Poème de Ruben Melik (1948)

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Poèmes de R. Melik (1948)

FUSILLÉS

À LA MÉMOIRE DE MISSAK MANOUCHIAN

 

Midi minuit dans tous les champs tentaculaires
Sur tous les fronts collés aux murs des fusillades,
Midi minuit collés au cou des camarades
Sur tous les murs chaussés de sang d'hommes d'affaires.

Douze matins d'hiver douze fleurs de printemps,
Pour crever les yeux sûrs pour torturer la vie,
Pour clouer la misère au marché de la vie,
Douze balles d'acier douze mots de printemps.

Dans les veines du temps dans la tête du sourd
La mort bat le rappel le temps cogne à la tempe,
Dans les mains de l'aveugle à la lèvre d'amour
Le temps meurt à chaque heure et glisse sous la rampe.

Dans la cellule à coins perdus midi minuit
Le soleil passe et frappe au ciel interminable
Le soleil tombe au fond du ciel interminable
Dans la baraque à coins perdus midi minuit.

Les flaques sous les pas, les lacs sous les paupières,
Les condamnés de droit commun les assassins
Sur les corps matraqués les voleurs de lumières
Les meurtriers de grand chemin, les spadassins .

Douze flèches de sang douze doigts de douleur
Pour clouer la misère au masque de silence
Pour crever les yeux sûrs, pour hurler le silence
Douze miroirs sans tain douze corps sans douleur.

Sur les tombeaux pavés d'argent des bacchanales
Midi sonne minuit au flanc des barricades,
Sur tous les rails tordus au roc des mitraillades
Midi sonne minuit aux murs des capitales.


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