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Economie

  Les Conciles oecuméniques des IVème et Vème siècles

  Les Conciles oecuméniques des IVème et Vème siècles

Par Monseigneur Norvan Zakarian

L'Eglise arménienne reconnaît les trois premiers conciles :
Elle a participé au premier concile cecuménique, celui de Nicée (325), et elle a adopté le symbole de foi de Nicée, où la foi de l'Eglise universelle est proclamée intégralement. Elle n'a pu envoyer de représentants au concile de Constantinople (3 8 1), ni à celui d'Ephèse (43 1), mais elle en a appliqué les édits et directives.
L'Eglise arménienne considère que l'essentiel des dogmes du christianisme a été formulé dans ces trois conciles reconnus par tous, et elle proclame : un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ; et Marie, Théotokos, c'est-à-dire Mère de Dieu.

Pourquoi ne reconnaît-elle pas le concile de Chalcédoine (451) ?
C'est là un point difficile à résumer. L'Eglise arménienne n'a pas participé à ce concile, mais on peut se demander si elle y fut invitée. On sait seulement que l'empereur byzantin Marcien, qui convoqua le concile, avait auparavant repoussé la députation arménienne venue lui demander secours contre la persécution perse. Voici ce qu'en dit le père Jourjon, dans une conférence prononcée à Lyon :
"Lorsque le concile se déroule, l'Arménie est en guerre de libération nationale et religieuse contre la Perse qui veut lui imposer et sa domination et sa religion (le mazdéisme). L'Eglise d'Arménie a connu de Chalcédoine la traduction que je crois quelque peu suspecte... du Tome à Flavien, lettre du Pape Léon à l'évêque de Constantinople Flavien. Dans cette traduction presque outrancière, la distinction des natures (divine et humaine) du Christ semblait une division, et, en lisant le texte, les Arméniens ont pensé que Chalcédoine coupait littéralement le Christ en deux."
Mgr Duchesne dans son livre Eglise séparée, dit fort bien à ce sujet : "A Chalcédoine, on déclara que le Christ est en deux natures et non de deux natures... ", et la réaction spontanée de l'Eglise d'Arménie a été de dire : on divise le Christ. C'est vrai que si le Christ est de deux natures, il est un ; s'il est en deux natures, il est deux, il est double... Je crois que l'Eglise d'Arménie, s'appuyant sur la foi de Nicée, ayant compris Ephèse, était vraiment de tout son coeur conquise à la foi catholique (universelle) et qu'elle a eu l'impression, par ce Chalcédoine lui-même mutilé qu'elle recevait.... d'une mutilation de la foi ".
De fait, les Arméniens virent dans les définitions de Chalcédoine, ainsi traduites, un retour à l'hérésie nestorienne condamnée par le concile d'Ephèse.
Les Arméniens isolés et en guerre, car ils luttaient afin de conserver la foi chrétienne, ne prirent d'ailleurs connaissance des décisions de Chalcédoine qu'au milieu du VIème siècle, et la rupture entre l'Eglise grecque et l'Eglise d'Arménie eut lieu effectivement en 555.
A Chalcédoine, "il y avait non seulement un problème de théologie... mais un intérêt éminemment concret à sauvegarder : l'influence des patriarcats d'Alexandrie, Antioche, Rome et Constantinople". Les Arméniens restèrent en dehors de ces querelles. Ils tenaient avant tout à sauvegarder leur foi et leur indépendance nationale. Au concile arménien de Dwin en 506, le catholicos Babkên ler proclama officiellement la profession de foi adoptée à Ephèse (y voyant, tout comme l'Eglise indivise, l'expression et la confirmation de la foi de Nicée) ; il anathématisa solennellement les fauteurs d'hérésie : Arius, Macédonius, Nestorius, et Eutychès ; ils continuent d'ailleurs à être anathématisés à chaque ordination par l'Eglise arménienne.

Bilan et conséquences
Le concile de Chalcédoine a marqué un progrès certain de la réflexion christologique : l'Eglise y a "trouvé des formulations décisives pour tenir ensemble les deux pôles du mystère du Christ". Mais il a eu une conséquence désastreuse : il a provoqué un schisme dans l'Eglise indivise, entre les Eglises qui acceptent Chalcédoine et les autres (les Eglises arménienne, copte, syrienne jacobite, éthiopienne).
Le concile avait condamné le monophysisme de la doctrine d'Eutychès, qui n'attribuait au Christ qu'une nature, physis : la nature divine, à laquelle venait s'adjoindre un corps humain. Par quel concours de circonstances les Arméniens furent-ils alors, comme Eutychès qu'ils continuent à anathématiser aujourd'hui .encore, taxés de "monophysites"?
Les Arméniens sont monophysites dans le sens cyrillien du terme (celui du Vèm siècle), comme l'Eglise indivise l'était en particulier de 431 à 451 : "C'est le monophysisme du concile d'Ephèse, bien différent de celui d'Eutychès, que soutient l'Eglise arménienne". Rappelons encore ce que disait à ce sujet Mgr Ajemian : "L'Eglise d'Arménie s'est mise à l'école de saint Cyrille d'Alexandrie, pour qui le Christ est Un. Par l'incarnation, le Verbe a fait sienne une humanité prise de la Vierge ; mais il n'a subi aucun changement par cette union : sa personne est restée ce qu'elle était, elle s'est faite chair : une seule nature du Dieu-Verbe fait chair". Or c'est pour affirmer cette unité que l'Eglise arménienne, gardant la tradition de l'Eglise universelle des premiers siècles, célèbre, le 6 janvier, en la Théophanie : la Nativité, l'adoration des mages, et le Baptême du Christ au Jourdain.
La mentalité arménienne est concrète : le Christ est Un et ne peut être divisé. Il est Monogène (Fils Unique) du Père, et il a tout assumé de l'homme. Cela ne signifie nullement que l'Eglise arménienne ait succombé au monophysisme. En particulier, cela ne signifie pas que, du fait de l'Incarnation, le Fils ait cessé d'être Dieu, ou que son humanité en ait été moins parfaite.
Le coeur de l'Eglise arménienne est « incarnationnel », et cela va jusqu'à l'extrême engagement du Verbe Incarné : sa Crucifixion et sa Résurrection. Et parce que sa foi est « incarnationnelle », l'expression de cette foi ne peut être que crucifiée : elle est une Eglise qui, tout au long de son histoire, par le témoignage et le martyre, a su porter dans sa chair le réalisme de l'Incarnation. Elle est une Eglise crucifiée qui vit dans l'espérance de la Résurrection.
Aujourd'hui, et il a fallu quinze siècles pour cela, les théologiens reconnaissent qu'il y avait, autour du "monophysisme", un dramatique malentendu dans les formulations, et "les choix ont été tout autant politiques que dogmatiques"

 

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