
d'une maison" reprend fièrement Alexan Hagopian.
L'homme sait de quoi il parle, puisqu'il est un spécialiste reconnu de
l'histoire des migrations arméniennes. "Nous voulons éviter
à l'échelon local -déclare-t-il- la reproduction de l'échec
des rapatriements des arméniens de la diaspora dans les années
quarante à soixante-dix. Et c'est aussi dans ce même but que nous
travaillons avec un groupe de pionniers Arméniens venus de Syrie et du
Liban."
Latchine, le gros village, niché à flanc de la montagne, dispose
de nombreux atouts pour son développement agricole. "Nous pouvons
ici employer tous les chômeurs d'Erévan, car le travail ne manque
pas" lance avec un large sourire le jovial gouverneur de Latchine. En attendant,
il vient d'offrir aux habitants de sa région, une magnifique église,
Sourp Haroutioun. Nous racontant les conditions rocambolesques de la recherche
de la cloche de l'église. "Cette église symbolise la résurrection
du peuple arménien tout entier et après de longs siècles
d'errance, les enfants de notre peuple se retrouvent aujourd'hui réinstallés
dans ces régions historiquement arméniennes" lance Alexan
Hagopian. Regrettant toutefois que les associations humanitaires arméniennes
de France ne donnent plus le privilège de leur action à Latchine.
Maintenant que nous sommes ici, nous ne quitterons plus cette région
qui est essentielle pour l'union du peuple arménien d'Arménie
et du Haut-Karabagh. Et la réussite socioprofessionnelle des habitants
de la région de Latchine consolidera encore plus le rôle majeur
de Latchine qui est un véritable verrou stratégique." conclut
le gouverneur de Latchine avant de nous lancer avec un regard malicieux "allez
dire à nos frères et soeurs de France que nous sommes prêts
à les accueillir. Il y a de la place pour tout le monde, qu'ils reviennent
sur la terre de leurs ancêtres vivre une vie agréable".
Latchine (sur la route du Haut-Karabagh) - avril 1999
Article paru dans "Achkhar" (Paris), "Tiadag" (en arménien,
Beyrouth), "Abaka" (Canada).
envoyé spécial
Krikor Amirzayan 
journaliste-caricaturiste
http://www.chez.com/armenie/
Article paru dans "Achkhar" (Paris), "Azad Magazine" (Grenoble
-2e trim.1999), "Abaka" (Canada), "Hay Tél" (Paris)
"Tidag" (en arménien, Beyrouth).
|