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Economie

  De Chalcédoine à nos jours (1/3)

  De Chalcédoine à nos jours

Par Monseigneur Mesrob Djourian,
Vicaire Patriarcale pour l'Institut du clerhé patriarcal de Bzommar

Le courant de communion ecclésiale en Arménie jusqu'au XVIIIème siècle

Avant d'aborder la période des relations directes entre les Arméniens et Rome, nous ferons quelques remarques préalables.

Une fraction de l'Église arménienne, dès le début, manifesta sa fidélité au concile de Chalcédoine, restant unie à l'Église grecque qui, comme on le sait, fut elle-même en communion ecclésiale avec Rome jusqu'au schisme de 1054.

Mais c'est la période des croisades qui permit de définir, vis-à-vis de Rome, un lien qui avait été rompu avec le patriarche de Constantinople, mais pas vraiment avec le pape, que des pèlerins, au-delà de leur visite aux tombeaux des saints Pierre et Paul, allaient saluer.

Le précurseur de l'oecuménisme fut, au XIIème siècle, le catholicos saint Nersès le Gracieux qui admit (devant les Grecs) que l'Église arménienne n'était pas monophysite. Saint Nersès de Lambroun, évêque de Tarse, poursuivit le dialogue, mais avec les Latins.

Les travaux de Jean Richard, éminent spécialiste de l'Orient latin, montrent que, comme les autres Eglises orientales en relation avec les Etats des croisés, les catholicos de l'époque du royaume de Cilicie furent en communion avec le siège de Rome, de la fin du XIIème au début du XVème siècle. Cependant, si les Frères-Uniteurs, filiale arménienne des Dominicains du Proche-Orient, rendirent service à la culture nationale en l'ouvrant aux grands théologiens de l'Occident, ils voulurent imprudemment conformer certaines traditions de leur Eglise à des critères strictement latins. En revanche, les moines basiliens, installés en Italie, en communion avec le Saint-Siège de Rome, furent les fidèles serviteurs des traditions nationales. La communion ecclésiale de l'Église arménienne avec Rome n'excluait ni les tensions (avec une partie du peuple et du clergé), ni les équivoques, mais fut réelle, même si elle ne dura pas comme celle des Maronites du Liban.

En 1440, les délégués du catholicos Grégoire IX Mousabêgiants (résidant alors à Sis en Cilicie) au concile de Florence rétablirent brièvement l'Union.

Mais on sait que le refus de Grégoire IX de transférer son siège en Arménie orientale assura, à moyen terme, la promotion du titulaire élu à Etchmiadzine en 1441.

Les catholicos d'Etchmiadzine manifestèrent souvent, par la suite un esprit de dialogue, et les persécutions vis-à-vis des Arméniens unis à Rome ne provinrent pas d'eux : rappelons que plus de la moitié des catholicos d'Etchmiadzine au XVIIème siècle, en particulier Movsês III, Hakob IV de Djoulfa, tentèrent de se rapprocher du siège de Rome. L'anathème contre le concile de Chalcédoine et le Tome de saint Léon fut alors supprimé. Ceci explique qu'un certain nombre d'évêques étaient alors unis au Saint-Siège (entre autres dans les colonies d'Europe orientale sans qu'il y eût rupture avec la hiérarchie arménienne. Certains fréquentèrent même le Collège Urbain à Rome. La persécution, à la fin du XVIIème et dans les premières décennies du XVIIIème siècle, fut le fait de certains patriarches arméniens de Constantinople, soumis, dans la capitale, aux pressions directes du gouvernement ottoman et qui utilisèrent le pouvoir civil, non-chrétien, pour persécuter les Arméniens fidèles au concile de Chalcédoine et témoignant de leur communion ecclésiale avec le siège de Rome. C'est le patriarche Awédik', précédemment excommunié par le catolicos pour avoir expulsé les Jésuites d'Erzouroum, qui déchaîna la persécution, provoquant l'exil de Mekhit'ar - fondateur de la Congrégation Mekhit'ariste à Venise.

Ne pouvant plus fréquenter ni les églises arméniennes où, contre leur conscience, ils auraient dû anathématiser le concile de Chalcédoine, ni les églises nes, par crainte d'être dénoncés comme « Francs », les Arméniens en communion avec le pape allaient être acculés à se constituer en hiérarchie indépendante.

Vers la restauration du patriarcat armenien catholique (1740)

Les accusations, l'exil, l'emprisonnement et les exécutions ne pouvait ni faire peur aux croyants arméniens catholiques, ni favoriser l'union du peuple. Les catholiques aussi bien que les apostoliques, les notables et les membres du clergé engagèrent des négociations laborieuses en 1701, 1703 et 1714 pour trouver une solution viable basée sur des concessions mutuelles. Même le Saint-Siège de Rome fit des concessions sur certains points de la fameuse question de la Communicatio Sacris. Toutes les tentatives furent vaines.

Parmi les Arméniens catholiques, l'idée d'avoir leur propre patrik (patriarche) et de se faire reconnaître comme communauté autonome faisait son chemin.
Pouvaient-ils rester indifférents voyant les meilleurs des leurs disparaître? L'Abbé Mekhit'ar, poursuivi, s'enfuit en Moréepuis il passa à Venise avec ses moines. Matthieu Sare, ex-patrik revenu au catholicisme, s'enfuit à Rome. Les évêques Melchior et Astwatzatour souffrirent les travaux forcés et succombèrent d'épuisement. L'archevêque d'Alep, Mgr. Ardzivian,condamné plusieurs lois, fut exilé dans une le sur les cÔtes syriennes, Libéré, il resta en exil au Liban.
En 1740, les Arméniens catholiques d'Alep passèrent à l'action. Trois évêques, le clergé et les fidèles élirent l'archevêque de cette ville, Mgr Abraham Ardzivian, comme catholi cos -patriarche sur le siège de Sis qui était vacant en cette année. Mgr. Ardzivian entreprit le voyage à Rome en 1741. Il y trouva très bon accueil, fit sa profession de foi, et le pape Benoît XIV, confirma son élection et lui conféra le pallium (bande laine blanche marquée de croix noires remise par le pape à certains prélats pour désigner leur communion avec le siège de Rome.
Rentré au Liban, Mgr. Ardzivian s'installa dans le couvent des moines arméniens antonins. Le patriarche maronite Joseph Khazen, les chefs des autres
communautés catholiques firent preuve de solidarité et de charité envers Mgr. Ardzivian. Les moines antonins, débordant de zèle, se mirent à la disposition du patriarche qui les envoyait en mission. Inutile de dire que le patrik de Constantinople et le gouvernement ottoman ignorèrent l'élection de Mgr. Ardzivian.

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